50 ANS D’ERREURS GEOSTRATEGIQUES DES DIRIGEANTS AFRICAINS : L’EXEMPLE DE LA BANANE.

UMOJA

«L’ennemi du continent africain, n’est pas l’Union Européenne, c’est la médiocrité africaine »

L’histoire retient que le traité de Rome instituant la Communauté Economique Européenne a été signé le 25 Mars 1957. Ce qui ne figure pas dans les livres d’histoire est que cette signature était initialement prévue pour le 21 Mars 1957 et qu’elle a été repoussée de 4 jours. Oui, les livres d’histoire (tous écrits par les Européens) ne
s’attardent pas sur ce détail, pourtant très important pour un Africain. Il faut donc aller creuser dans les mémoires laissés par certaines personnalités présentes à cette cérémonie pour découvrir que la date a été repoussée de 4 jours à cause de la banane. Oui, je sais que cela peut prêter à sourire, mais c’est très sérieux. Car c’est le début d’une stratégie globale dont l’objectif de fond était la pérennité de l’économie coloniale, même au-delà des indépendances africaines. Il…

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Une carte géographique peut cacher une stratégie

UMOJA

Jean-Paul Pougala

 

A- LA RENAISSANCE NAIT DE LA DISSIDENCE INTELLECTUELLE : l’exemple de Bruno Giordano

Giordano Bruno (1548-1600) est un prêtre dominicain, professeur de philosophie, mathématiques, physique. Il est accusé d’hérésie par l’église catholique romaine pour avoir soutenu que l’univers était infini et non fini et que, à ce titre, la terre était suspendue dans le vide et par conséquent, qu’il n’existait pas de ciel. D’abord dénudé, un morceau de bois à la bouche pour qu’il ne crie pas durant le supplice du feu, Il meurt brûlé vif sur le bûcher au centre de Rome le 17 février 1600. Sa mise à mort au centre de Rome à Campo dei Fiori est donnée en spectacle par le Vatican aux fidèles catholiques venus à Rome pour le Jubilé, après 8 ans de détention et de procès. C’est sur cette place où aujourd’hui rayonne une statue géante à son honneur.

A cause…

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A quand la renaissance africaine ?

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image_AfriqueDe Nelson Mandela à Abdoulaye Wade, la mode des dirigeants et intellectuels africains est à l’invocation de la « Renaissance Africaine » pour le nouveau départ du continent. Sommes-nous certains que ceux qui parlent de Renaissance Africaine savent  vraiment ce que c’est ? Sommes-nous surs qu’ils parlent tous de la même chose ?

« Renaissance » vient du verbe renaitre, c’est-à-dire, naître de nouveau.  Pour renaitre, il faut être mort.  La mort culturelle qui vaudra à l’Europe cette nécessité à naitre de nouveau est le moyen-âge, une période longue de 1000 ans, du 5ème au 15ème siècle gouverné par l’aristocratie et l’Eglise catholique romaine, par la spiritualité et le pouvoir divin du roi. Pour renaître il faut des penseurs, il faut des rebelles, il faut des personnes qui ont eu le courage de prendre le chemin du maquis intellectuel avec des prises de position qui leur ont souvent valu de payer par leur propre vie, afin que la société entière en profite pour sortir de l’obscuranttisme. Car la renaissance européenne au 15ème siècle est aussi et surtout la mort de Dieu, c’est le triomphe de la laïcité, c’est la victoire de la conscience individuelle d’abord et collective ensuite sur l’autorité hiérarchique du roi divin et de l’Eglise. Pour renaitre, l’Afrique a-t-elle pris le chemin du triomphe de la laïcité ? L’Afrique est-elle sur la route de célébrer la rupture totale avec le système de spoliation rentière coloniale ?

Pour répondre à cette question,  nous allons parcourir aujourd’hui, la première partie de la traduction de l’anglais du résumé d’une série de leçons que j’ai tenues entre 2009 et 2011 à l’Université de la Diplomatie de Genève (Geneva School of Diplomatie) d’un cours pour les étudiants du niveau Bachelor, intitulé : « Evolution de la Pensée Politique de Confucius à Bobbio ».  Le contenu de ce cours plus en détails fera l’objet d’une publication séparée d’un livre intitulé tout simple : « La Pensée Critique » et dont la sortie est programmée pour la fin de l’année 2013.

D’ici là, aujourd’hui c’est la partie relative à la renaissance européenne qui nous intéresse, puisque c’est par rapport à cette dernière que les Africains empruntent l’expression pour parler de la renaissance africaine.  Pour cela, nous allons prendre en examen,  trois penseurs de cette renaissance européenne  que j’aime beaucoup,  deux Britanniques et un Français : Thomas More, Thomas Hobbes et Etienne de la Boétie.

 A-  THOMAS MORE,  l’inventeur du Socialisme

More nait à Londres le 7 février 1478. En 1516, il publie son œuvre la plus populaire dénommée « l’Utopie ». Aujourd’hui, le mot « utopie » signifie un idéal difficile à atteindre.  Ce mot dérive donc, de ce livre de Thomas More : « L’utopie », le nom que More donne à ce pays imaginaire où vit un peuple heureux, parce que gouverné par des dirigeants vertueux. Dans ce pays qui n’existe nulle part, s’est construit une république idéale, sans commerce ni argent, parce que les « Utopiens » n’en n’ont pas besoin parce qu’il n’existe aucun bien au nom de quelqu’un. Tout le monde travaille et le fruit est utilisé pour satisfaire les besoins de toute la population. Il n’y a pas de luxe, ni de superflu. Les politiciens sont au service du peuple et non au service de leurs familles. Toute l’administration est au service du bien-être collectif. Car ce qui compte est le plein épanouissement de l’être humain mis au cœur de l’action politique.  More est un contemporain de Machiavel, son livre « Utopia » est publié à peine 3 ans après « Le Prince » de Machiavel (1513).  Ces deux penseurs politiques vont connaître la même fin tragique à cause de leurs idées révolutionnaires. Machiavel sera torturé et exilé par ce pouvoir qu’il croyait servir dès lors qu’il voit les choses différemment de ce que le système attendait de lui. De même, More sera décapité par ce roi qui l’avait nommé au plus grand poste du royaume : Grand Chancelier faisant de lui, le premier  non croyant à accéder si haut dans l’organisation étatique. 

