Étiquettes

, , , , ,

Auteur : Jean-Pierre Mbelu

En lisant le journal Le Potentiel de ce matin (10 mars 2011) et plus particulièrement l’article intitulé « Nouveau rebondissement au Congrès américain. 5 millions de morts de l’Est : un « holocauste oublié », j’ai eu l’impression de ne rien comprendre à la conclusion à laquelle aboutit son auteur. Je voudrais en discuter dans les lignes qui suivent.

De quoi est-il question dans cet article ? L’auteur loue les efforts déployés par deux sujets américains pour que « l’holocauste oublié » de l’Est de notre pays soit pris en compte et que l’aide des USA au Congo se poursuive. « En effet, écrit-il, deux sujets américains, l’un, Ben Affleck, partisan du parti démocrate et acteur d’Hollywood, et l’autre, Cindy McCain, épouse du sénateur américain et candidat malheureux à la présidentielle de 2008, ont décidé de mettre en commun leurs efforts pour mobiliser l’administration américaine en vue de stopper le drame qui sévit à l’Est de la RDC où plus de 5 millions de personnes, selon les dernières estimations, ont trouvé la mort. » Et voici la conclusion à laquelle arrive l’auteur : « Il faut faire observer que l’action menée depuis Washington n’est pas le fait des Congolais. Qu’est-ce à dire ? Inconscience ou insouciance ? Ce qui est vrai c’est que le Congolais semble être le moins ému devant le drame qui s’est incrusté dans l’Est de son pays. Comme à l’époque de l’Etat indépendant du Congo, ce sont les autres – loin de la RDC -, qui se soucient du sort des Congolais. » Je ne comprends pas cette conclusion pour plusieurs raisons.

 

Dans l’imaginaire de l’auteur, il semble que ce qui n’est pas entendu à Washington n’est pas entendu du tout ! Washington demeure « le centre éternel du monde ». Or, il paraît que le monde devenant de plus en plus multipolaire, l’attachement sentimental à Washington peut se relever beaucoup plus d’un complexe de « soumis » que d’une mentalité d’émancipation. ( La Tunisie et l’Egypte semblent avoir pris Washington de court !)

 

Quand l’auteur parle de « l’holocauste oublié », il ne dit pas qui l’a oublié : ses commanditaires ou ses victimes ? A l’Est de notre pays, un site Internet (Benilubero) revient sur cet « holocauste » depuis qu’il a eu lieu. Des jeunes ont pris le temps de l’étudier, d’en connaître les méthodes, les commanditaires, les alliés locaux et internationaux. Abandonnés à leur triste sort, nos populations de l’Est ont organisé plusieurs manifestations pour décrier cet « holocauste ». Des jeunes ont organisé des cellules d’autodéfense pour y mettre un terme. (D’ailleurs cet « holocauste » se poursuit…) Dans le livre de Charles Onana, Ces tueurs tutsi, au cœur de la tragédie congolaise, (Paris, Duboiris, 2009) il est fait mention de la lettre de Monseigneur Munzihirwa adressée au Président Américain Jimmy Carter le 30 juin 1996. Cette lettre prémonitoire a pour concerne : retour des réfugiés rwandais et massacres massifs au Rwanda(p.109-111). A-t-il été entendu ? Il sera d’ailleurs assassiné pour avoir mis le doigt sur la plaie.

 

La veille de la publication du rapport Mapping, des compatriotes se sont battus à New York et à travers plusieurs organisations internationales de droit de l’homme pour que le mot « génocide » n’en soit pas enlevé. Certains ont des contacts permanents avec  les avocats de la défense de la partie Hutu pour que finalement la justice juste ait lieu un jour dans la région des Grands Lacs. En Belgique, pour ne citer que ce cas, certains compatriotes travaillent avec quelques amis Belges dans l’association « Rencontre et paix » pour éviter que l’amnésie ne vienne planer sur ledit « holocauste » ses commanditaires et leurs alliés. Des conférences ont été organisées impliquant les amis africains et américains du Congo, connaisseurs de cet « holocauste ». Je cite l’exemple de la conférence du 5 mars 2010 organisée par l’UNIR à la salle du MOC à Bruxelles ; conférence au cours de laquelle Charles Onana et Cynthia McKinney avaient pris la parole sur la tragédie congolaise à côté d’un compatriote de l’Est, le professeur Emmanuel Nashi.

 

Ajouter à cette liste toutes les rencontres initiées par les femmes congolaises avec les parlementaires belges ou européens, les marches et les sit-in des Bana Congo au nom de nos millions des morts, les engagements des activistes de droit de l’homme ayant coûté la vie à Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, les luttes citoyennes ayant coûté la vie à Armand Tungulu, etc. ; il y a là un ensemble d’actions dont certains résultats sont de plus en plus visibles. Peut-être pour quelques « initiés » et « les minorités organisées » qui y sont impliqués !

 

L’auteur de l’article susmentionné aurait en partie raison s’il avait soutenu que plusieurs médias de Kinshasa rendent plus compte de ce qui se passe  au Congrès Américain, au FMI, à la Banque mondiale que de ce que font les jeunes de Benilubero et de Katwa.

Que certains médias « coupagistes » de Kinshasa s’intéressent très peu aux comptes-rendus  des médias alternatifs congolais (ou mixtes) comme les sites de Benilubero, Cheick Fita, de Congoindependant, de Congoone, de Congoforum, etc. et au lobbying mené par des groupes considérables de femmes congolais et d’autres compatriotes en dehors du Congo, cela est à mettre à leur passif et non sur le compte du « Congolais ».

Vivant de et dans l’autocensure, ces médias font l’éloge des alliés des commanditaires dudit « holocauste », « leurs excellences » travaillant dans certaines institutions de la troisième République. De la à conclure que « le Congolais semble être le moins ému devant le drame qui s’est incrusté dans l’Est de son pays », il y a un pas que l’auteur de l’article susmentionné se serait gardé de franchir.  D’ailleurs, il n’est pas le seul à parler au jour d’aujourd’hui du « Congolais ». Non. Il n’y a pas « le Congolais » ; il y a des Congolais qui, dans leur immense majorité mènent des actions diverses et diversifiées dans le sens de l’éveil de conscience au sujet de « l’holocauste » initié par « les maîtres du monde et ceux qui leur obéissent ». Qu’il y en ait qui vivent dans l’inconscience et l’insouciance, cela n’est pas une spécificité congolaise.

Que « l’holocauste » au cours duquel la part des USA a été (et est) considérable revienne dans le débat au Congrès Américain, cela est une bonne chose. Pourvu que le débat aboutisse à établir les responsabilités américaines et alliées. Et qu’au lieu de solliciter l’aide pour le Congo, les dommages causés par cet « holocauste » soient estimés en termes de dégâts humains et matériels à réparer et à payer. L’aide au développement a engendré la sous-humanisation de nos populations. Elle a enrichi  leurs bourreaux et leurs alliés locaux, ces dictateurs au service des multinationales.  (A suivre)

Source : Congoone.net