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La publication du rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la Côte d’Ivoire, bloquée depuis sept mois, accable les Forces nouvelles.
Les seigneurs de guerre du nord de la Côte d’Ivoire se préparaient, bien avant les élections, à une reprise du conflit armé. C’est ce que révèle le rapport S/2011/271 du groupe d’experts de l’ONU sur la Côte d’Ivoire. La publication de ce document devait intervenir en septembre 2010. Longtemps bloqué, il n’a été transmis au Conseil de sécurité que le 20 avril dernier.

 Ce rapport décrit les violations de l’embargo sur les armes imputables à l’administration Gbagbo comme aux Forces nouvelles (FN) de Guillaume Soro. Il dissèque, surtout, l’économie de guerre mise sur pied par les « com’zone » (commandants de zone) des Forces nouvelles, rebaptisées, depuis, Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) par Alassane Ouattara.

Loin de se conformer au désarmement, un préalable à la tenue d’élections posé par les accords de Ouagadougou, les FN, affirme le document, ont bénéficié, dès 2009 et 2010, de « transferts d’armes et de munitions » depuis le Burkina Faso, « principal pays de transit », en violation de l’embargo sur les armes imposé par la résolution 1572 (2004). Le mouvement s’est accéléré pendant la crise post-électorale, jusqu’à l’offensive éclair lancée par les Forces nouvelles le 22 février 2011. La rapidité de leur avancée vers Abidjan s’explique par ces livraisons illégales d’armes, parmi lesquelles une « grande quantité de fusils d’assaut (…) dont les numéros de série avaient été effacés (…) par meulage » pour en dissimuler l’origine. Le document confirme aussi l’appui de « forces militaires étrangères opérant sur le territoire ivoirien », en citant le Burkina Faso, le Sénégal et le Nigeria. S’agissant des financements, le groupe d’experts soupçonne le camp Gbagbo d’avoir détourné des fonds publics et des recettes douanières pour acquérir illégalement des armes. Il pointe, surtout, les « taxes » imposées par les com’zone sur « les activités liées à la culture du cacao ». Les Forces nouvelles accumulent ainsi « chaque année un montant compris entre 22 et 38 millions de dollars (chiffres approximatifs) ». Autre source de source de financement des FN, « la contrebande de diamants bruts », « l’extraction et l’exportation d’or ». Au passage, les com’zone n’ont pas de scrupules à se servir. Le document cite ainsi le cas de Martin Kouakou Fofié, com’zone de Korhogo, visé par des sanctions internationales (« Les forces sous son commandement se sont livrées au recrutement d’enfants soldats, à des enlèvements, à l’imposition du travail forcé, à des sévices sexuels sur les femmes, à des arrestations arbitraires et à des exécutions extrajudiciaires »). Un homme d’affaires prospère qui « a créé des entreprises dans divers secteurs de l’économie, notamment l’immobilier, l’exploitation minière, les télécommunications et le commerce de produits de base et de carburant ».

Rosa Moussaoui  – Humanite.fr