Étiquettes

, , , ,

Source : Cameroonvoice

Monsieur le Président,

Depuis votre arrivée au pouvoir, vous avez fait des choix précis et assumé de faire des Africains en particulier, un bouc émissaire des problèmes qui affligent la France. Vous avez ouvert la boîte de Pandore qui a permis l’explosion des pires sentiments racistes dans ce pays contre les Africains. Et je vous écris cette lettre pour vous manifester ma colère assumée (aussi) et ce cri de colère l’est aussi pour tous ceux qui parce que malades, parce qu’analphabètes, parce que timides ou pour mille autres raisons ne peuvent pas vous parler directement de toutes les frustrations que vous leur procurez dans l’espoir que vous saurez corriger la donne pour la fin de votre mandat présidentiel.

1- La France ne peut pas accueillir 900 millions de pauvres africains

Monsieur le Président, l’Afrique se porte bien, très bien grâce à ce qu’on appelle la « globalisation » et que je désigne tout simplement par « le 21ème siècle ». Au 21ème siècle donc, l’Afrique connaît le premier vrai développement humain de son histoire moderne. Et l’essentiel du flux migratoire se passe désormais à l’intérieur même de l’Afrique. Il y a toujours plus d’écoles qui se construisent, plus d’hôpitaux, plus de routes bitumées, plus de réseaux de chemin de fer, plus de lignes téléphoniques, plus de journaux.

Grâce à son deuxième satellite RQ1R de RASCOM, mis en orbite le 4 août 2010, les conversations téléphoniques africaines ne transitent plus par l’Europe, faisant économiser au passage 400 millions de Dollars par an que l’Europe encaissait sans rien faire sur les conversations entre pays africains, les villages africains sont en train de se connecter progressivement à Internet à travers le système WMAX etc…

Monsieur le Président, point besoin de vous inquiéter du milliard d’Africains pauvres qui envahiraient en France, puisqu’ils vivent toujours mieux que nous de la diaspora, que nous, Africains de France. Pendant ce temps, il y a le divorce qui se consomme chaque jour entre l’Europe et l’Afrique au profit des États-Unis d’Amérique et de la Chine qui ne viennent pas avec le bla-bla-bla, mais avec de l’argent, avec beaucoup d’argent et cela semble fasciner dirigeants et hommes de la rue, car les résultats se voient immédiatement. Le président Sénégalais Wade affirmait il y a 2 ans que 10 ans de coopération avec la Chine avait procuré à l’Afrique plus de ce que cette dernière avait eu en 1.000 ans de relations avec l’Europe. C’est tout dire.

– Pendant que la Chine ouvre son marché aux produits manufacturés africains depuis 2001, pour favoriser la création d’un embryon d’industrialisation,

– Pendant que les États-Unis à travers le plan AGOA depuis l’an 2000 ouvrent leur marché aux produits manufacturés en Afrique Subsaharienne, faisant que des pays comme l’Angola en exportant pour 1,7 milliards de dollars de textile vers les USA passent en 2 ans de pays exportateurs de coton à pays importateurs du même coton pour transformer et servir les très nombreux clients américains,

– Pendant que les pays comme le Lesotho voient leur richesse dépendre de 75% de ce plan AGOA en exportant les vêtements professionnels, chaussettes vers les USA,

– L’Union Européenne se lance dans une opération de ce qu’on appelle en Afrique : Arnaque Publique Européenne (APE), forçant les rares pays comme le Cameroun à signer un contrat qui fait perdre à ce seul signataire de l’Afrique centrale, 200 milliards d’Euros de recettes douanières en 20 ans. Ce n’est pas moi qui le dis, mais c’est le résultat d’un rapport du Ministère Camerounais des Finances dénommé : « étude d’impact budgétaire de l’Ape intérimaire », et réalisé sous la conduite du Professeur Christian Emini, chercheur et enseignant à l’Université de Yaoundé II.

Selon cette étude, rendue publique par le ministre lui-même à travers une conférence à l’hôtel Mont-Fébé de Yaoundé, l’impact de cet accord avec l’Union Européenne sur la période 2010-2030 pour l’économie Camerounaise est cauchemardesque : manque à gagner de 29 milliards de Fcfa en 2010, avant d’atteindre un cumul de 7.000 et 13.000 milliards Fcfa respectivement en 2023 et 2030, c’est-à-dire environ 200 milliards d’Euros que le contribuable Camerounais devra débourser afin d’assurer que les excédents de production de l’Union Européenne détruisent la faible et inexistante production de ce pays Africain.

Lorsque 27 pays de l’Union Européenne interprètent à leur façon le multilatéralisme et tentent de diviser 53 pays africains pour imposer des contrats individualisés pays par pays, croyez-vous que l’Union Européenne dans son ensemble a vraiment compris qu’on était passé au 21ème siècle ?

2- Les trafiquants de drogue sont-ils en majorité des africains ?

Un commentateur de télévision a cru vous faire plaisir en affirmant lors d’un débat que tout le monde le savait, que si nous sommes tous victimes d’un racisme d’état qui veut que nous présentions nos « Papiers » à chaque policier qui n’aime pas notre tête d’africain, « c’est parce que les trafiquants de drogue étaient en majorité des Magrébins et des Noirs ».