En 1533, le Parlement vote une loi pour introniser le roi Henri VIII chef suprême de l’Eglise Anglaise, More critique ce mélange de genre entre le religieux et l’état. Normalement, le religieux s’occupe de Dieu, met au centre de ses priorités et de ses activités dieu,  alors que l’Etat doit s’occuper des êtres humains, l’état doit mettre au centre de ses préoccupations, la recherche des solutions pour les problèmes des êtres humains et la poursuite de l’objectif de leur bonheur. Mélanger l’exécutif avec la religion,  est la preuve que l’être humain ne sera plus mis au centre de l’action politique, mais du mensonge religieux.  D’où l’absurdité d’appeler une république : chrétienne, islamique ou juive. Le Grand Chancelier More, en accord avec sa conscience, refuse de reconnaître la suprématie spirituelle du roi. Il démissionne. Accusé de Haute Trahison pour ce geste courageux, il sera emprisonné dans la Tour de Londres et décapité le 6  Juin 1535.

Pour bien comprendre la haute valeur intellectuelle de l’objection de More, du manque d’éthique dans le fait de mélanger le religieux avec la politique, nous pouvons examiner des situations dans l’actualité. Lorsqu’en 1860, en pleine guerre civile, les gouvernants des Etats Unis d’Amérique vont faire imprimer sur toute la monnaie :  « In GOD We Trust », il s’agit d’un message subliminale en direction du sud rebelle, mais profondément croyant que dieu était avec le gouvernement central contre lequel ils se battaient pour demander la sécession.  C’est la même chose, lorsqu’un Président Américain finit un discours avec la phrase « God Blesses America » il est en train de signifier qu’il est le politicien dont l’action est guidée par dieu lui-même.  En d’autres termes, que ses décisions sont infaillibles, exactement comme c‘était le cas pour les monarques au Moyen-Age.  C’est contre le retour au Moyen-Age religieux que More décide de ne pas servir un Etat qui fait cette régression. Voici un Extrait de L’Utopie de Thomas More. Jugez vous-même du génie de son auteur, par sa capacité à produire une pensée en 1516, et relue en 2012 à la vue de la crise financière en cours en occident depuis 2008 et le comportement prédateur des banquiers et des opérateurs boursiers, conserve toute sa valeur au présent, c’est-à-dire 496 ans après :

 « Quand je reconsidère ou que j’observe les États aujourd’hui florissants, je n’y vois, qu’une sorte de conspiration des riches pour soigner leurs intérêts personnels sous prétexte de gérer l’État. Il n’existe pas de moyen, pas de machination qu’ils n’inventent pour conserver d’abord et mettre en sûreté ce qu’ils ont acquis par leurs vilains procédés, et ensuite pour user et abuser de la sueur des pauvres en la payant le moins possible. Dès que les riches ont une fois décidé de faire adopter ces pratiques par l’État (qui comprend les pauvres aussi bien qu’eux-mêmes) elles prennent du coup force de loi. Ces hommes détestables, avec leur insatiable avidité, se sont partagés ce qui devrait suffire à tous ; et même avec tout ça, ils sont loin, très loin du bonheur ! »

La chose extraordinaire de More est qu’il est au XXème siècle, le seul penseur politique plébiscité soit par les communistes que par l’Eglise catholique pendant toute la guerre froide.   En effet, sa statue est bien érigée sur un obélisque sur la place du Kremlin à Moscou, avec les meilleurs précurseurs du socialisme et du communisme dans le monde.  Canonisé lors de la commémoration des 400 ans de sa mort, en 1935, c’est en l’an 2000 que le pape Jean-Paul II le fera « le patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques ». 

Il va influencer plusieurs penseurs après lui :

  • Dès l’année de la mort de More, en 1535, c’est le français François Rabelais dans son roman « l’Abbaye de Thélème »,  qui fait voyager ses personnages dans la ville d’Utopie.
  • Au XIX siècle, les plus grands projets avec à la base l’idéologie socialiste sont conçus autour de l’Utopie
  • Voltaire pour mettre à nu les problèmes de l’organisation sociétale au XVIIIème siècle, utilisera deux chapitres dans Candide pour développer sa pensée sur l’Utopie.
  • Au XXème siècle c’est Karl Marx qui ira plus loin pour dépasser le socialisme utopique de More pour proposer son fameux socialisme scientifique.  

Devoir : Commentez en 20 lignes maximum, 7 de ces 14 pensées politiques de Thomas More extraites pour la plupart de  » L’Utopie  « . Détaillez vos explications avec des exemples tirés de l’actualité ou de la vie politique dans votre pays.

  • « L’orgueil ne mesure pas le bonheur sur le bien-être personnel, mais sur l’étendue des peines d’autrui. « 
  • « Le cadavre sans sépulture a le ciel pour linceul »
  • « Aucune peine ne réussira à empêcher de voler ceux qui n’ont aucun autre moyen de se procurer de quoi vivre. Votre peuple et la plupart des autres me paraissent agir en cela comme ces mauvais maîtres qui s’occupent à battre leurs élèves plutôt qu’à les instruire. On décrète contre le voleur des peines dures et terribles alors qu’on ferait mieux de lui chercher des moyens de vivre, afin que personne ne soit dans la cruelle nécessité de voler d’abord et ensuite d’être pendu. »
  • « Il est certain que la plus brillante parure peut couvrir la plus dégoûtante difformité. » 
  • « Il existe une foule de nobles qui passent leur vie à ne rien faire, frelons(guêpes) nourris du labeur d’autrui , et qui , de plus , pour accroitre leurs revenus , tondent jusqu’au vif les métayers(paysans) de leurs terres. (…) Ils trainent de plus avec eux des escortes de fainéants qui n’ont jamais appris aucun métier capable de leur donner leur pain. »
  • « Est-il, en effet, de plus belle richesse que de vivre joyeux et tranquille, sans inquiétude ni souci ? »
  • « Si vos efforts ne peuvent servir à effectuer le bien, qu’ils servent du moins à diminuer l’intensité du mal : car tout ne sera bon et parfait que lorsque les hommes seront eux-mêmes bons et parfaits. Et, avant cela, des siècles passeront. »
  • « Quel est l’homme qui désire plus vivement une révolution ? N’est-ce pas celui dont l’existence actuelle est misérable ? Quel est l’homme qui aura le plus d’audace à bouleverser l’Etat ? N’est-ce pas celui qui ne peut qu’y gagner, parce qu’il n’a rien à perdre ? »
  • « Chercher le bonheur sans violer les lois, est sagesse ; travailler au bien général, est religion ; fouler aux pieds la félicité d’autrui en courant après la sienne, est une action injuste. »
  • « Arrachez de votre île ces pestes publiques, ces germes de crime et de misère. Décrétez que vos nobles démolisseurs reconstruiront les métairies et les bourgs qu’ils ont renversés, ou céderont le terrain à ceux qui veulent rebâtir sur leurs ruines. Mettez un frein à l’avare égoïsme des riches ; ôtez-leur le droit d’accaparement et de monopole. Qu’il n’y ait plus d’oisifs pour vous. Donnez à l’agriculture un large développement ; créez des manufactures de laine et d’autres branches d’industrie, où vienne s’occuper utilement cette foule d’hommes dont la misère a fait jusqu’à présent des voleurs, des vagabonds ou des valets, ce qui est à peu près la même chose. »
  • « Le roi qui nourrit une armée n’a jamais trop d’argent. »
  • « En général l’argent est le nerf de la guerre, soit pour acheter des trahisons, soit pour combattre à force ouverte. »
  • « la prospérité ou la ruine d’un État dépend de la moralité de ses gouvernants. »
  • « C’est la hantise de la pénurie qui rend avide et rapace, ainsi qu’on le constate chez tous les êtres vivants ; l’homme y ajoute l’orgueil, qui lui est propre et qui lui donne l’illusion que l’on dépasse les autres par un étalage de superfluités. »

