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Mardi 29 juin, les Congolais avaient appris avec stupeur la venue à Kinshasa des présidents ougandais et rwandais pour assister à la parade militaire organisée le mercredi 30 juin dans le cadre de la commémoration des festivités du cinquantième anniversaire. Les mêmes Congolais ont été scandalisés d’apprendre que Joseph Kabila a fait retarder de deux heures le démarrage du défilé jusqu’à l’arrivée de Paul Kagame dont l’avion accusait un retard de deux heures. Des personnalités congolaises contactées par la rédaction de Congoindependant n’ont pas trouvé des mots assez durs pour pourfendre cet «aveu de subordination» de Joseph Kabila à l’égard de son homologue rwandais.

Il y a des signes qui ne trompent pas ! Dans son ouvrage «Epistémologie structuraliste et comparée, le professeur Kapumba Akenda écrivait notamment : «Les symboles n’ont aucune identité autonome. Ils ne s’approprient leur identité que dans leur référence à un autre élément qu’ils représentent…Dans l’usage quotidien des mots ou des signes, ce n’est pas la forme phonétique ou graphique qui nous intéresse, mais ce à quoi ils se rapportent, c’est-à-dire leur signification…»

Prévues à 9heures, mercredi 30 juin, la parade militaire organisée dans le cadre des festivités commémoratives du cinquantenaire de l’indépendance du Congo a accusé deux heures de retard chrono. Alors que la radio télévision publique belge francophone (RTBF) stigmatisait «l’arrivée en retard de certains chefs d’Etat» sans d’autres précisions, la télévision commerciale RTL TVI, elle, n’a pas usé de la langue de bois en désignant le «coupable». A savoir que «les festivités» ont été retardées «parce qu’on attendait l’arrivée de Paul Kagame». Ce dernier a snobé les autres chefs d’Etat présents dont le Roi Albert II en arrivant avec un retard de deux heures. C’est seulement après que le défilé a pu commencer. Un comble.

Message subliminal

Ce fait peut paraître banal pour les esprits non habitués à interpréter les signes et gestes des hommes. En matière protocolaire, toute personne invitée à une cérémonie doit s’imposer un devoir de ponctualité pour être à l’heure au rendez-vous. C’est un signe de courtoisie autant qu’une marque de respect envers ses hôtes et surtout envers les autres invités. Alors que tous les autres convives étaient arrivés à l’heure pour rejoindre les gradins érigés sur le boulevard Triomphal, l’homme fort de Kigali, lui, prenait son temps. Pour des raisons qui ne sont connues que de lui seul, il s’est arrangé pour arriver en retard. Pire, pendant l’allocution prononcée par Kabila, le satrape rwandais feuilletait distraitement un magazine. Comment interpréter ce geste ? Du mépris ? Une chose paraît sûre : ce geste n’est ni innocent, ni anodin. Le retard de Kagame constitue un message. L’indifférence affichée par le maître de Kigali pendant que son homologue congolais lisait son speech suggère que sa présence n’avait de sens que pour montrer qu’il est au-dessus de «Joseph» et il est capable de le faire marcher même pendant les moments importants et symboliques qui caractérisent et déterminent la vie de son pays. Faire attendre le début des événements, c’est une façon de faire rapporter l’attention sur sa personne.

Réactions

Les réactions n’ont pas tardé mercredi soir. «C’est un défi que Joseph Kabila a lancé à la population congolaise en invitant Paul Kagame et Yoweri Museveni à Kinshasa, commente un universitaire congolais. La RD Congo a été occupée par les armées de l’Ouganda et du Rwanda. Il est clair que Kabila a passé par pertes et profits tous les crimes commis par les soldats ougandais et rwandais.» Un des organisateurs de la manifestation de Bruxelles ne va pas par quatre chemins : «Je suis écoeuré. Kabila vient de démontrer qu’il n’est qu’une marionnette et que le véritable chef de l’Etat congolais est Paul Kagame.» Un étudiant congolais d’enchaîner : «L’assassin revient toujours sur le lieu du crime. La présence de Kagame à Kinshasa est une insulte à la mémoire des victimes des crimes commis par des troupes rwandaises au Congo.» Dernier ambassadeur du Zaïre à Bruxelles, Jean-Pierre Kimbulu Moyanso wa Lokwa qualifie la présence du leader rwandais à Kinshasa d’«inopportune». Au motif que la population congolaise n’a pas encore pansé ses plaies psychologiques suite aux événements décrits précédemment. «En retardant le démarrage du défilé, souligne l’ancien diplomate, Kabila vient de donner la preuve qu’il n’a jamais été qu’une marionnette au service de Kagame.» Joint au téléphone, mercredi soir à Kinshasa, l’UDPS Valentin Mubake Numbi donne sa lecture : «C’est depuis un an que Kigali et Kinshasa affichent au grand jour les relations entretenues en coulisses au plan économique, politique et militaire. Ce n’est pas étonnant de voir Kagame à Kinshasa. Vous le savez comme quoi que le pouvoir rwandais fait face à des difficultés internes. Le général rwandais Kayumba Nyamwasa a été victime d’un attentat en Afrique du Sud. Selon son épouse, le commando a été recruté par les dirigeants rwandais. Kigali a intérêt à se montrer conciliant avec ses voisins»

Selon des sources à Kinshasa, Kabila « a franchi le rubicon » après avoir « testé à maintes reprises la capacité d’indignation des Congolais ». A en croire une source bien informée, le Rwanda de Paul Kagame est devenu le « protecteur » du chef de l’Etat congolais. D’où les voyages incessants du général James Kabarebe en RD Congo. Il semble que deux mille soldats de l’armée rwandaise sont basés dans la province du Bas-Congo. A Mbandaka, c’est un général rwandais, Janvier Mayanga, qui dirige la région militaire. Selon des témoins, des militaires rwandais ont été déployés à Kinshasa en prévision du défilé du 30 juin.

En arrivant mercredi en retard à la cérémonie prévue sur le boulevard Triomphal, Kagame a voulu envoyer un message «subliminal» aux Congolais en général et aux Kinois en particulier. Ce message se décline comme suit : « Me voici. Je suis là dans votre capitale. Moi qui vous ai envahi, fais tuer vos frères et sœurs, piller vos richesses. Je suis là et je continue à vous diriger par personne interposée à qui je donne des ordres. »

Faustin Kwakwa/Issa Djema/B.A.W
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