Des journaux ont renchéri en faisant de lui le héros qui a le courage disent-ils de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Mais Monsieur le Président, le penchant raciste que toute une nation peut éprouver et murmurer tout bas ne transforme pas les mensonges en vérité. La drogue n’est-elle jamais passée dans les quartiers chics ou dans les villages reculés où il n’existe aucun Africain ? Savez-vous que même chez les marins pécheurs, la drogue dure est en train de remplacer l’alcool? Ah j’oubliais, c’est la faute des Africains. A Neuilly d’où vous venez, avez-vous des preuves que la drogue qui y est vendue l’est par le fait des méchants banlieusards?

Une émission d’une des principales chaînes de télévision française s’est jointe au lynchage public des pauvres de banlieue en mettant en scène un horrible spectacle des idées reçues que l’opinion publique a du trafic de drogue. Non, la drogue ne circule pas dans les banlieues plus qu’ailleurs.

Dans tout manuel de criminologie, on enseigne que le trafic de drogue est fondé sur une organisation bien structurée de façon hiérarchique avec à sa tête un Parrain et au plus bas niveau, dans la rue, le pusher, le petit caïd du quartier.

L’objectif principal de toute lutte sérieuse contre le trafic de drogue ne peut se concevoir que dans la logique de détruire l’organisation elle-même : le producteur, le raffineur, l’importateur, le grossiste et le pusher. Il n’y a qu’en France que le mal majeur est tout trouvé: le caïd. S’attaquer à l’organisation dans son ensemble a un coût, qui peut être très élevé en vies humaines, comme on l’a vu en Italie, au Mexique, en Colombie avec la mort des Magistrats, des juges, des policiers, des journalistes courageux parce que capables non pas d’aller tendre des micros dans les banlieues et montrer des liasses d’argents qui circuleraient, mais d’aller faire de vraies enquêtes pour établir le lien qu’il y a entre le crime organisé et la politique, et l’industrie du luxe, la bourse et l’immobilier etc… (lire Gommora du journaliste Saviano qui vit aujourd’hui sous escorte policière).

S’attaquer à la colonne portante de la drogue c’est déclarer la guerre aux vrais trafiquants qui très souvent sont d’insoupçonnables citoyens. Et ça peut faire mal. Pour l’histoire, la justice américaine n’a jamais prouvé que Al Capone était un parrain de la mafia. Il fera 8 ans de prison à Alcatraz (1931-1939), non pas pour mafia ou pour trafic de drogue, mais pour fraude fiscale ; tous les témoins ayant comme par hasard glissé sur des peaux de banane avant chaque procès le regardant.

3- La délinquance est-elle dûe à un facteur culturel?

Depuis que vous avez ouvert la boîte de pandore de la criminalisation systématique de la misère, il y a une profusion de littérature pour vous donner raison, des vocations se créent. Même des spécialistes s’y mettent. L’objectif principal étant ce que le sociologue Loïc Wacquant à décrit dans son livre « Punir les Pauvres » comme une opération visant tout simplement à remplacer l’État Social par l’État Pénal.

C’est donc dans cette logique qu’un sociologue français a récemment écrit un livre pour faire de nous des délinquants biologiques, que dis-je, culturels. Il parle d’une Afrique Sahélienne qui n’existe ni en histoire, encore moins en géographie puisqu’il prend bien soin d’en éliminer l’Algérie, la Mauritanie, le Soudan, l’île du Cap-Vert, Djibouti et l’Érythrée.

La raison est toute simple: la stratégie était encore une fois de toucher le plus faible et de l’utiliser comme bouc émissaire. Selon ce chercheur, les populations originaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger portent en eux une culture de la délinquance, parce qu’ils n’ont plus en France le patriarcat de leurs origines primitives africaines. Je lui oppose l’une des écoles de pensées les plus célèbres en matière de marginalité et criminalité urbaine et notamment ce qu’on a appelé L’ECOLE DE CHICAGO.

En utilisant les méthodes ethnologiques, dites « d’observation participante », des chercheurs pendant 30 ans ont étudié l’évolution des comportements des immigrés dans une ville en pleine transformation industrielle, Chicago, pour prouver qu’il n’y avait aucune relation entre la race ou la culture d’origine et la délinquance. Par exemple, W. I. Thomas et Florian Znaniecki ont notamment démontré que le comportement des immigrants n’était pas lié à un problème physiologique, mais était directement lié aux problèmes sociaux intervenus dans leur vie quotidienne. Ils affirment ainsi que : « la variable réelle est l’individu, pas la race, encore moins, la culture d’origine ». Dans leur ouvrage publié en 5 tomes entre 1918 et 1920, du titre « Le paysan polonais en Europe et aux États-Unis » on a le résultat de l’une des premières études très complètes sur les problèmes d’immigration et de l’intégration.