B- ETIENNE DE LA BOETIE (l’inventeur de la Science Politique)

Etienne de La Boétie (1530-1563) est un penseur français qui a écrit à seulement 18 ans en 1548,  l’un des plus beaux ouvrages de la science politique qui n’était qu’à ses débuts,  intitulé : « Discours sur la Servitude Volontaire » . La Boétie est un jeune homme très intelligent. Il veut réaliser un livre sur la dictature. Pour ne pas se faire trancher la tête il fait deux choses qui démontrent tout son génie : au lieu d’écrire sur le dictateur, sur le tyran, il écrit plutôt sur le peuple qui accepte la dictature, mieux, il parle du présent, de son 16ème siècle, mais en faisant croire qu’au fond, il parle de l’antiquité.  Ses exemples ne font référence qu’à l’époque lointaine de l’antiquité. La question au centre de son livre est celle de savoir comment un peuple fort peut-il  accepter de supporter et de souffrir la dictature d’un tyran faible, dont le pouvoir ne se repose que dans cette acceptation par la population sous son joug.

La Boétie se pose la question de savoir si dans l’histoire l’homme a toujours été sous domination ou non. Sa réponse est NON. Si l’homme est né libre et était libre avant il y a pu bien y avoir un accident de l’histoire qui a rompu quelque chose et faire passer de cette liberté à ce qu’il appelle la servitude volontaire ; volontaire, parce que nul n’oblige l’être humain à subir le tyran.  Et il arrive à trouver cet accident de l’histoire en l’apparition sur la planète terre de quelque chose qui s’est fait appeler l’Etat.  Pour lui, cet Etat qui crée la division entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouverné est accidentel. La Boétie va même plus loin, il trouve que l’être humain qui subit la tyrannie est pire que l’animal, parce que, dit-il, dans le monde animal, aucun animal n’est au service de l’autre.  La soumission, l’esclavage est un acte contre nature. Il écrit :  « les bêtes… ne se peuvent accoutumer à servir  (…). Ce qu’il y a de clair et évident pour tous, et que personne ne saurait nier, c’est que la nature (…) nous a tous créés et coulés, en quelque sorte au même moule, pour nous montrer que nous sommes tous égaux, ou plutôt frères. »

La Boétie, conclut en établissant de façon surprenante 3 formes de dictatures  qui sont tout aussi actuelles en ce 2012 qu’en 1560. Il écrit :  « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple (pompeusement appelée aujourd’hui : démocratie), les autres par la force des armes, les derniers par succession de race ». Il ajoutera :  «Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. » Pour lui, le pouvoir est en nous, il fonctionne en nous, dans le plus profond de nous-mêmes, avides de s’identifier au tyran. C’est comme cela qu’il nous révèle, non plus comment cela se passe, mais pourquoi.  Et c’est fondamentalement lié au fait que chaque individu veut s’identifier au dictateur, pour devenir le dictateur de quelqu’un d’autre, à son niveau. 

Etienne de La Boetie meurt à 33 ans en 1563, tué probablement par la peste et passe le flambeau du savoir à son ami indéfectible, Montaigne qui est à ses côtés durant les 3 jours d’agonie et que nous allons étudier prochainement.

Devoir : Commentez en 20 lignes maximum, 5 de 10 pensées politiques de La Boétie extraites pour la plupart de « Discours de la Servitude Volontaire ».  Détaillez vos explications en prenant pour référence les relations de dominant-dominé entre l’Europe et l’Afrique.

1- « Soyez résolus de ne plus servir, et vous serez libres.  »

2- « La modernité se définit comme un progrès décisif de la conscience de soi. »

3- « La seule liberté, les hommes ne la désirent point. »

4- « les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent plus on leur baille, plus on les sert, d’autant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout. »

5- « Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. »

6- « Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. »

7- « Il ne peut y avoir d’amitié là où se trouvent la cruauté, la déloyauté, l’injustice. Entre méchants, lorsqu’ils s’assemblent, c’est un complot et non une société. Ils ne s’aiment pas mais se craignent. Ils ne sont pas amis, mais complices ».

8- « C’est un extrême malheur que d’être assujetti à un maître, dont on ne peut être jamais assuré qu’il soit bon, puisqu’il est toujours en sa puissance d’être mauvais quand il voudra. »

9- « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »

10- « Pour que les humains se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une: ou qu’ils y soient contraints, ou qu’ils soient trompés. »

C- THOMAS HOBBES (l’inventeur du Contrat Social)

Hobbes nait à Malmesbury en Angleterre en 1588 et meurt à Harwick en 1679. Hobbes est un penseur hors norme. Son tout premier livre intitulé : « Elément du droit, naturel et politique » publié en cachette en 1640 ne sera vendu que sous le manteau pendant 10 ans avant  de voir le jour en 1650. A cause de ses idées et la menace pour sa sécurité, parce qu’il ne croit pas en dieu, Hobbes fuit la Grande Bretagne et se réfugie en France pendant 11 ans. Il va publier pendant ce séjour dès 1650 « La Nature Humaine », mais c’est son chef-d’œuvre qui sort l’année d’après en 1651 qui nous intéresse, intitulé : « Léviathan ». A cause des parties du livre où il critique l’église catholique, il est obligé de fuir la France où il est menacé de mort et rentre en Angleterre où pour avoir la grâce du roi, pour avoir écrit contre dieu, il accepte de brûler ses livres et les manuscrits des nouveaux qu’il s’apprêtait à publier.  Contrairement aux autres penseurs téméraires de la renaissance, Hobbes ne nie pas l’existence de dieu, non. Il trouve que dieu n’est ni plus ni moins qu’un être tout aussi  matériel que les autres, il est juste un peu plus raffiné que les autres, un peu plus intelligent.  Il dit que l’Eglise catholique n’est rien d‘autre que le cadavre de l’Empire Romain qui refuse de mourir et qui se cache derrière un dieu hypothétique pour agiter la peur, utilisée pour  commander le monde sans plus besoin de l’armée romaine. Ce sont ces propos qui lui vaudront la fatwa de l’Eglise Catholique Romaine qui le surnomme désormais : « la bête de Malmesbury » et sa fuite de la France (fille ainée de l’Eglise catholique).  Pour se moquer de ces religieux qui veulent sa tête, il dira : « Ceux qui approuvent une idée l’appellent opinion; mais ceux qui la désapprouvent l’appellent hérésie. »    

