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Kigali, le 20 juillet 2010.

Rwandaises et Rwandais,

Chers amis du Rwanda et des Rwandais,

Après 16 ans d’exil, je suis revenue en paix dans ma patrie. Et c’est cette paix qui va guider mon action politique et celui de mon parti, les FDU INKINGI, pour éradiquer l’injustice et pour briser toutes les chaînes qui emprisonnent les Rwandais.

En effet, la population rwandaise vit toujours dans l’angoisse et la peur et attend en vain une réelle politique nationale d’unité et de réconciliation.

Mon parti et moi sommes engagés dans une lutte politique qui nous mènera à la victoire contre toutes formes d’injustice et à l’instauration d’une véritable démocratie basée sur la liberté de tout un chacun. Bientôt la mascarade électorale en cours entame un nouveau tournant. Malgré que les dés soient pipés, la dictature fait semblant de consulter le peuple. Son objectif ultime est de garder le pouvoir qu’il a acquis, maintenu et défendu par les armes. Cette parodie électorale n’est qu’un maquillage pour tromper l’opinion internationale.

Peuple Rwandais, notre heure a sonné pour briser les chaines de la dictature. L’heure de revendiquer votre dignité bafouée, le temps de refuser ouvertement l’ignominie du mépris de la vie et de la liberté des citoyens.

Notre réponse à cette mascarade électorale, c’est la résistance non-violente pour contester la légitimité des élections et de ses résultats.

1. Notre combat politique.

Objectifs de base.

Notre objectif est de mettre un terme définitif à la dictature et mettre en place une politique qui protège toutes les composantes de notre société pour que plus personne ne perde sa vie à cause de ses origines, de sa région ou de ses opinions politiques. Tels ont été nos objectifs depuis la création de notre parti, FDU INKINGI. Telle est l’ossature de mon engagement politique ici au Rwanda. Nous devons vaincre la peur pour nous libérer

Nous voulons éradiquer la pauvreté, la faim, le népotisme, la corruption et le clientélisme qui caractérise le régime du FPR. Nous voulons mettre fin aux inégalités sociales, à la discrimination et à la confiscation des biens ou des terres.

Nous combattons la dictature, l’injustice généralisée, l’iniquité des Gacaca, les Travaux d’Intérêt Général sans procès équitables.

Nous voulons que chaque Rwandais marche droit sans se cacher, sans avoir honte, nous voulons briser toutes les chaînes qui nous empêchent de nous sentir citoyens rwandais à part entière.

Sur le plan éducatif, nous voulons améliorer la qualité de l’enseignement, la pertinence du contenu vis-à-vis des besoins réels et de la compétitivité de notre pays, le respect de l’enseignant, la disponibilité du matériel scolaire ainsi que l’égalité des chances pour tous les enfants du pays sans discrimination de classes, de sexes, d’ethnies ou de régions.

Dans le domaine de la santé, notre devise est « la santé pour tous » par l’amélioration des infrastructures de santé, l’accès aux soins, la disponibilité et la qualité du personnel, du matériel et des médicaments.

Le bien-être de la population est le pilier de notre action. Tout emploi doit retrouver sa valeur et garantir un salaire décent. Dans le milieu rural, il est urgent de promouvoir la qualité de l’habitat et du logement, la disponibilité de l’eau potable.

La politique agricole doit nourrir la population et donner plus de valeur et de dignité aux paysans producteurs.

Du caractère national de notre projet

Notre projet politique interpelle tout Rwandais, quelque soit ses origines ethniques et régionales, son sexe, sa religion, sa profession, sa classe sociale. Notre vision d’un peuple réconcilié implique le devoir de mémoire, le respect de l’autre, un dialogue national, la protection des minorités ainsi que l’égalité des chances. Nous appelons à un élan de solidarité avec les victimes et rescapés du génocide et des crimes contre l’humanité. Nous encourageons des membres des Forces de Défense du Rwanda, de la police nationale et des services de sécurité à marquer tout le temps leur vocation professionnelle à caractère national et à ne pas s’impliquer dans des politiques partisanes. Notre appel s’adresse également aux médias publics, aux membres de l’administration centrale et provinciale ainsi qu’aux membres de la magistrature.

2. Retour au pays : captivité, persécution.

Même en captivité, les six mois que je viens de passer au Rwanda, après mon retour, ont donné un sens plus profond à mon engagement et notre lutte pour un changement politique profond. Je suis convaincue plus que jamais que le Rwanda doit être gouverné autrement pour le mieux-être de tous ses citoyens et tous ses habitants.

En effet, j’ai vu de mes propres yeux l’humiliation, l’injustice, l’iniquité, la dictature et l’arrogance que le parti au pouvoir, ses zélotes et alliés imposent à la population rwandaise. Mes compagnons de lutte et moi-même avons subi et subissons encore des souffrances physiques et psychologiques de la part du régime du président Kagame. Nos droits, tout comme ceux de tant d’autres de nos concitoyens sont bafoués.