L’originalité venait du fait que ces 2 chercheurs avaient étudié des familles polonaises traditionnelles dans leur village en Pologne avec leurs habitudes sociales, dans ce qu’ils appellent: « l’organisation du groupe primaire » jusqu’à l’immigration vers les États-Unis et son modernisme avec de nouveaux codes. Selon Thomas, « la pathologie individuelle n’est pas un indicateur de désorganisation sociale. S’il y a un processus de réorganisation sociale, un individu peut demeurer inadapté, en retrait de ce phénomène social collectif ».

C’est vrai surtout pour des individus de la seconde génération (d’immigrés) qui se trouvent touchés par la délinquance, l’alcoolisme, le vagabondage, et le crime. Si ce processus de réorganisation est difficilement suivi par l’individu, c’est parce qu’il exige de se défaire des liens anciens pour en inventer de nouveaux. Depuis Thomas, l’École de Chicago donne une importance primordiale à la subjectivité des individus ; les comportements des individus s’expliquent par leur perception de la réalité et non par la réalité elle-même ; ainsi, on ne peut pas parler d’une communauté ou d’une race délinquante, fut-elle des ROMS ou autre, car la déviance est d’abord individuelle. En 1929 John Landesco publie un rapport intitulé : « Organized crime in Chicago », dans lequel il démontre qu’il existe un lien entre le crime et l’organisation sociale de la ville.

Selon lui, « de la même manière que le bon citoyen, le gangster est un produit de son environnement. Le bon citoyen a été élevé dans une atmosphère de respect et d’obéissance à la loi. Le gangster a fréquenté un quartier où la loi est au contraire enfreinte constamment ». Monsieur le Président, la solution ne consiste nullement à multiplier les griots de la cour pour vous répéter que les Africains sont porteurs d’une culture de déviance, mais de travailler pour que la désorganisation sociale de certaines personnes qui habitent les banlieues ne se traduise pas en déviance.

Et ceci n’est pas le travail de la police, mais de la politique. A ce sujet, je vous conseillerai de suivre l’exemple des dirigeants Sud-Africains pour le problème de Soweto où le principal plan a consisté à trouver les moyens pour l’émergence d’une classe moyenne et intellectuelle dans ce township rendu tristement célèbre par les racistes de l’apartheid. Et ça marche, quoique veuillent nous faire croire les partisans de l’afro-pessimisme. Car ce sont ces mêmes habitants qui devenant riches sont en train de remodeler le visage même architectural de leur cité.

4- Pourquoi les populations d’origine africaines sont-elles surreprésentées en prison par rapport à leur poids dans la population française ?

C’est à cause du racisme d’État en France. Il existe une forte discrimination dite de SELECTION à l’entrée en prison. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. D’après le Rapport Unedic de 1987, dans un article publié dans la revue Informations sociales sous le titre « Prison : les principes d’une sélection », n° 11, Bruno Aubusson de Carvalay et Pierre Tournier dénonçaient déjà les critères de la sélection des entrées en prison surtout pour les courtes durées. Ainsi, les Français dits de souche ne vont en prison pour la plupart qu’à travers la décision d’une cour d’assises alors que les étrangers et populations d’origine étrangère, pour la plupart (9 fois sur 10) vont en prison sur décision d’un tribunal correctionnel c’est-à-dire pour des délits mineurs. Et 4 fois sur 5, on va en prison pour les détentions provisoires et non à la suite d’une condamnation. Pire, toujours plus de parlements en Europe votent des lois pour instituer de nouveaux délits qui ne concerneront que les immigrés et qui dans certains pays comme l’Italie, deviennent la principale cause d’incarcération des immigrés, c’est le délit d’immigration clandestine.

Selon un rapport du CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales), sur « les étrangers dans les statistiques » il y a un autre élément discriminatoire contre ces mêmes populations. Officiellement, la police transmet au parquet les procès verbaux de tous les crimes et délits constatés, mais dans les faits, les administrations spécialisées ne transmettent à la justice française que de 1 à 5 % de dossiers des infractions constatées.

Et c’est dans cette marge de manœuvre, couplée à la chasse à l’homme pour remplir des quotas d’incarcération d’immigrés fixés par votre gouvernement qu’on arrive aux chiffres qui font froid dans le dos et que le chef de file du parti d’extrême droite de la Ligue du Nord en Italie peut annoncer que « les prisons italiennes ne sont remplies que d’immigrés », dans un pays champion d’Europe de la criminalité organisée avec des groupes légendaires type Dranghetta, Sacra Corona Unita, Camorra et Mafia.

5- Les pauvres sont-ils plus criminels que les riches ?

Jean-Jacques Rousseau nous apprend que les pauvres ont trois besoins fondamentaux qu’il appelle BESOINS PRIMAIRES : besoin de manger, besoin de procréer et besoin de se reposer, dormir. Et que par conséquent, leurs crimes sont limités à ces quelques besoins primaires. Dans un article de Atlantic Montly en 1982 deux chercheurs, Wilson et Kelling présentent la théorie dite de la Portière Brisée (broken window) en utilisant les travaux réalisés en 1969 par le Socio psychologue Philip Zimbardo. Ils avaient laissé une voiture dans le très chic quartier résidentiel de Plato Alto en Californie et une autre dans le quartier pauvre du Bronx à New-York, avec dans chacune les mêmes objets de valeur et une fenêtre brisée. Le résultat fut identique dans les 2 quartiers : les objets furent dérobés à travers la fenêtre brisée soit à Plato Alto que dans le Bronx.