Reprenant un concept utilisé pour la première fois par le comédien Plaute né à Sarsina (Ombrie) en 254 et mort à Rome en 185 avant notre ère dans la « comédie de l’Anes », Hobbes écrit dans son livre : DE CIVE, « l’homme est un loup pour l’homme », l’homme est le pire ennemi de son semblable, c’est-à-dire que les hommes sont des fauves contre d’autres hommes. Et pour qu’il y ait la paix et l’ordre, ils doivent être calmés par un d’eux encore plus fauve que les autres, encore plus méchant que les autres. Les hommes n’acceptent pour le gouverner que celui qui a la puissance de tenir sous contrôle tous les autres petits méchants.

Devoir : Commentez en 20 lignes maximum, chacune de ces 6 pensées politiques de Hobbes extraites pour la plupart du Léviathan:

  • « La valeur ou l’importance d’un homme, c’est comme pour tout autre objet, son prix, c’est-à-dire ce qu’on donnerait pour disposer de son pouvoir.  »
  • La papauté n’est rien d’autre que le fantôme du défunt Empire Romain, siégeant couronné sur sa tombe.  »
  • « Aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tient en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, la guerre de chacun contre chacun.  »
  • « Le privilège de l’idiotie et de l’absurdité est réservé à la seule créature humaine.  »  Appuyez votre commentaire avec la vision de Hobbes selon laquelle l’animal est même plus intelligent que l’humain, parce qu’il ne se comporte jamais contre ses propres intérêts.
  • « Là où il n’y a pas de puissance commune, il n’y a pas de loi ; là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas d’injustice. La force et la ruse sont, en guerre, les deux vertus cardinales.  »
  • « Le bonheur ne consiste pas à acquérir et à jouir, mais à ne rien désirer. Il consiste à être libre. »

QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?

Pour parler de renaissance africaine, encore faut-il trouver des personnes de la qualité culturelle et morale de ceux qui ont bâti la renaissance européenne. En Afrique, le modèle colonial a enseigné que la possession d’un diplôme universitaire est suffisante pour devenir un sage, un savant. Et sur les cartes de visite de ces personnes, on constate amèrement que plutôt que d’y mettre un symbole de leur bilan, c’est plutôt le titre du diplôme qui fait figure de titre, on foule le ridicule, lorsque ces intellectuel du dimanche vont jusqu’à ajouter la publicité gratuite sur le carte de visite du nom de l’université européenne  ou américaine où ils ont étudié.  Comment est-ce possible de faire renaitre l’Afrique avec de tels personnages ? Peut-on minimement comparer ces guignols avec un More, un Hobbes ou un Boétie ?

Comment peut-on aller contre le maitre pour conquérir sa liberté si on ne prend pas la peine de comprendre au  préalable quel est le degré d’intelligence des penseurs qui ont permis de fortifier ce maître ? Sans chercher à comprendre le degré de complexité de la société construite par les penseurs dont le maitre se réfère ?

L’objectif de cette leçon est d’inciter la jeunesse africaine à sortir de la médiocrité compassionnelle de ses ainés pour qu’il en sorte des penseurs de demain, des vrais, capables d’oublier leur carrière professionnelle pour penser, penser encore, faire tourner leur cerveau pour indiquer à la masse comment fixer le cap d’une nouvelle société africaine où l’intérêt général pourra primer sur les égoïsmes partisans.

Le diplôme est comme la clé pour ouvrir une porte. Mais une fois franchie le seuil de la porte, tout reste à faire et ce n’est pas en regardant 1000 fois la couleur de la clé que les meubles vont s’installer tout seuls, que la peinture va occuper seule le mur, que les câbles vont tout seuls parcourir la maison et donner l’électricité.  La différence entre un diplômé et un intellectuel est que le premier cite à tout vent son titre académique, il ajoute même une autre bêtise : « Major de ma Promotion », un titre qui est certes louable, mais inutile et complètement puérile de le citer lorsqu’il est suivi par l’inaction, l’inertie, la résignation et par le manque d’esprit d’initiative.  L’intellectuel en revanche, se présente en citant son dernier brevet déposé, sa dernière invention, son dernier pont à peine construit, le dernier immeuble de 100 étages qu’il vient de commander ou de diriger les travaux.

Le penseur est celui qui a l’amour de partager ses connaissances, son savoir, ses opinions, sa vision du monde. Et ceci passe obligatoirement dans le niveau de langage utilisé. Il y a des personnes qui ne s’expriment à travers les livres  que pour épater la gallérie avec des phrases toutes cryptées et construites avec un dictionnaire devant eux et pour les lire et les comprendre, il faudra un autre dictionnaire pour les décrypter. Ce sont des textes dès l’origine destinés à une minorité, rarement plus de 100 personnes. C’est ce qui explique que ce sont des ouvrages très souvent publiés en compte-d’auteur, payé par l’auteur lui-même pour les besoin d’embellir son curriculum vitae. Le penseur parle pour se faire comprendre par le plus grand nombre de personnes ; si nécessaire, pour contourner la censure, il crée sa propre maison d’édition. Il n’y a pas d’âge pour exceller dans la production des écrits. La Boétie n’avait que 18 ans, inscrit en première année de la faculté de droit à l’Université d’Orléans en France, lorsqu’il a écrit son chef d’œuvre. Il était donc sans diplôme, ce qui est la preuve qu’être diplômé d’une prestigieuse université à Paris ou à Boston, n’a jamais transformé le minable en sommité. Les idées que vous portez en vous sont de loin façonnées et améliorées par vos multiples lectures que par un quelconque diplôme.

