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Slate Afrique

Emmanuel Altit, avocat et pénaliste international, proteste contre les conditions de détention de Laurent Gbagbo. Il fait partie du collectif d’avocats mandaté officiellement par Géraldine Odéhouri, la conseillère juridique de l’ancien président ivoirien. Ce collectif comprend trois avocats ivoiriens, Agathe Barouin, Jean-Serge Gbougnon et Toussaint Dako Zahui. Il compte aussi un avocat togolais de renom, Joseph Kokou Koffigoh, ancien Premier ministre sous Gnassingbè Eyadéma (1991-94) puis ministre des Affaires étrangères du Togo (1998-2000) et chef d’une mission des observateurs de l’Union africaine (UA) qui avait défendu Laurent Gbagbo lors de la dernière présidentielle ivoirienne. Le collectif comprend également les avocats français Jacques Vergès, Roland Dumas, Lucie Berthoumieux et Emmanuel Altit, qui s’en explique pour Slate Afrique.

Slate Afrique: Pourquoi avez-vous été mandaté pour défendre Laurent Gbagbo?

Emmanuel Altit: Notre mission est d’intervenir sur le plan international, de changer le rapport de force politique général, d’intervenir dans les négociations avec les autorités ivoiriennes, mais aussi les Nations unies et la Cour pénale internationale (CPI). Nous faisons un travail de fond depuis plusieurs semaines et nous ne sortons du bois que maintenant, pour dénoncer les conditions de détention de Laurent Gbagbo, parce que nous avons d’abord voulu constituer les dossiers et rassembler suffisamment d’éléments.

Avez-vous pu voir Laurent Gbagbo?

E. A.: Jusqu’à présent, non. Les autorités ont peur de l’écho que nous pourrions donner à ce que nous pourrions voir sur place. J’ai fait une demande formelle le 15 juin lors d’un rendez-vous avec Jeannot Ahoussou, le ministre de la Justice du gouvernement Ouattara. Il m’a promis que je pourrais voir Laurent Gbagbo dans les jours qui viennent. J’ai rencontré la direction des Droits de l’Homme de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire le 17 juin, qui m’a tenu le même discours. Nous sommes le 11 août, et il ne s’est toujours rien passé.

Avez-vous pris conscience du niveau de haine de violence qui a prévalu en Côte d’Ivoire tout au long de la crise post-électorale?

E. A.: Qui a prévalu et qui prévaut toujours. J’étais encore en Côte d’Ivoire il y a quelques jours. Ce qui s’est passé est terrible, et il sera très difficile de parvenir à une vraie réconciliation. Cette dernière va demander des efforts de tous les côtés. Du côté des nouvelles autorités ivoiriennes, les efforts ne sont pas là: il existe une logique de vengeance et d’humiliation, qui se trouve à l’oeuvre dans les conditions de détention de Laurent Gbagbo.

Ne pensez-vous pas que le fait que l’ancien président n’ait pas été exécuté représente déjà une avancée? Faut-il se remémorer l’exemple du couple Ceaucescu, en Roumanie, qui avait été fusillé?

E. A.: Les contextes sont différents. Le poids du chef en Afrique n’a rien à voir avec la culture européenne. Laurent Gbagbo est maltraité. Les lois ivoiriennes comme les lois internationales sont violées, dans l’indifférence générale.

En quoi ce dossier vous intéresse-t-il?

E. A.: Dans mon cabinet, nous connaissons bien l’Afrique. J’ai vécu en Côte d’Ivoire et au Libéria. Nous avons aussi l’habitude des affaires délicates, d’intervenir pour des chefs d’Etat ou des opposants politiques. Enfin, nous sommes spécialisés dans la justice pénale internationale. J’ai défendu Thomas Lubanga, le premier accusé à avoir comparu devant la CPI, et je connais le fonctionnement de la CPI en amont. Je travaillais sur les réformes pénales en Bosnie dans les années 1990, et je suis allé à New York en tant que conseiller légal de la délégation de Bosnie en vue de la ratification du traité de Rome, en 1998.

Où en est l’enquête de la CPI en Côte d’Ivoire?

E. A.: Pour l’instant il n’y a pas d’enquête officielle. Le procureur de la CPI s’est familiarisé avec le dossier, il a été briefé par les organisations de défense des droits de l’homme et par la communauté internationale. Une première phase formelle consiste à demander à toutes les victimes de se manifester : elles ont eu trente jours pour le faire à partir du 17 juin. Ensuite, une enquête préliminaire a été ouverte le 23 juin, pour examiner les possibilités d’enquête et de publication ultérieure de mandats d’arrêt. Pour l’instant, nous en sommes aux prémisses concernant la CPI.

Y a-t-il d’autres avocats mandatés par la famille, en dehors du collectif dont vous faites partie?

E. A.: Autour de notre collectif se greffent d’autres avocats qui défendent d’autres membres de la famille ou des anciens ministres. Mais en ce qui concerne le président, et nous ne parlons pas de sa femme (Simone Ehivet Gbagbo, ndlr), notre collectif est le seul à avoir mandat officiel.