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Les conséquences du génocide perpétré en 1994 au Rwanda se font toujours sentir. Selon un rapport publié récemment par des organisations des droits de l’homme, le gouvernement rwandais, dirigé par des Tutsis, persécute les réfugiés hutus en Ouganda, et les divisions ethniques qui ont déclenché les massacres ont refait surface.

Au moins 500.000 Tutsis et Hutus favorables à la coexistence ethnique ont été tués au cours du génocide commis il y a 16 ans par les Hutus pendant une centaine de jours, jusqu’à la prise du pouvoir à Kigali par la rébellion tutsie du FPR (Front patriotique rwandais), dirigée par Paul Kagamé, aujourd’hui au pouvoir. De nombreux Hutus ont alors quitté le Pays des Mille Collines.

Dans ce rapport rendu public lundi, les mouvements International Refugee Rights Initiative et Refugee Law Project affirment que les autorités rwandaises se servent de l’héritage du génocide pour réprimer les Hutus. Les réfugiés en Ouganda ont peur de rentrer chez eux et certains assurent que les autorités rwandaises torturent, mettent en prison et vont même jusqu’à tuer des Hutus, selon le rapport.

« Cette situation menace de briser la paix et la prospérité apparente au Rwanda alors que les cycles de violence » basées sur l’ethnicité continuent, précise le rapport.

L’ambassadeur rwandais en Ouganda, le général Frank Mugambage, a démenti les accusations contenues dans le rapport, affirmant qu’il était « nul et fabriqué ». Selon lui, il n’est pas crédible et se base sur seulement quelques entretiens. Les auteurs du rapport ont dit avoir interviewé 102 réfugiés.

L’un d’eux, Mani Uwimana, 27 ans, a raconté qu’il rentrait chez lui dans la soirée du 15 mai dernier près de Kampala quand quatre hommes se sont jetés sur lui et l’ont frappé. L’un d’eux a essayé de l’étrangler. Il a fait semblant d’être mort et a entendu un de ses agresseurs passer un coup de téléphone et dire que le contrat était rempli. Mani Uwimana a profité de cet instant d’inattention pour s’enfuir. Il semble avoir été victime d’une campagne d’assassinats visant les dissidents rwandais dans leur pays et à l’étranger.

Mani Uwimana, un Hutu qui a quitté le Rwanda il y a deux ans, pense avoir attiré l’attention des autorités rwandaises après leur avoir reproché des violations des droits de l’homme.

D’autres réfugiés hutus rwandais en Ouganda disent vivre dans la crainte du gouvernement de Paul Kagamé. « Nos vies sont en danger« , assure Hope Semukanya, un des quelque 18.000 Rwandais habitant en Ouganda. « Nous craignons d’être tués à tout moment par des espions rwandais.« 

Parmi les victimes présumées de cette répression figure aussi un ancien haut responsable de l’armée rwandaise qui s’est querellé avec le président Kagamé. Le général Faustin Kayumba Nyamwasa a reçu le 19 juin une balle dans l’estomac devant sa maison en Afrique du Sud, mais il a survécu à la tentative d’assassinat. Paul Kagamé a démenti toute implication dans cette attaque.

Des organisations internationales ont condamné le Rwanda ces dernières semaines pour la répression exercée à l’encontre des dissidents, restreignant les libertés et faisant taire les opposants avant l’élection présidentielle qui doit avoir lieu le 9 août dans le pays.

Si Paul Kagamé ne semble guère avoir de rivaux sérieux dans ce scrutin, Carina Tertsakian, qui travaille sur le Rwanda pour Human Rights Watch, pense que le gouvernement pourrait être responsable de l’assassinat, il y a quelques jours, d’un journaliste, Jean-Leonard Rugambage. Ce dernier, rédacteur en chef adjoint d’un journal d’opposition rwandais, « Umuvugizi », a été tué à Kigali, la capitale du Rwanda.

Paul Kagamé a déclaré lundi qu’il avait demandé à la police, aux services de renseignements et à l’armée de retrouver les assassins du journaliste.