Comme partout dans le monde, l’Afrique a une pléthore de pseudo politiciens et de pseudo partis politiques et leur nombre augmente au fur et à mesure que le chômage croit. Ce ne sont donc pas les politiciens ou de nouveaux partis politiques qui manquent à notre continent, mais les penseurs, les éclaireurs, des personnes capables de sacrifier leur carrière et leur succès personnel pour permettre à la société dans son ensemble de comprendre les pièges du système pour avancer plus vite. L’Afrique a besoin que ses jeunes soient protégés de la pollution intellectuelle des ainés véreux, pourris jusqu’à l’os dans un système malsain où la misère très souvent entretenue a fait des ravages sur la moralité  et l’éthique de ces victimes devenus eux-mêmes des bourreaux. La renaissance européenne n’a pas été bâtie sur une succession de propagandes ou de racolage intellectuel, mais sur le courage et l’intelligence des  personnes très souvent des jeunes qui avaient un idéal profond de sortir l’être humain de l’infantilisation religieuse et monarchique de 1000 ans du moyen âge.  L’Afrique a besoin de renaitre après 500 ans de soumission et d’humiliation. L’insuffisance des ainés les a installés dans un rôle confortable de copier-coller de l’agenda dicté ailleurs et au service des intérêts externes. 

Leçon n° 47 destinée aux étudiants et étudiantes de Master 2 à l’Institut Supérieur de Management ISMA de Douala au Cameroun

 Ps : Au prochain cours nous allons plonger dans le Moyen-Age européen pour pêcher un penseur qui a osé sortir des rangs et il a payé très cher son envie de liberté. On fera un tour en Chine pour découvrir le concept de l’amour universel, en passant par la Syrie où nous attend un très valeureux penseur Perse sur le rôle de l’éclaireur qui utilise sa plume pour changer la société. S’il y aura du temps, nous ferons un saut en Inde, loin des sentiers battus.

Auteur : Jean Paul Pougala

SOURCE : pougala.org

Ajoutez votre grain de sel personnel… (facultatif)

UMOJA

Auteur : Jean-Pierre Mbelu

En lisant le journal Le Potentiel de ce matin (10 mars 2011) et plus particulièrement l’article intitulé « Nouveau rebondissement au Congrès américain. 5 millions de morts de l’Est : un « holocauste oublié », j’ai eu l’impression de ne rien comprendre à la conclusion à laquelle aboutit son auteur. Je voudrais en discuter dans les lignes qui suivent.

De quoi est-il question dans cet article ? L’auteur loue les efforts déployés par deux sujets américains pour que « l’holocauste oublié » de l’Est de notre pays soit pris en compte et que l’aide des USA au Congo se poursuive. « En effet, écrit-il, deux sujets américains, l’un, Ben Affleck, partisan du parti démocrate et acteur d’Hollywood, et l’autre, Cindy McCain, épouse du sénateur américain et candidat malheureux à la présidentielle de 2008, ont décidé de mettre en commun leurs efforts pour mobiliser l’administration américaine en vue de stopper le drame qui sévit à…

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USA : Pire que Chutzpah !

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b-1b_dropping_m_ 82_bombsCHUTZPAH : désigne le dernier degré de l’arrogance, de l’impudence, de la plus totale absence de honte ou de scrupules. Synonyme généralement péjoratif d’audace, d’insolence, d’impertinence, il cesse d’être péjoratif dans les milieux où l’impudence est de règle… En hébreu, le mot chutzpah marque une indignation envers quelqu’un qui a dépassé outrageusement et sans vergogne les bornes du comportement acceptable.

Quand on voit la Secrétaire d’État Hillary Clinton et le président Barack Obama, l’air grave et offusqué, mettre en garde la Syrie contre un recours aux armes chimiques, « totalement inacceptable » selon Obama, ou « qui passerait la ligne rouge et dont les responsables auraient à en répondre » selon H. Clinton, et qu’on voit le New York Times [comme la plupart des médias occidentaux] et tout l’establishment occidental reprendre et soutenir ces déclarations, on reste baba devant une aussi époustouflante hypocrisie. Alors que les États-Unis, précisément, détiennent le record d’utilisation des armes chimiques dans le monde, se sont toujours opposés à la signature d’accords internationaux visant à en interdire l’utilisation, et utilisent aujourd’hui régulièrement leur armement à uranium appauvri (armement à la fois nucléaire et chimique, dont le nombre et le type de victimes va bien au-delà des cibles directes) dans tous les conflits qu’ils déclenchent ! L’utilisation massive d’Agent orange au Vietnam ou de munitions au phosphore blanc en Irak, tout le monde connait, non ? Serait-il possible que seuls Clinton, Obama et les médias occidentaux ne soient pas au courant ? Ou doit-on y voir une fois de plus la seule arrogance du pouvoir et cette conviction qu’il ne saurait y avoir de moralité ou de droit international que lorsque l’ennemi fait quelque chose de choquant ?

C’est peut-être bien un mélange des deux, tant le double standard et la mauvaise foi sont souvent remarquables. L’archétype de ce genre d’attitude pourrait bien être l’histoire des « pluies jaunes » – des poisons chimiques que les Soviets auraient déversé dans le ciel du Laos au début des années 1980. Le flagrant manque de preuves n’avait pas empêché à l’époque l’administration Reagan d’en tirer le meilleur parti pour mieux diaboliser « l’Empire du mal ». On eut beau démontrer que l’accusation était fausse, un chercheur américain, Matthew Meselson, ayant apporté la preuve que lesdites pluies jaunes n’étaient en réalité que des déjections d’abeilles, elles n’en furent pas moins toxiques grâce au Wall Street Journal et aux autres médias de masse. Bien après le démontage de cette campagne d’intox, Peter Kann, éditeur du Wall Street Journal, citait encore les « champs empoisonnés du Laos » pour montrer « qui étaient les bons et qui étaient les méchants » de part le monde (“Clinton Ignores History’s Lessons In Vietnam,” [Clinton fait l’impasse sur les leçons d’histoire au Vietnam] WSJ, 9 septembre 1992). Autrement dit, Kann faisait totalement l’impasse sur la guerre chimique monumentale et bien réelle que les États-Unis avaient mené au Vietnam, au Cambodge et au Laos, mais n’en ramenait pas moins cette vieille histoire de pluies jaunes soviétiques, fut-elle démontrée fausse de longue date. En fait d’hypocrisie, de malhonnêteté ou des deux à la fois, difficile de faire mieux ! Ironiquement, c’est justement dans son propre journal qu’un article de 1997 évoquait les 500 000 enfants vietnamiens souffrant d’anomalies congénitales précisément dues aux méthodes de ceux que Kann appelle « les bons » [the “good guys”]. (Peter Waldman, “Body Count: In Vietnam, the Agony Of Birth Defects Calls An Old War to Mind,” WSJ, 12 décembre 1997).

