Étiquettes

, , , , ,

Des diplomates en poste à Kinshasa font état d’un étrange courrier électronique sous forme d’«aveu» qui leur a été envoyé par un mystérieux officier de police qui se dit membre du département des renseignements généraux dont le chef n’est autre que le colonel Daniel Mukalay. Le policier jure que l’ordre d’exécuter Floribert Chebeya émanait du «colonel Daniel» qui agissait sur base d’un «coup de fil» de l’«IG», autrement dit l’Inspecteur général de la police nationale John Numbi Banza. Selon ce policier non autrement identifié, le corps de Fidèle Bazana Edadi aurait été jeté dans le fleuve au niveau de Kinsuka.


Rebondissement ou tentative de brouiller les pistes dans l’affaire relative à l’assassinat le mardi 1er juin de Floribert Chebeya et la disparition de son chauffeur Fidèle Bazana Edadi ? Les deux hommes n’ont plus été revus en vie après avoir répondu à une convocation de l’Inspecteur général de la police nationale congolaise. Si le corps de «Floribert» a été retrouvé, «Fidèle» est porté disparu.

Deux semaines après la découverte du corps inerte de ce défenseur des droits de l’Homme, des questions restent sans réponses. Qui l’avait convoqué au bureau de l’Inspecteur général (IG) de la police nationale? Qui est le fonctionnaire de police qui l’a reçu ce mardi 1er juin à 16h30 à l’IG? Qui l’a tué? Pourquoi? Qui a transporté son corps jusqu’au quartier Mitendi? Qui a déposé des préservatifs, mèches de cheveux, ongles artificiels et autre Viagra trouvés dans la voiture du défunt? Qui est le policier qui a découvert le corps ? Dans quelles circonstances ? Pourquoi la charge de faire les premières constations a été confiée aux policiers et non à des magistrats instructeurs du parquet ? Qui a commandité cet assassinat? Qu’est devenu le corps de Fidèle Bazana Edadi, chauffeur et membre de la «VSV»?


Au cours d’un point de presse qu’il a animé lundi 14 juin à l’Espace Matonge, situé au Quartier Matonge à Bruxelles, l’avocat bruxellois Jean-Claude Ndjakanyi a donné un début de réponse à au moins deux de ces interrogations. A savoir d’une part que Chebeya a été attiré dans un «traquenard» échafaudé par l’Inspecteur général de la Police nationale John Numbi Banza Tambo. Chebeya a donc été tué dans l’enceinte de l’inspection générale de la police pour la simple raison que personne ne l’a revu en vie après ce rendez-vous. De l’autre, la volonté exprimée par la «Voix des Sans Voix» de porter plainte à l’encontre de trois responsables congolais (Denis Kalume Numbi, John Numbi Banza et Raüs Chalwe Ngwashi) dans l’affaire de massacre des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu Dia Kongo (BDK), pourrait être un des mobiles du crime.

Au cours de cette conférence de presse, l’Anversois Ronald Vanden Bogaert – un vieil ami à Chebeya – a lu à l‘attention de l’assistance un courrier électronique que «Floribert» lui a envoyé ce mardi fatal à 16 heures. «Cher ami, écrivait-il, dans vingt-cinq minutes, je serai reçu par John Numbi. Je dois te dire que j’ai peur.» Dans ce SMS, Chebeya signale qu’il est en possession d’une liste de vingt-deux noms des parents des victimes de l’«affaire BDK». Parmi ces personnes, dira-t-il, dix-huit étaient disposées à témoigner devant les cours et tribunaux.

A Kinshasa, les langues commenceraient à se délier. C’est à croire que le spectre de Chebeya commence à tourmenter les sicaires tapis au sein des services des renseignements généraux de la police. Selon des sources dans la capitale congolaise, un mystérieux officier de la police nationale congolaise a envoyé le week-end dernier un courrier électronique sous forme d’«aveu» à plusieurs diplomates en poste à Kinshasa. «Je préfère garder l’anonymat, écrit-il en liminaire. Je suis un officier de la police nationale congolaise oeuvrant au sein du département des renseignements généraux. J’ai besoin de votre aide pour porter à la connaissance des autorités ou ONG que je suis un des auteurs de l’assassinat de Floribert Chebeya.»

Selon cet officier non autrement identifié, une dizaine de policiers étaient présents «le jour de l’assassinat». Outre, «le colonel Daniel notre chef direct», il y avait plusieurs autres officiers dont un de sexe féminin. «Mais nous avions reçu un coup de fil de l’IG (Ndlr, Inspecteur général de la police nationale congolaise) qui a donné les ordres au colonel Mukalay d’exécuter monsieur Chebeya Floribert, poursuit-il. Quant au chauffeur, son corps a jeté dans le fleuve vers Kinsuka. Nous avions attaché le corps du chauffeur avec une corde et un gros caillou pour que son corps ne remonte pas.» Le mystérieux officier de police de conclure : «Voilà un peu les réalités des choses. Je suis prêt à témoigner devant les ONG sur place mais à condition que ma sécurité soit garantie. Moi, j’ai exécuté les ordres donnés par mon chef le colonel Daniel et le colonel Daniel a reçu l’ordre de chef l’IG, John Numbi. Si vous me garantissez la sécurité, je dévoilerais beaucoup des massacres que nous avons commis avec le colonel Daniel voire des enlèvements. Répondez-moi vite, et je vous dirais où je suis et garantissez-moi la sécurité. Dans mon téléphone portable, vous pourrez visionner les dernières images de Chebeya Floribert avant sa mort. Répondez-moi vite pour que je vous appelle et vous envoie mon numéro de téléphone.»

Il y a soixante-douze heures, une correspondance référencée N° 005/00/EM/ANR/DSI/197/2010, revêtue de la signature photocopiée de Kalev Mutondo, administrateur principal – Département de la Sécurité Intérieure de l’ANR, atterrissait dans le «mailbox» de notre journal. «Kalev» s’adressait à un certain « Cobra ». Objet : «Révélation sur la mort de Floribert Chebeya». On peut y lire notamment : «(…), la mort de Floribert Chebeya a été orchestrée par le Raïs qui a donné l’ordre à l’inspecteur général de la police nationale congolaise, le général John Numbi d’exécuter cette ignoble opération qui a eu lieu dans les installations de l’Inspection générale de la police bénéficiant du concours des quelques officiers katangais, laissant abandonné le corps à Mitendi.»

Il y a manifestement un fonctionnaire de la police qui voudrait soulager sa conscience à condition que son intégrité physique soit assurée. Si le témoignage du mystérieux officier de police était authentifié, il se confirme donc que John Numbi n’a pas rencontré Chebeya ce mardi 1er juin. L’Inspecteur général de la police nationale avait en revanche donné des instructions via un «coup de fil» au «colonel Daniel». Avait-il chargé celui-ci de « s’occuper » de Chebeya? Selon la presse kinoise pro-kabiliste, Numbi a passé toute la journée de mardi 1er juin à la Ferme présidentielle de Kingakati en compagnie notamment du vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur et la sécurité, Adolphe Lumanu Mulenda…

B.A.W
© Congoindépendant 2003-2010