Les chercheurs purent alors conclure par cette démonstration que le crime n’est pas l’apanage des pauvres. Dans le Livre « Les cartes du crime », le criminologue Jean-Luc Besson, suggère une différente approche, celle géographique pour comprendre et anticiper la délinquance et décider de l’aménagement du territoire en conséquence. Je vous propose un thème de réflexion Monsieur le Président : Pourquoi selon vous en Afrique, les pays avec le plus grand nombre de crimes sont paradoxalement les 2 plus riches : l’Afrique du Sud et le Nigéria ?

6- La place des noirs dans la société évolue presque partout, sauf en France

Récemment à la télévision publique française un riche héritier d’une célèbre marque de Parfum a fait du négationnisme d’un acte odieux qu’une loi de cette république a appelé « crime contre l’humanité » et ce sont les 4 siècles de déportation des Noirs pour travailler comme esclaves en Europe et en Amérique.

Mais ce qui est plus drôle dans cette histoire n’est pas tellement le silence assourdissant des politiciens, mais ce sont tous ces biens pensants qui se sont indignés des propos du septuagénaire, sans se soucier de la multitude des actes racistes institutionnalisés dans notre pays.

La France reste en effet le seul pays ayant participé à la pratique de cette déportation qui continue impunément à utiliser le mot NEGRE dans ses élans racistes sans gène, et je ne parle pas de l’homme de la rue, des incultes du bar ou des maçons ignorants. Non il s’agit des intellectuels qui ont cru bon de traduire le mot anglais GHOST WRITER (auteur anonyme d’un texte signé par une autre personne), par NEGRE, sans s’interroger sur la frustration que nous éprouvons comme Noirs chaque fois qu’ils prononcent ce mot insultant.

Pour comparaison, les Allemands l’ont traduit par GHOSTWRITER, les Espagnols par FANTASMA ESCRITOR, les Finlandais par GHOST KIRJAILIJA, les Suédois par SPÖKSKRIVARE, les Roumains par PERSOANA CARE SCRIE PENTRU ALTCINEVA etc… d’autres pays ont tout simplement choisi de ne pas le traduire et d’utiliser le mot anglais tel quel, c’est le cas de l’Italie, le Portugal ou le Danemark. Pouvons-nous aujourd’hui condamner le Parfumeur sans dénoncer en même temps toute la littérature française elle-même ? Sans condamner les intellectuels français ?

La mairie de Paris a présenté un film promotionnel pour sa candidature aux jeux olympiques de 2016 à l’instar du cinéma français mettant en scène, l’apologie des Français indigènes, dits de souche, c’est-à-dire le contraire de l’image même d’une rue quelconque de la capitale française : métissée. Et on était même surpris d’avoir perdu jusqu’à crier au complot. La vérité si simple était que les votants (de la planète) se sont le plus identifiés dans le film présenté par Londres. A Paris, ils croyaient tout naïvement qu’un votant Asiatique, Sud-Américain ou Africain en voyant ce Paris des années 30 se serait mis à rêver de quand il était humilié dans la colonisation, c’est-à-dire, un cauchemar.

La lutte contre le racisme aux États-Unis d’Amérique a fait un bon en avant grâce à l’implication des intellectuels, à travers la télévision, à travers la radio et surtout, à travers le cinéma. Alors que depuis les années 60, les acteurs noirs sont surreprésentés dans les séries et films par rapport à leur poids dans la population, nous continuons encore à attendre en France en 2010, où sont passés les intellectuels français ? Ou bien se rappellent-ils de nous seulement lorsqu’il faut nous insulter et nous appeler NEGRE ?

En France, tout le monde semble avoir salué l’arrivée d’un Noir à la Maison Blanche. Quelle hypocrisie ! Quel est le pourcentage des Noirs dans le parlement français ? Au Sénat français ? Comment le peuple Français, les politiciens Français ont-ils eu le courage de saluer la conclusion d’une évolution culturelle d’ouverture et de tolérance d’un peuple, sans à aucun moment se rendre compte que cela témoignait plutôt leur profond retard culturel et séculaire sur ce thème? Monsieur le Président, comment vous-même qui avez tant fait pour être l’ami personnel de Monsieur Obama n’avez pas pu vous rendre compte qu’il est l’antithèse de ce qui se passe en France ? Que serait-il devenu s’il était né citoyen Français ? Et que dire du vilain plaisir avec lequel certains journalistes Français annoncent les échecs de Obama ?

Madame Michaëlle Jean (photo) vient de terminer en cet Octobre 2010 , ses 5 ans de mandat comme Gouverneur Général du Canada, c’est-à-dire qu’elle a assumé l’équivalent de vos fonctions de Chef de l’Etat du Canada et le savez-vous Monsieur le Président qu’elle est Noire et née à Haïti ? Jean Grégoire Sagbo, un Russe d’origine béninoise, a été choisi par les électeurs de Novozavidovo en Russie comme vice maire et remplacera dans quelques mois le maire de la ville. Combien de Noirs avons-nous comme maire d’une ville de la métropole française ? ZERO ! Combien sont Magrébins ?