Aujourd’hui, les zélateurs de l’impérialisme américano-centrique s’efforcent eux aussi de noyer le poisson sur les guerres chimiques du Vietnam et d’ailleurs, ou sur l’uranium appauvri. Dans son récent « classique du genre » encensé par l’establishment et la critique, The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined ([Les meilleurs penchants de notre nature : Pourquoi la violence a diminué],Viking, 2011), Steven Pinker ment ostensiblement sur la question, expliquant au lecteur que ce qui atteste de ce regain de moralité dans le monde et de la diminution de la violence – progrès que les grandes démocraties occidentales peuvent se prévaloir d’avoir apporté au reste du monde – c’est leur condamnation des armes chimiques et leur refus d’en faire usage. Mais dans les quelques pages que Pinker consacre aux violences qui ont marqué la guerre du Vietnam, pas une seule ligne n’évoque l’utilisation massive de ces armes chimiques dans l’Opération Ranch Aid et divers autres programmes menés dans ce pays.

De même pour la Syrie, les propagandistes officiels n’affirment pas que le gouvernement syrien ait d’ores et déjà recours à de telles armes, mais seulement que les Occidentaux ont la preuve que la Syrie se préparerait à en faire usage en dernier recours. « Ce qui nous inquiète, c’est que le régime d’Assad, de plus en plus aux abois, ne finisse par recourir à ses armes chimiques ou n’en perde le contrôle, au bénéfice de l’un des nombreux groupes qui opèrent actuellement en Syrie » (Hillary Clinton). A ce propos, ce n’est que récemment que Washington et les médias de masse ont fini par admettre la présence d’Al-Qaïda parmi les « nombreux groupes » de « combattants de la liberté » que les Occidentaux soutiennent en Syrie – et ce que cette présence a de préoccupant.

Ce genre d’opportunisme pourrait bien se terminer une fois de plus par un magistral revers de manivelle, comme après avoir soutenu Al-Qaïda en Afghanistan ou en Libye, les États-Unis soutenant à nouveau ceux qu’on appellera ensuite « les pires des pires » – passant du statut de « combattants de la liberté » très généreusement armés et soutenus, à celui de candidats à la détention illégale, à la torture et aux assassinats ciblés.

Outre la menace d’armes chimiques en Syrie, les représentants occidentaux se disent très préoccupés par l’utilisation de bombes à fragmentation par l’armée syrienne contre des civils, dans le cadre de ce conflit (C.J. Chivers, “In Syria, Cluster Munitions Takes Its Toll,” New York Times, 21 décembre 2012). Là encore, cas de figure à la fois familier et comique, les médias polarisés collaborent une fois de plus à un effort hypocrite, problématique au regard des faits, mais surtout lamentable, de diabolisation sélective.

On a accusé les Serbes de « nettoyage ethnique », sans tenir aucun compte du contexte de guerre civile encouragée par l’OTAN. Mais pas question d’utiliser ce terme au sujet du nettoyage ethnique pratiqué de longue date et à grande échelle par Israël en Palestine. Kadhafi menaçait soi disant Benghazi d’un bain de sang, c’est donc avec la bénédiction des mêmes médias et de l’ONU que les États-Unis, leurs alliés de l’OTAN, leurs rebelles autochtones et leurs mercenaires importés, purent s’offrir un vrai bain de sang avec pour point d’orgue le lynchage et le meurtre de Kadhafi. Et Hillary Clinton de déclarer toute fière dans un ricanement : « Nous sommes venus, nous avons combattu, il est mort ! » [“We came, we fought, he died !” parodiant pompeusement le “Veni, Vidi, Vici !” de César].

De même les mythiques armes de destruction massive de Saddam Hussein avaient-elles servi de prétexte pour la guerre d’agression des États-Unis contre l’Irak, avec là encore l’anéantissement d’un pays, le massacre de sa population et l’assassinat du “méchant” dirigeant. Au tour de la Syrie à présent ! Autre « méchant », l’Iran aussi menace le monde avec son entêtement à poursuivre son programme nucléaire. C’est sans doute le prochain sur la liste, dans le programme de production d’États ratés [failed states] des Grandes Démocraties – comme Pinker les appelle, ces gouvernements radicalement non-violents.

Mais pour en revenir aux bombes à fragmentation, les États-Unis les ont utilisés massivement au Vietnam et au Laos, en Irak et plus tard dans leur guerre aérienne contre la Serbie, en 1999 (entre autres). Israël s’en est montrée elle aussi particulièrement généreuse dans son agression du Liban, en 2006, et notoirement dans les derniers jours de ce conflit, alors que la paix était à portée de main, parsemant les champs de ces graines de mort et d’horreur éparpillées à travers tout le pays. L’armée israélienne a laissé derrière elle environ un demi-million de bombies après son dernier assaut contre le Liban. Un commandant d’escadre de bombardiers israéliens déclarait à ce sujet : « Ce que nous avons fait est démentiel et monstrueux ; nous avons couvert des villes entières de sous-munitions explosives » (Meron Rappaport, “IDF commander: We fired more than a million cluster bombs in Lebanon” [Un commandant de forces israéliennes déclare: nous avons largué plus d’un million de bombes à sous-munitions au Liban] Haaretz, 12 septembre 2006). Mais sur ces opérations là, les responsables américains et les médias n’avaient aucune critique particulière à faire – sans parler de mises en gardes ou de menaces ; douleurs inévitables de l’accouchement d’un Nouveau Proche Orient – ou de son agonie.

Comme tous les grands médias, le New York Times n’a jamais cité ni découvert un seul commandant des forces israéliennes qui dénoncerait l’utilisation de bombes à fragmentation par son pays comme « monstrueuse ». Son unique éditorial sur le sujet ne donnait ni le nombre de bombes larguées ni aucune précision sur le moment ou sur les zones où elles l’avaient été, ni sur leurs effets. Il n’émettait pas non plus la moindre critique sur leur utilisation par Israël et ne risquait surtout pas de la qualifier de criminelle ou de monstrueuse. Dans la grande tradition de l’apologie de nettoyage ethnique, l’info restait dûment aseptisée (“No Place For Cluster Bombs,” 26 août 2006). On remarque aussi en regardant les titres, que les articles du New York Times ne mettaient jamais en avant le fait que les civils ou les zones civiles étaient la cible privilégiée de ces bombardements et de leurs destructions – contrairement aux articles sur la Libye de Kadhafi ou sur la Syrie d’Assad. S’agissant d’Israël au Liban, ce qu’on peut trouver de plus proche serait quelque chose comme : « Libanais et humanitaires découvrent le danger des décombres » (25 août 2006), bien que le journal ait effectivement publié un article où Human Rights Watch qualifie la politique israélienne de crime de guerre (Kifner, 24 août 2006), et un autre qui donne quelques détails sur la sauvagerie et le caractère anti-civil et foncièrement délétère de l’agression israélienne (Worth et Kifner, 25 août 2006).