Malgré un climat d’assassinats politiques, de souffrances, d’humiliations, de déni de nos droits fondamentaux, de muselage de l’opposition et de la presse, des intimidations, des arrestations arbitraires et tortures ; notre détermination est encore intacte.

2.1. Une opposition muselée.

Les 3 partis d’opposition regroupés au sein du Conseil de Concertation Permanente de l’opposition Rwandaise, CCP, sont soumis à une persécution sans merci :

– L’opposition pleure encore l’assassinat du premier vice-président du Parti démocratique des Verts du Rwanda, M. André KAGWA RWISEREKA disparu le 13 juillet 2010 et retrouvé mort le 14 juillet 2010, la tête presqu’entièrement tranchée.

– Le Green Democratic Party of Rwanda a été paralysé dans ses tentatives d’enregistrement tandis que ses leaders continuent de recevoir des menaces de mort.

– Le Parti Social IMBERAKURI, bien qu’enregistré, a été scindé en deux factions dont l’une d’obédience du parti au pouvoir. Le président fondateur du parti Maitre Bernard NTAGANDA, est en prison depuis le 24 juin 2010 pour accusations de négation du génocide, de divisionnisme et de création d’un groupe terroriste. Son secrétaire particulier, M. Aimable SIBOMANA RUSANGWA a disparu depuis le 13 juin 2010.

– Le parti FDU INKINGI, non encore enregistré, reste aussi dans le collimateur de la dictature avec 3 membres de son comité exécutif en résidence surveillée ou en liberté provisoire.

2.2. Un lever de bouclier contre le parti FDU INKINGI.

Pour exercer légalement toute activité politique au Rwanda, les partis politiques doivent se faire enregistrer. A cet effet, le régime FPR a mis en place un passage balisé étroit destiné à annihiler toutes velléités d’opposition réelle. Le FDU INKINGI est trop gros pour passer entre les mailles du filet FPR. La peur de toute compétition sérieuse, a poussé la machine dictatoriale à serrer les vis de tous les verrous. Un appareil infernal de lois anti-démocratiques s’est mis en branle pour sceller l’espace politique.

Depuis janvier 2010, le parti FDU INKINGI a soumis en vain 5 demandes d’autorisation de l’assemblée constituante. Le chapelet administratif dans son hiérarchie s’est réfugié derrière des accusations criminelles créées de toutes pièces à l’encontre de la présidente du parti et candidate aux élections présidentielles.

2.3. Résidence surveillée.

Pendant plus de 5 mois, le pouvoir n’a pas pu étayer devant les cours ses charges criminelles à l’encontre de Madame Victoire INGABIRE UMUHOZA, Présidente des FDU INKINGI. Ces accusations de déni du génocide, de divisionnisme et de collaboration avec un groupe terroriste sont un véritable prétexte pour bloquer toute activité politique. C’est ainsi que j’ai été arrêtée le 21 avril 2010 et maintenue en résidence surveillée depuis. Pendant ce temps les caciques du régime, la presse gouvernementale et partisane se sont lancés dans un lynchage médiatique sans répit. Mes avocats ont été également mis en détention. C’est le cas du professeur américain Peter ERLINDER, avocat au Tribunal Pénal International pour le Rwanda qui a passé 3 semaines en prison et de Maitre Théogène MUHAYEYEZU qui a passé deux semaines en prison.

2.4. Arrestations, tortures et menaces de mort.

Le 24 juin 2010, dans les rafles politiques visant les éléments de l’opposition qui voulaient manifester pacifiquement, plusieurs membres des FDU INKINGI ont été arrêtés. M. Sylvain SIBOMANA, Secrétaire général provisoire du parti ; Madame Alice MUHIRWA, Trésorière provisoire du parti ; M. Théoneste SIBOMANA, un des responsable du parti à Kigali et M. Martin NTAVUKA, FDU Nyarugenge. Tous ont été victimes de tortures infligés par certains membres de la police. Madame Alice MUHIRWA, a souffert d’hémorragies internes suite aux coups dans son ventre, et des soins médicaux lui ont été refusés jusqu’au jour de son évanouissement devant le juge. Pendant les séances de torture, des propos de haine ethnique ont été proférés. De même, les bourreaux lui ont proposé des faveurs en échange des signatures de faux documents préétablis accusant Madame Victoire INGABIRE UMUHOZA et Maitre Bernard NTAGANDA de collaboration étroite avec les rebelles des FDLR et de recevoir des financements de la rébellion à travers des complices installés dans la ville de Kigali. Selon les témoignages devant la cour, le Secrétaire Permanent du PS IMBERAKURI a confirmé aussi que le même chantage lui a été fait pendant les tortures. Ces manœuvres confirment des vagues d’arrestations dans les prochains jours.