Dimanche le 25 Octobre 2010, un médecin originaire du Ghana est devenu en Slovénie le premier Noir élu maire d’une ville d’Europe de l’Est. Âgé de 54 ans, Peter Bossman a été élu à la tête de la ville de Piran, cité pittoresque en bord de mer adriatique, en battant au deuxième tour, le Maire sortant de centre-droit. Cela semble bouger partout et où est la France dans tout cela ?

Ahmed Aboutaleb, né au Maroc il ya 48 ans est depuis le 5 janvier 2009, Maire de la plus grande ville portuaire du monde : Rotterdam en Hollande. Que serait devenu Monsieur Aboutaleb si à 14 ans il avait arrêté son parcours d’immigré clandestin en France ? Ce qui est frappant dans cette belle histoire de l’immigration réussie comme nous tous la rêvons, est qu’il a été élu, malgré que 3 ans plutôt l’islamiste Mohammed Bouyeri avait abattu en pleine rue le cinéaste Theo Van Gogh. Quelle belle preuve d’ouverture et de tolérance d’un peuple que nous ont donnée les Hollandais de Rotterdam ! Vous devriez vous en inspirer.

Après les émeutes raciales de 1969, 40 ans plus tard la ville blanche de York dans l’Etat de Pennsylvanie aux USA vient de voter sa toute première Maire Noire. Le 4 Janvier 2010 la jeune Kim Bracey en prenant ses fonctions de Maire a défini son élection d’Historique et le résultat d’une pacification raciale et ethnique en cours pas seulement aux États-Unis, mais partout dans le monde ; le même jour, dans le même état c’était un double fait historique dans la ville très conservatrice de Harrisburg où Madame Linda D. Thompson prenait ses fonctions comme la toute première femme Maire de la ville et comme première personne de race Noire. Et où est la France dans toute cette pacification raciale ?

7- Trois ministres femmes d’origine africaine dans votre gouvernement

Monsieur le Président, lors de votre premier gouvernement vous avez choisi de mettre pour la première fois, 3 ministres femmes d’origine africaine. Tout le monde vous a salué pour ce choix audacieux. Même le refrain des dirigeants du Parti Socialiste Français était : NOUS REGRETTONS DE NE L’AVOIR PAS FAIT NOUS MEME. Pourtant, votre choix tant audacieux n’était en lui-même qu’un acte maladroit contre la communauté africaine et je vais vous expliquer pourquoi et comment. Monsieur le Président, vous avez choisi 3 femmes et c’était à mon avis une très belle décision. Mais le point qui fâche c’est le choix de 3 femmes musulmanes. De la même manière que vous vous êtes vanté d’avoir nommé le premier Préfet Musulman. Non Monsieur le Président, nous refusons le fait que l’être africain soit automatiquement associé à la spiritualité, parce que les Africains ne sont pas tous Musulmans, Chrétiens ou Animistes. Les Africains sont pour la plupart agnostiques, laïques et athées.

Le retranchement vers le ghetto identitaire de la spiritualité a été plus un instant de désarroi dû plus à la montée du racisme et de la xénophobie en France dans les années 70 et 80 qu’à une véritable conviction et conversion religieuses. Si toujours plus de caves d’HLM se sont transformées en terreaux de mysticisme et de prières de personnes en transe attisées par un extrémisme chrétien ou vaudou dont la plupart de nous maîtrisaient à peine les contours, c’était moins pour une adhésion de masse à une quelconque nouvelle mission d’évangélisation réussie de nouveaux prophètes du Christ ressuscité, c’était plutôt l’aboutissement d’une frustration.

Non Monsieur le Président, tous les Africains ne sautent pas par la fenêtre du deuxième ou troisième étage par peur du diable. Tous les Africains ne sont pas Animistes ou pratiquent le culte des morts. Les Africains revendiquent la transformation culturelle Européenne de la Renaissance et du siècle des Lumières comme une valeur et un héritage universels, c’est-à-dire appartenant à tous les êtres humains. J’en veux pour preuve, sur 53 pays en Afrique, 50 ont une législation laïque et c’est la base même du fondement de l’Union Africaine. Nous refusons que vous nous poussiez par tous les moyens dans des retranchements identitaires de type spirituel. Aucune société, aucune république, aucun royaume ne s’est développé grâce à la religion. Et nous aussi Africains sommes conscients de cela. Lorsque les Européens étaient tout spirituel, c’était pendant les 1000 ans du Moyen-âge, que presque à l’unisson on a décrit comme les 1000 années de la mort culturelle et intellectuelle de l’Europe (F.REVEL).

Les Africains ont déjà beaucoup de difficultés à réussir leur transition de la religion naturelle du culte des ancêtres de type néolithique à la laïcité des temps modernes afin de mieux apprivoiser les opportunités de la logique et de la raison scientifique pour le développement de notre continent. Merci de ne pas nous compliquer la tâche.

