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Le premier témoin à être entendu au procès de Jean-Pierre Bemba s’est présenté à la barre aujourd’hui et s’est remémoré avoir entendu l’ancien président de la République centrafricaine (RCA), Ange-Félix Patassé, annoncer qu’il avait demandé à M. Bemba de lui envoyer des soldats pour l’aider à combattre une tentative de coup d’état.


Le ‘témoin 38’, tel qu’il a été désigné devant la Cour, a également dit avoir vu les soldats de Bemba le jour où ils avaient fait irruption dans une ville de RCA puis avoir observé comment ils s’étaient rapidement transformés en pilleurs dans les maisons et les commerces appartenant aux civils.

Le témoin a bénéficié de mesures de protection pour sa déposition, notamment d’un pseudonyme, d’une déformation numérique de son visage et de sa voix et de séances à huit clos pour certaines parties de son témoignage.

M. Bemba, 48 ans, est accusé de deux crimes contre l’humanité et de trois crimes de guerre résultant de son supposé échec à arrêter ou sanctionner ses troupes alors qu’elles commettaient des crimes contre la population civile de République centrafricaine (RCA) en 2002 et 2003. Selon les procureurs, ses troupes congolaises étaient présentes dans le pays à l’invitation de M. Patassé, qui était confronté à une rébellion armée menaçant de renverser son régime.

M. Bemba, qui n’était pas personnellement présent sur le sol de la RCA pendant que les combattants de son Mouvement pour la libération du Congo (MLC) auraient violé, tué et pillé, a plaidé hier non coupable pour les cinq charges retenues à son encontre.

Le ‘témoin 38’, le premier témoin de l’accusation, fait partie des témoins généraux que les procureurs ont présenté comme devant apporter des dépositions sur le contexte des faits et des crimes dont M. Bemba est accusé.

Le procureur adjoint Fatou Bensouda a demandé au témoin pourquoi les troupes du MLC s’étaient rendues en RCA.

« Patassé en personne a déclaré à la radio que Bemba était son fils », a répondu le témoin. « Il a dit que lorsqu’il y a un incendie dans la maison de votre voisin, vous pouvez faire quelque chose. Il demandait à Bemba [de l’aider]. Il l’a même déclaré à la radio ».

Mme Bensouda a demandé au témoin comment il pouvait savoir que les soldats qu’il avait vu étaient des soldats de Bemba.

Le témoin a répondu que les soldats du MLC portaient des uniformes, des bottes et des bérets qui étaient différents de ceux des soldats de la RCA. Par ailleurs, « ils ne ressemblaient pas physiquement à des Centrafricains ».

Le ‘témoin 38’ a également déclaré avoir entendu un lieutenant dont le nom était Coupe-Coupe annoncer sur Radio Centrafrique qu’ils étaient des soldats de Bemba et qu’ils avaient repoussé les rebelles qui tentaient de renverser M. Patassé.

La défense de M. Bemba a soutenu que, une fois que les rebelles du MLC avaient traversé la frontière entre le la République démocratique du Congo et la RCA, ils étaient placés sous le contrôle de M. Patassé et non sous celui de l’accusé. En effet, les avocats de la défense ont indiqué hier qu’ils se demandaient pourquoi M. Patassé et François Bozizé n’étaient pas jugés à la place de M. Bemba. M. Bozizé a mené une tentative de coup d’état contre M. Patassé après qu’il ait été renvoyé de son poste de chef d’état-major de l’armée centrafricaine.

Hier cependant, le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo a déclaré qu’au début des enquêtes, ils estimaient que M. Patassé et M. Bemba étaient également responsables des crimes commis en RCA. « Toutefois, les faits montrent que les troupes étaient toujours sous l’autorité, le commandement et le contrôle de Jean-Pierre Bemba et non pas sous l’autorité de Patassé et c’est la raison pour laquelle, au vu des preuves, nous avons poursuivi Jean-Pierre Bemba ».

Le témoin d’aujourd’hui a dessiné une carte du lieu connu sous le nom de Point Kilomètre 12 (ou PK 12), une banlieue de Bangui, la capitale de la RCA, où les procureurs arguent que certains des crimes présumés de Bemba ont eu lieu. Le témoin a indiqué les zones où les rebelles du MLC avaient installé leurs bases ainsi que d’autres lieux importants tels que l’école, l’hôpital et le terrain de football. L’objectif de cet exercice de dessin n’a pas été clairement énoncé.

La défense a précisé qu’il y avait beaucoup de milices dans les zones où se trouvait le MLC et qu’il n’était pas possible d’attribuer les atrocités commises dans ces zones à une milice en particulier.

 

french.bembatrial.org