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Billet d’humeur d’Eugène Shimamungu (Newsletter n°30)

Le Département d’état américain doit se méfier : le pouvoir de Kigali n’a plus rien à perdre avec l’incarcération de Peter Erlinder. Il est déterminé à tuer l’otage américain s’il ne reçoit pas des concessions de la part de Barack Obama, qui jusqu’ici n’a pas daigné recevoir Paul Kagame à la Maison Blanche. D’ores et déjà, le Département d’Etat américain doit utiliser une terminologie appropriée. Me Peter Erlinder est un otage et non un repris de justice. L’Etat rwandais est un état terroriste, et il faut que cela soit clairement dit avec toutes les conséquences qui s’en suivraient.

Devant la justice rwandaise – ou de Paul Kagame plus précisément -, Me Erlinder se trouve devant pire qu’un tribunal islamique ! Une justice de terreur que rien ne pourra arrêter, sauf la réaction de la Maison Blanche. Le silence de Barrack Obama ou les réactions timides des officiels américains ne vont qu’empirer les choses. Le Président américain devrait prendre position ouvertement soit en menaçant le pouvoir rwandais soit en acceptant les concessions. Dans cette histoire il ne faut pas attendre la réaction de Hillary Clinton (même si celle-ci n’a pas encore mis le pied au Rwanda), dont on sait que c’est son mari qui a fait de Kagame ce qu’il est aujourd’hui. C’est donc Barack Obama qui doit intervenir lui-même. Rappelons que le bras de fer a été engagé par le Président américain lui-même lors de son discours à Accra où il a visé presque nommément Paul Kagame comme le trublion des Grands Lacs :

« Soyons bien clairs : l’Afrique ne correspond pas à la caricature grossière d’un continent perpétuellement en guerre. Mais si l’on est honnête, pour beaucoup trop d’Africains, le conflit fait partie de la vie ; il est aussi constant que le soleil. On se bat pour des territoires et on se bat pour des ressources. Et il est toujours trop facile à des individus sans conscience d’entraîner des communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus. »

« … nous devons nous élever contre l’inhumanité parmi nous. Il n’est jamais justifiable – jamais justifiable – de cibler des innocents au nom d’une idéologie. C’est un arrêt de mort, pour toute société, que de forcer des enfants à tuer dans une guerre. C’est une marque suprême de criminalité et de lâcheté que de condamner des femmes à l’ignominie continuelle et systémique du viol. Nous devons rendre témoignage de la valeur de chaque enfant au Darfour et de la dignité de chaque femme au Congo. »

Ces extraits démontrent très bien que Barack Obama visait deux personnes : Omar el Béchir et Paul Kagame, et bien plus Paul Kagame qu’Omar el Béchir.

Pourquoi Me Erlinder va être tué

Depuis le pied à terre au Rwanda de Victoire Ingabire, la situation politique rwandaise s’est gravement détériorée et empirée depuis l’arrivée de Me Peter Erlinder. Le pouvoir de Kigali a montré jusqu’à quelles extrémités il pouvait aller. Emprisonnements d’opposants, harcèlements de prétendants au fauteuil présidentiel à la prochaine élection présidentielle. Faut-il rappeler qu’à 70 jours des élections aucun candidat de l’opposition n’a été autorisé à se présenter ? Un proverbe dit « plus le singe monte en hauteur, mieux on voit son c… ». Conduit à l’hôpital suite à un malaise, les officiels rwandais dont le porte-parole de la police rwandaise Eric Kayiranga ont prétendu que Me Erlinder avait tenté de se suicider, plus tard on a appris des mêmes sources que Me Erlinder était un malade mental. Pour un malade mental et un suicidaire, moi aussi j’y ai cru un instant, simplement parce que le célèbre avocat a osé se jeter dans la gueule d’un loup affamé, tout en sachant très bien qu’il allait être dévoré sans ménagement. Mais il y a des causes qui forcent le respect notamment celle du Rwanda et des Rwandais face à un régime autoritaire et sanguinaire. Après les déclarations du porte-parole de la police, les autorités rwandaises devaient assumer leurs propos : soit Me Erlinder est un malade mental, et il faut le relâcher et le confier à un asile psychiatrique, soit il est en bonne santé et il doit subir le cours de la justice ! C’est ainsi que les autorités rwandaises se sont vite dédites et confirmé que Me Erlinder n’était pas malade, et qu’il n’avait pas tenté de suicider.

Les diverses péripéties dans cette histoire ont montré que le pouvoir de Kigali n’avait pas arrêté Me Peter Erlinder pour « idéologie du génocide » (accusation officielle), mais simplement parce qu’il avait osé porter plainte en Oklahoma contre Paul Kagame. Celui-ci a évidemment pris peur que la plainte ne s’oriente vers un nouveau mandat d’arrêt international,  – après celui de la France et de l’Espagne –  cette fois-ci émis par le pays qui, jusque là, l’a protégé: les Etats-Unis. Et c’est ceci la raison qui va pousser Paul Kagame à liquider Peter Erlinder. Il sait très bien que Barack Obama ne va rien concéder face à un terroriste qu’il connaît trop bien, il sait aussi qu’en relâchant Peter Erlinder, celui-ci sera encore plus virulent.

Entretemps le boucher de Kigali a décidé de faire la chasse à l’homme contre ses opposants réels ou supposés, et certains pays complaisants sont prêts à lui emboîter le pas. La France a montré, pour des intérêts obscurs, son implication dans ce harcèlement, avec l’arrestation du Dr Eugène Rwamucyo. Espérons que l’opinion internationale verra de plus en plus clair et que le régime de Kagame pourra être qualifié pour ce qu’il est: un régime terroriste.

Eugène Shimamungu

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