8- Nationalité française et citoyenneté européenne

A la conférence qu’il donne à la Sorbonne le 11 Mars 1882 sur le Thème : « Qu’est-ce que c’est que la Nation ?» le Philosophe Ernest Renan, père de la citoyenneté à la française, affirme qu’il y a longtemps que les Français de souche ont disparu par de nombreux métissages. Il fustige ceux qui comme vous continuent à faire un classement de race qu’il appelle « classement zoologique ». Renan dénonce le monolithisme Prussien (Allemand) dont la vision animalière de la race humaine divise les hommes entre rongeurs et carnassiers, ce qui, prédit-il en 1882 ne portera la Prusse que vers une guerre d’extermination.

Les deux guerres mondiales lui ont donné raison. Et faut-il aujourd’hui avoir un sixième sens de prémonition comme Renan pour anticiper que votre modèle de société à la prussienne de classer les français de façon zoologique entre rongeurs (anciens français et prétendument de souche) et carnassiers (nouveaux français prétendument des criminels) ne pourra se terminer que par une guerre d’extermination ? Ce serait, a conclu Renan, « la fin de ce mélange fécond, composé d’éléments nombreux et tous nécessaires, qui s’appelle l’humanité. » et qui ont fait la France.

Monsieur le Président, qu’est-ce que vous n’aimez pas dans cette France-là ? N’est-ce pas venu le moment de se battre pour qu’il y ait une véritable citoyenneté Européenne ? C’est-à-dire que nous devons nous réapproprier la citoyenneté romaine de droit qui était bien plus évoluée que toutes nos blagues d’aujourd’hui avec des passeports dits Européens juste parce qu’ils ont tous la même couleur bordeaux et les écritures du même genre comme s’il s’agissait du coloriage pour amuser les gamins de la maternelle et non un instrument qui aurait dû témoigner des droits et obligations découlant de la résidence comme savaient si bien le faire nos ancêtres de l’empire Romain.

9- Francophonie ou union européenne ?

Le 24 Octobre 2010 s’est terminée dans la ville Suisse de Montreux la 40ème rencontre des chefs d’États de la Francophonie. J’ai envie de vous poser une question toute bête : A quoi sert-il ce machin ? Parce que je ne l’ai toujours pas compris. Est-ce que c’est l’expression d’un monolithisme linguistique ou culturel ? Je suis originaire du Cameroun, c’est le seul pays africain qui a le Français et l’Anglais comme langues officielles.

Et je puis vous affirmer que parler de façon habituelle ces 2 langues ont transformé ma vie et y ajouter 2 autres langues Européennes, puis une langue asiatique m’ont permis un épanouissement culturel inégalable. Si je ne parlais que le Français, le monde aurait été plus gris, trop fade à mes yeux. A moins que l’intérêt de cette institution ne soit ce que Jean-Jaurès déclarait en 1884 : « Pour la France, la langue est l’instrument nécessaire à la colonisation… Plus d’écoles françaises aideront les colons français dans leur difficile tache de conquête et d’assimilation ».

J’aurai pu comprendre que l’espace de la francophonie soit une ère où circulent les idées, la culture donc, les hommes. Et pourtant, vous n’avez cessé d’empêcher les chanteurs, les écrivains et intellectuels africains de circuler librement aussi vers la France, sous prétexte qu’ils étaient trop pauvres et risquaient d’envahir la France. Ce sont vos propos.

Mais je vais essayer de vous prouver que cet argument ne tient pas. Voici la liste de quelques pays dits pauvres qui peuvent entrer en France sans Visa : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Costa-Rica, Guatemala, Honduras, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Salvador, Uruguay et Venezuela. Vous l’aurez constaté vous-même, qu’il n’y a aucun pays Africain faisant partie de cette liste dite « blanche » établie par le règlement (CE) n°539/2001 du 15 mars 2001 sur la base de 3 critères : immigration clandestine, ordre publique et Sécurité. En d’autres termes, sur les 53 pays africains aucun ne respecterait ces critères ?

Sur le premier critère, avez-vous jamais vu dans vos statistiques un sans-papiers Zambien ? Botswanais ? Namibien ? Avez-vous jamais expulsé pour clandestinité un seul ressortissant du Lesotho ou du Swaziland ?

Pour les autres 2 critères je vous mets au défi de me prouver dans toute l’histoire coloniale et postcoloniale de la France avec l’Afrique une quelconque trace d’une bombe mise en France par un Sénégalais, un Malien ou un Congolais.

Vous voyez bien que la seule raison de cette obligation de visa pour 53 pays africains n’est motivée que par un racisme institutionnel européen contre les Africains, racisme assumé par toujours plus de dirigeants de droite comme vous. Alors quel sens a tout le baratin de la fraternité de la francophonie si l’obtention du visa pour la France par un Béninois relève d’un parcours du combattant alors qu’au même moment, un chômeur de l’Honduras peut aller chercher du travail à Paris sans visa ?

Je vous propose d’avoir le courage de dissoudre l’institution de la Francophonie. Lorsque le 26 Mai 2009 lors de l’inauguration de la base militaire française à Abu Dabi (Émirats Arabes Unis) vous vous êtes adressé à un militaire Français plutôt en langue anglaise, vous avez en quelque sorte indiqué que vous-même ne croyez pas tant que cela à cette francophonie. Pourquoi ne pas établir une fois pour tout, son acte formel de décès ?

