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Opération Armes contre 50 U$

Le fiasco de Kitchanga (48 armes récupérées) dessine les contours de l’insécurité dans le Kivu

« Nous les Hunde, on n’a rien reçu comme armes. Les Hutu ont reçu des armes d’Habyarimana, les Tutsi des mains de Kagame. Eux doivent remettre les armes. Comment un Hunde peut remettre ce qu’il n’a pas ? » Ces propos tenus à Goma exposent toute la problématique de la possession des armes de guerre au Kivu. Partant la réussite ou le fiasco de l’opération « Arme contre 50 U$ » du PAREC du pasteur Ngoy Mulunda.

Si à Goma, le PAREC a réussi à récupérer près de 10 bombes utilisées aux 12 tubes, 3 mortiers 60 (armes d’appui), 2 mortiers 80 (armes à longue distance souvent protégées par un pelleton d’infanterie), 6 mitraillettes … pour le reste, les efforts du PAREC risquent d’être un coup d’épée dans l’eau. L’exemple de Kitchanga en dit long : seulement 48 armes récupérées dans le fief et Q.G. du CNDP. Et ce, malgré la présence du ministre de la Défense nationale, Charles Mwando Simba qui a même doublé la cagnotte. Or, Kitchanga est réputé hébergé beaucoup de caches d’armes et être le berceau de l’insécurité pour les populations congolaises du Nord-Kivu. Et pour les observateurs qui s’y sont rendus ces derniers jours, Masisi présente un visage rwandais avec des gens portant de borsalino et une canne. Il y a deux Administrateurs du territoire représentant chacun un pouvoir (du gouvernement et du CNDP) et des services parallèles de l’Etat continuent de fonctionner.

Le fiasco de l’opération à Kitchanga s’explique et explique tout. Si à Goma ou à Kinshasa, l’arme servait souvent pour rançonner la population, dans le Masisi et Rutshuru, l’arme est devenue une identité, tout un symbole de survie ethnique. De ce fait, remettre l’arme qu’on détient équivaut à signer son attestation de mourir. Face au voisin, l’arme, c’est la vie. L’arme, c’est l’existence même. Face à l’autre dont la présence donne la chair de poule et qui tient à nous anéantir, se déposséder de son arme égale devenir « une femme ». Mal perçue, cela peut coûter l’assassinat comme ultime punition de l’ethnie.

L’opération du PAREC « Arme contre 50 dollars $ » est confrontée à deux autres réalités du terrain. D’abord dans des milieux (Masisi, Rutshuru) où l’arme est souvent vendue/échangée à la valeur d’une vache (± 300 dollars $), le montant de 50 dollars $ semble dérisoire. Tant qu’il y aura des vaches, il y aura toujours des armes de guerre en circulation ; et, cela engendre l’insécurité. Et si on ne peut évaluer à sa juste valeur le poids de l’insécurité et de la haine ethnique, pour proposer plus, les choses n’évolueront pas dans le sens de l’amélioration des relations ethniques.

De deux, l’excuse du Muhunde (qui est une fuite en avant) pourrait se justifier avec la présence de 40 mille familles venues du Rwanda et qui n’ont pour toute réponse quant à leur origine que : Masisi. Comme on le voit, chaque personne ayant une motivation différente quant à la justification sur la détention d’armes de guerre, l’opération du pasteur Ngoy Mulunda risque d’être de l’eau sur les plumes du canard.

Qui dit mieux !

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