A l’instar d’Israël, les États-Unis ont refusé de signer la convention de 2008 sur les bombes à sous-munitions, qui en interdisait l’utilisation (la Russie, la Chine et plusieurs autres pays aussi d’ailleurs). D’après Richard Norton-Taylor, “Amnesty InternationalOxfam, et Article 36 – un groupe chargé de la coordination de l’opposition à ce type d’armement – auraient déclaré que dans les pourparlers sponsorisés par les États-Unis, les préoccupations des humanitaires avaient été totalement laissées de côté, et qu’ils en appelleraient aux Britanniques mercredi prochain pour tenter d’empêcher les USA d’avaliser ce qu’ils considèrent comme un « permis de tuer » à coup de bombes à fragmentation » (“US pushing UN to lift ban on cluster bombs, say campaigners” Le Guardian, 22 novembre 2011). Mais de leur côté les Américains assurent que les derniers modèles de CBU [Cluster Bomb Unit] ont une action vraiment ciblée, avec un taux d’échec très bas. On doit donc supposer que les CBU dont dispose l’armée syrienne sont les anciens modèles, ceux qui sont mauvais. Ou peut-être les États-Unis, leurs alliés et leurs clients – c’est-à-dire « les bons » quel que soit le conflit – seraient en réalité les seuls à pouvoir détenir et utiliser des bombes à fragmentation.

L’une des principales caractéristiques des bombes à fragmentation et de leur utilisation, c’est la place privilégiée des enfants parmi leurs victimes – les responsables américains et les médias se montrent d’ailleurs particulièrement sensibles au sort des enfants dans les conflits armés. Le président Obama ne pleurait-il pas récemment sur celui des enfants tués à Newtown, au Connecticut ? Les médias n’étaient-ils eux aussi pas particulièrement émus par cette tragédie ? Bon, d’un autre côté, on a ces 500 000 enfants atteints de malformations au Vietnam, un pays où des centaines de milliers d’autres ont été tués, mutilés, traumatisés sans que cela suscite grand-chose comme intérêt, regrets, voire compensation ou assistance post-conflit aux victimes (si ce n’est 18 années de boycott punitif).

Il y a aussi la fameuse réponse de Madeleine Albright en 1996, au sujet de la mort de 500 000 irakiens de moins de cinq ans victimes des « sanctions de destructions massive » : « Ça vaut bien ce prix là ! ». Cette réponse est passée littéralement comme une lettre à la poste dans nos médias polarisés, sans susciter d’indignation outrée ni de réactions particulières. Et puis il y a aussi ce continuum de « frappes ciblées » de nos drones, contre des « militants » – avec leur cortège de « négligences » [casualties] ou « dommages collatéraux » en bas âge – dirigés par le même Obama éploré, et suscitant toujours aussi peu d’émotion ou de réactions dans nos médias. Dans la région de Fallujah, en Irak, on constate une extraordinaire augmentation du nombre de malformations congénitales, de fausses couches et d’enfants mort-nés, dus à l’utilisation massive d’armes et munitions de toutes sortes par l’armée américaine dans ce secteur, et qui devient une véritable « crise de santé publique » (Sarah Morrison, “Huge Rise in Iraq Birth Defects Linked to US Cluster Bombing,” The Independent [UK], 15 octobre 2012).

Nos médias ne se sont jamais spécialement intéressés au sort de ces enfants tués ou mutilés au loin, même lorsque nos dirigeants proclament que chaque vie humaine est précieuse. A franchement parler, la vie ou la santé des minots de chez nous, aux États-Unis même, leur est tout aussi indifférente. Combien sont massacrés dans les rues des ghettos, sans même parler de ceux qui, de plus en plus nombreux, peuvent à peine survivre dans un monde d’inégalités croissantes où le système social s’effondre.

Le niveau d’hypocrisie des représentants de l’establishment lorsqu’ils parlent d’armes chimiques, de bombes à fragmentation ou du sort des enfants dans le monde est littéralement vertigineux. Mais ce qui est pire que chutzpah, c’est lorsque Clinton et Obama, pontifiant et mettant en garde la Syrie sur ses armes chimiques et ses bombes à fragmentation, ne semblent même pas conscients de l’arrogance et de l’indécence de leur flagrant double standard (deux poids deux mesures). Apparemment, ils ne doutent même pas une seconde que leurs messages moralistes sont aussi purs qu’apolitiques. Et nos médias de masse emboitent le pas, tout empressés de faire valoir à qui mieux mieux cette manière de voir pire que chutzpah !

 

Article original paru sur Z Net – The Spirit Of Resistance Lives

http://www.zcommunications.org/beyond-chutzpah-by-edward-s-herman

Traduit de l’anglais par Dominique Arias

Mondialisation.ca

Professeur honoraire de finance à la Warton School de l’Université de Philadelphie, Edward Herman est économiste et critique des médias, auteur de nombreux ouvrages dont Génocide et Propagande (avec David PetersenLux Editeur, Montréal, 2012).

La seizième. Temoignage d’un Survivant du Genocide des Hutu à Tingi-Tingi

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U.S./U.N. cover-up of Kagame’s genocide in Rwanda and CongoPour la seizième fois, je m’en souviens. Les quinze fois précédentes j’ai, comme disent les Belges, mordu sur ma chique ; j’ai fait semblant de ne pas souffrir et j’ai encore caché ma douleur. Bon cœur contre mauvaise fortune. Personne n’a su, vraiment personne. Car il ne m’était tout simplement pas permis d’évoquer la mémoire de tous ces frères et sœurs que j’ai vu tomber comme des mouches à Tingi-Tingi une journée de février 1997. Je n’ai toujours pas ce droit-là ; mais pour cette seizième, je me l’octroie et enfreins volontiers ce contrôle social qui veut cyniquement parcelliser les souffrances. Je fais donc mienne cette phrase de Henri Troyat : « Personne ne saurait en finir. On peut changer de souffrance. On ne peut supprimer la souffrance ». Tant que la mienne sera niée et ceux qui me l’ont infligé canonisés, les esprits de ceux qui sont partis agiteront le sommeil de l’Autre qui passe ses nuits quelque part au Rwanda, de retour d’une divine randonnée interstellaire.