Un des membres du parti FDU INKINGI à KIGALI a disparu depuis le 24 juin 2010 et le parti poursuit ses enquêtes.

Des menaces de mort ont été proférées à l’endroit des membres du bureau exécutif provisoire des FDU INKINGI pendant leur détention. Nous en appelons à la responsabilité du gouvernement du général Paul KAGAME de garantir la sécurité des gens et de traduire en justice des auteurs de tortures, traitements inhumains ainsi que des propos racistes et haineux.

3. Appel à la résistance active non violente.

La mascarade électorale doit s’arrêter sans délais. Nous appelons a l’ajournement du scrutin présidentiel afin que les partis d’opposition soient enregistrés, que leurs leaders soient déchargés de toutes accusations fantaisistes, que la loi électorale soit mise à jour et qu’une commission nationale électorale de consensus soit mise en place.

Si le calendrier électoral reste inchangé et que l’étranglement et la décapitation de l’opposition se poursuivent, l’arrivée des observateurs nationaux et internationaux n’aura aucun sens. Le régime va arranger à sa discrétion les listes électorales, les taux de participation, la gestion des urnes, leurs dépouillements ainsi des résultats qui flattent la dictature.

Dans ces conditions, le peuple rwandais devra contester la légitimité des élections jusqu’à la tenue d’un processus équitable et transparent.

Le peuple rwandais a été durement éprouvé mais il n’est pas mort. Beaucoup ont courbé l’échine sous le joug d’une oligarchie autoritaire mais ils sont vivants.

La résistance n’est pas seulement une organisation, c’est la détermination du peuple à s’opposer au dictat. Je suis heureuse de porter ce flambeau.

Nous avons décidé de résister.

Voilà pourquoi nous avons demandé, en vain, le report des élections présidentielles à venir pour mettre en place un processus transparent de leur préparation et permettre un véritable débat contradictoire. Dans les conditions actuelles, nous rejetons d’emblée les résultats de ces élections présidentielles à venir parce qu’elles ne représentent en rien l’exercice démocratique auquel les Rwandais sont en droit de s’attendre. Il ne s’agit que d’une simple mascarade.

L’effervescence de la répression politique en cours caractérisée par des assassinats de personnalités politiques, des journalistes ; les arrestations et tortures de leaders politiques et des journalistes ; la fermeture des journaux ; des attentats et des menaces de morts contre l’opposition ne permettent pas la tenue d’une élection crédible. Les actions de la dictature et de ses instruments n‘ont fait que nuire aux exigences minimales d’une véritable démocratie.

Comme je l’ai dit en arrivant au Rwanda, notre action, notre lutte politique ne s’arrêtera pas avec ces élections. Bien au contraire. Nous avons aujourd’hui, plus qu’hier, les raisons de continuer le combat et de résister.

J’en appelle donc à votre responsabilité, à votre amour du pays et de notre peuple. Aux pays amis du Rwanda je vous implore de ne pas abandonner le Rwanda et son peuple dans les mains d’un petit groupe d’individus qui veulent les diriger comme une propriété privée.

Avec calme et détermination, nous allons résister à cette violence et aux intimidations du régime du général Paul Kagame. Nous ferons échec à cette volonté de nous soumettre par la force. Nous allons résister à ces astuces qui consistent à nous salir par des crimes imaginaires pour mieux nous exclure. Nous allons résister à ces tentatives de nous diviser pour nous asservir. Nous refusons d’être les otages du passé de notre pays.

Les Rwandaises et les Rwandais aspirent à une véritable réconciliation. Ils veulent entendre et se dire la vérité sur les tragédies qui les ont endeuillés. Ils veulent mettre fin à l’exclusion d’une partie des Rwandais. Nous leur devons cela. Nous le devons à nous-mêmes, à nos enfants et aux générations futures.

Inscrivez-le en toutes lettres, qui dans votre main, qui dans votre tête, qui dans votre cœur, qui dans vos actions de tous les jours voire dans vos gestes les moins publics, partout et toujours :

JE VEUX RÉSISTER, JE RÉSISTE POUR LE MIEUX-ÊTRE DE MON PEUPLE.

Chacune et chacun de nous possède une part des moyens de ce changement que nous voulons. Selon nos capacités respectives, nous avons des instruments de ces changements politiques que nous appelons de tous nos vœux. Il nous faut le courage d’assurer et d’assumer notre part de ce changement ici et maintenant.

Soyons les instruments de ce changement en résistant au dictat du régime. Contestons tous la légitimité de cette parodie et de ses résultats. L’heure du changement a sonné.

Que Dieux vous bénisse !

Mme. Victoire INGABIRE UMUHOZA

Présidente des FDU INKINGI