Je me trouve encore obligé de paraphraser Ernest Renan qui a écrit : « La langue invite à se réunir et non à s’unir (…) la Suisse, si bien faite, puisqu’elle a été faite par l’assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté. La volonté de la Suisse d’être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu’une similitude souvent obtenue par des vexations ».

J’ai une doléance à vous soumettre : Monsieur le Président, je vous prie de bien vouloir engager des procédures pour faire que la France renonce à son siège de Membre Permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies au profit de l’Union Européenne. C’est un geste qui vous fera entrer dans l’Histoire avec le H majuscule, par la grande porte et donnera à l’Union Européenne ce rôle d’Éclaireuse qu’elle est capable d’assumer aux yeux des autres peuples. Cela contribuera à simplifier la réforme des Nations Unies pour s’adapter au temps et se doter des moyens adéquats pour s’attaquer aux problèmes de notre siècle.

En l’espace de 4 mois, vous avez promis 4 fois aux Chefs d’État Africains à Nice, à Paris, à New-York et à Montreux de peser de votre poids pour permettre aux pays africains de disposer d’un ou de 2 sièges à ce même Conseil de Sécurité. Je vous remercie Monsieur le Président au nom des Africains, mais que voulez-vous en échange ? En d’autres termes, quels sont vos véritables intérêts ? Sont-ils compatibles avec ceux des Africains ?

Et que dire du fait que vous avez complètement ignoré le choix exprimé par ces mêmes Africains dans le souci de leurs intérêts, celui de revendiquer un siège, un seul et non deux, mais pas pour tel ou tel autre pays, un siège pour toute l’Union Africaine dans sa globalité. Si l’Union Européenne pouvait suivre l’Union Africaine dans cette démarche en récupérant le siège français, cela contribuerait à la démocratisation des instances destinées à assurer la Gouvernance Globale.

Ainsi on ferait du Conseil de Sécurité des Nations Unies le directoire démocratique d’une véritable Assemblée des Peuples et non plus seulement un groupe de pays choisis sur la base de la force. Une telle assemblée serait plus efficace à affronter les problèmes de son ressort, car serait dotée de véritable pouvoir de décision parce que légitimée du fait qu’elle serait véritablement représentative de la planète.

10- Des intellectuels plus racistes que le reste de la population

On est porté à croire que plus les individus ont un faible niveau culturel et plus ils sont portés à avoir des préjugés et à détester tout ce qui n’est pas conforme à leur standard habituel. Mais en France, on a plutôt l’impression que c’est l’inverse qui se produit et plus les personnes sont cultivées et plus elles utilisent le pouvoir de leur culture pour pousser le reste de la population à mieux asseoir des à priori sur ceux qui sont différents.

Dans un pays comme la France, le standard c’est : être Riche, être un Homme, être un Blanc, et être Jeune. Lorsqu’on ne fait pas partie de cette catégorie d’individus, il n’existera aucune course dans laquelle sous un quelconque prétexte républicain on pourra parler de l’égalité de chance ou de justice sociale sans une moindre correction de la part du pouvoir public.

C’est pour permettre qu’une course de 100 mètres ne démarre pas avec des postulants qui partent effectivement de 50 voire 90 mètres que l’État doit intervenir avec des correctifs, sans lesquels ce serait une course truquée d’avance. C’est ce que le gouvernement américain a fait pour accompagner les Droits Civiques des Noirs nommé : AFFIRMATIVE ACTION. Son objectif était de passer de l’égalité formelle décrite dans les textes à une égalité réelle des Noirs.

En France les intellectuels ont voulu faire une traduction intentionnellement raciste dite : DISCRIMINATION POSITIVE. Le mot discrimination est par définition un mot négatif et tous ceux qui en France l’utilisent tendent à nous expliquer que ce serait contraire aux principes républicains de la France que de l’appliquer aussi à notre pays. Mais cette défense de la République n’est que de la poudre aux yeux qui sert à cacher des privilèges bien protégés pour le groupe dominant. Monsieur le Président ce n’est pas la nomination d’un préfet d’origine africaine qui doit changer la donne.

Ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. En démocratie, moins de 2% des postes résultent des élections. Et même ces 2% qui sont soumis au vote populaire font d’abord l’objet d’une sélection non démocratique. Les restants 98% étant des nominations. C’est à ce niveau qu’on constate s’il y a ou non la volonté politique de corriger les tendances majoritaires de la population qui en principe choisit ce qui est le moins éloigné du groupe auquel elle s’identifie.

Ainsi c’est en nous posant la question sur le nombre d’Ambassadeurs d’origine Africaine, des Généraux de l’armée d’origine africaine, des directeurs de grandes entreprises publiques d’origine africaine, comme la télévision, les banques etc… que nous pouvons conclure sans doute qu’il y a un racisme d’État en France. L’AFFIRMATIVE ACTION intervient à ce niveau pour corriger les injustices d’exclusion, propres à toute démocratie de type majoritaire.