Seize ans donc qu’une étoile guidait des méchants bergers vers les recoins d’une forêt qui m’avait gratuitement offert son hospitalité. Gratuitement ? Presque. Je devais juste respecter quelques règles de précaution : éviter les points d’eau prisés par d’autres hôtes plus prioritaires que moi (les félins), bien choisir ma chambre, donc ma couchette et veiller à la tranquillité de certains voisins (les reptiles), savoir détecter, d’un simple coup d’œil, les champs de tubercules, etc. Non, ce n’était pas Koh Lanta. Les aventuriers de cette émission de télévision passeraient pour des gosses gâteux dans un luxueux bac à sable. Ils ont choisi leur sort, moi pas. Ils ont un médecin à portée de voix, la mienne de voix ne m’attirait que malheur. Ils concourent pour un prix en espèces sonnantes et trébuchantes, mon espoir à moi était de distancer le plus possible l’ahurissant concert fait des crépitements d’armes automatiques ainsi que les vrombissements d’obus divers qui explosaient ça et là. C’était l’enfer. Un de ces inspecteurs des travaux finis est passé par là et osa : how many finally made it out of the forest ? Sans blague !

Pourquoi, avec ses armoiries d’homme blanc et son visa d’humanitaire, il n’a pas posé la question à tous ceux qui l’ont escorté jusque dans ce mausolée? Pourquoi, diantre, n’a-t-il pas jeté un coup d’œil aux innombrables clichés que prenait l’aéronef qui survolait heure par heure mon calvaire ? Pourquoi ? Sa réponse ne m’intéresse plus. Plus aujourd’hui. Seize ans m’ont appris que le principe des vases communicants ne s’applique pas qu’en physique : ce que les puissants de ce monde ont perdu ici, ils s’empressent de le récupérer ailleurs. Ayant donc perdu une partie de leur crédibilité en ne secourant pas mes frères (et mon fils) en 1994, ils ont cru bon de se racheter en offrant des milliers d’autres frères en sacrifice aux instincts vengeurs de quelques soudards qui ont usurpé la souffrance de mon peuple. Sauf que je ne suis pas le seul à m’être trouvé du mauvais côté du canon deux fois, mais ça, dans le raisonnement binaire des fanatiques, des paresseux et autres vendus, n’existe tout simplement pas… En attendant.

Oui, en attendant que les tiroirs des enquêteurs parlent. Que le contenu des rapports qu’on y entassent depuis seize ans soient enfin connu de tous. Je ne saurais en effet me contenter des tergiversations d’un trop timide mapping report. Car les morts étaient ciblés. Une fois, j’ai croisé un kadogo de mon quartier qui m’a apostrophé avec virulence : urajyana he n’ibi bintu ko tugiye kubirimbura ? Je cherchais désespérément un être très cher qui était vulnérable suite à une machette qu’il avait « reçu » deux ans auparavant. Une autre fois, je fus rattrapé par une patrouille de sanguinaires qui avaient des pages avec des noms des personnes qu’ils cherchaient pour, disaient-ils, kubafanyia, c’est-à-dire arranger leurs tronches. Je passe les détails des cruautés qui n’ont d’égal que certaines séquences des films d’horreur. Femmes éventrées ou écartelées, bébés étouffés ou avec des crânes fracassés, vieillards pendus ou crucifiés, jeunes gens dont les yeux avaient été crevés, d’autres enterrés jusqu’à la taille, etc. Vous avez dit enfer ? Seuls d’autres démons – les Interahamwe – y comprendraient mot.

Seize ans donc. Seize infernales années que je revois encore et encore cet afande au teint « noir soudanais » qui nous encercla et qui ordonna à ses hommes de nous aligner à la manière des écoliers. C’est sur la route vers Kisangani, entre Musenge et Itebero. De part et d’autre de la ligne que nous formions, se tiennent des soldats épuisés, mais aux visages hargneux que cachent mal des casquettes insolemment vissés sur des cranes rasés. A l’un de ceux-ci, le « soudanais » fit signe de s’avancer; il s’exécuta et sortit une longue liste de noms qu’il passa quasi sous le nez de chacun d’entre nous avec ces deux ordres : lis et si tu reconnais une personne sur la liste, dis-le. Tous ceux qui ont lu la liste furent mis à part et les autres (dont moi-même) furent escortés jusqu’à un autre groupe beaucoup plus important. A la tombée de la nuit, les vacarmes de détresse, des cris de souffrance et des pleurs d’adieu nous parvenaient du groupe laissé en arrière. Tous massacrés. Parce qu’ils savaient lire… je n’ai eu la vie sauve que parce j’avais égaré mes lunettes et ne pouvait pas déchiffrer les écritures sur cette liste de mort.Il y a seize ans.

Il est donc archifaux et malhonnête de déclarer ces disparus de la forêt « victimes de la guerre ». Ils n’en sont pas. Pour donner du poids à certaines de leurs fables, certains journaleux martèlent souvent le sans appel « j’y étais ». Eh bien, moi aussi j’étais de ce calvaire et je puis attester qu’il était tout sauf une guerre, encore moins une opération de rapatriement. Des personnes de tous les âges ont été massacrés pour qui ils étaient, c’est-à-dire des Hutu. Les dommages collatéraux ont emporté des populations Batiri, Bashi, Bakumu etc. Oui, il y a seize ans quelqu’un avait solennellement annoncé qu’il franchirait la frontière et réglerait leur compte à ces « chiens ». N’ayant pas pu réalisé tout son rêve, il le regretta en confessant n’avoir pas eu le temps de liquider des millions avant qu’ils ne s’exilent…

« Chaque douleur est une mémoire », écrivait Eric Fottorino dans «Un territoire fragile ». Seize ans après, qui donc pour m’empêcher de commémorer (du latin commemoratio) ?

Source: Forum DHR

Ajoutez votre grain de sel personnel… (facultatif)

UMOJA

 Source : African politics

Permit my exercise in tautology to state for the umpteenth time and as we all know that Africa has been mostly stagnant if not receding and also has been plagued over the years with political and socio-economic mishaps; poor governance, poverty, illiteracy, underdeveloped and undeveloped in some areas and volatility in many areas. Over the years many scholars have deduced that our

problems are as a result of the inhumane effects of slavery and colonisation. Slavery ended in the 1800s while colonisation for the better part ended in the 1960/70s. This is around 30-40years of independence and still Africa stands at a distant far compared with other colonised parts of the world.

So why is Africa still majorly stagnant and un/underdeveloped?

Let me take you back to first independent African nation- Ghana and to the book of its great men if not the greatest Kwame Nkrumah…

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