Que veut dire le mot EXPATRIÉ ? C’est une expression qui fait partie du vocabulaire des racistes intellectuels qui se voudraient à priori une race supérieure lorsqu’ils vont en Afrique. Comment expliquer sinon que le même employé qu’un groupe Français envoie au Canada ne s’appelle pas expatrié, mais le jour où il met les pieds en Afrique, il devient l’EXPATRIÉ. S’il est réaffecté vers le Japon, une fois parti d’Afrique, il cesse d’être un Expatrié. Il existe pourtant un mot officiel choisi par les Nations Unies pour désigner toutes les personnes qui vivent hors de leurs pays pour un an ou plusieurs années : MIGRANT.

La médiatisation de l’image du Noir associé au Sida, à la mort et à tout ce qui peut être négatif est très intentionnelle. Un exemple : il y a eu 2.995 morts dont 343 pompiers dans l’attaque des 2 tours jumelles du Wall Trade Center de New-York le 11/9/2001, dans le pays le plus médiatisé du monde, a-t-on vu l’ombre d’un seul cadavre, d’un blessé ou d’un bras ? NON.

Savez-vous pourquoi ? Parce qu’il y a le respect des cadavres, le respect des victimes. Une épidémie de choléra touche Haïti, voilà qu’en boucle on verra les cadavres des Noirs jonchés par terre et avec des commentaires incroyablement blessants que l’auteur des images accompagne du haut de sa supériorité raciale et pourquoi pas, divine. En quoi un cadavre à New York vaut plus qu’un autre à Port-au-Prince ? Et que dire des ONG européennes qui ont fait leur fortune sur nos misères et qui ont tout intérêt à balancer au monde les images des victimes africaines en violant la dignité de l’intimité d’un cadavre, d’un être humain, fut-il un pauvre africain. C’est choquant et blessant cette mise en scène de la misère d’autrui. Je vous invite Monsieur le Président à prendre des dispositions (non seulement pour interdire comme on le fait pour les Français), afin que des poursuites soient possibles contre les auteurs qui en font la publication en France.

Conclusion

Monsieur le Président, nous ne sommes pas des racailles. 1000 ans d’esclavage arabe, 400 ans d’esclavage européen et 150 ans de colonisation européenne n’ont pas suffi pour tuer en nous l’instinct de survie qui caractérise tout être humain qui subit violences et humiliations. Nous avons appris par la force des choses à essuyer les larmes de vos insultes, à cicatriser les plaies de votre violence psychologique et policière.

Depuis la nuit des temps, nous sommes tombés 10, 100, peut-être 1000 fois par jour, poussés par vos chicotes, car pour vous, le fouet était la seule langue que nous étions en mesure de comprendre, et nous avons toujours réussi à nous relever. Vous nous avez amputés d’un bras ou d’un pied parce que nous n’avions pas atteint le quota de bananes, de coton ou de café à récolter, et nous n’avons cessé de pardonner votre folie meurtrière. Si en réaction, nous n’avons pas développé une égale violence, ce n’était pas un signe de faiblesse, mais de force, force psychologique et l’histoire ne nous donne-t-elle peut-être pas raison ?

Car voyez-vous Monsieur le Président, la vraie force ne réside pas uniquement dans la capacité des êtres humains à surmonter les épreuves les plus difficiles, mais surtout, à ne pas se laisser dicter leur ligne de conduite, leur comportement par la violence d’autrui. Si pour vous cela signifie ne pas entrer dans l’histoire comme vous l’avez insinué dans votre célèbre discours de Dakar, oui Monsieur le Président Sarkozy, nous préférons ne pas entrer dans votre histoire dont la valeur et la gloire se mesureraient par la compétition de violence et la capacité destructrice employée.

On a remplacé nos prénoms par « homme de Couleur », seule race au monde qui bénéficie d’une telle attention. Et nous ne nous en sommes jamais plaints. On nous a appelés « Sales nègres » et nous sommes restés impassibles. On nous a déportés et nous avons réagi mollement. On nous a castrés parce que nous étions considérés une race inférieure, mais nous avons continué à participer au pèlerinage à la Mecque. En 1452, le Pape Nicolas V qui autorisa le roi Alphonse V du Portugal de déporter les premiers Noirs de la Guinée vers l’Europe déclara que nous étions des animaux et que nous n’avions pas d’âme, mais nous avons continué à remplir les églises.

On nous a imposé l’apartheid sur notre propre terre et nous avons continué à tendre la main de l’amitié. Sûrement pour vous c’est la preuve de notre stupidité. Non, notre silence, notre main tendue et toujours refusée est la seule chance qui nous a fait ne pas disparaître. C’est notre seule véritable force qui nous fait continuer à sourire malgré tout le poids de la misère et de l’humiliation qui nous accable.

Est-ce trop vous demander que de vous prier d’arrêter de nous insulter, de nous humilier, de nous crucifier pour vos calculs politiques ?

Dans l’espoir de lire votre réponse bientôt, je vous adresse Monsieur le Président de la République Française, l’expression de ma très haute considération.

Jean Paul Pougala