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Martin Kettle

Mon histoire d’amour avec l’Italie c’est fini. Maintenant je vois ce pays pour ce qu’il est : un pays de droite, raciste et corrompu

Je me demandais comment introduire cet article pour expliquer pourquoi j’ai changé d’avis sur l’Italie, pourquoi au cours des dix dernières années, je suis devenu de plus en plus indigné par un pays et une culture qui me plaisait tant, et pourquoi l’idée de ne plus remettre mes pieds dans ce pays ne me fait presque pas de soucis…

il n’a fallu que peu pour confirmer mes soupçons : une histoire du « Guardian » m’a donné raison.

L’histoire de Coccaglio près de Brescia, que nous raconte John Hooper, ressemble en un tout une serie de situations anormales que connaît actuellement l’Italie moderne, toutes parfaitement présentées dans un emballage extravagant d’une manière que seuls les Italiens peuvent comprendre.

Hooper raconte comment la fete de Noël cette année à Coccaglio est marqué par une chasse aux sans papiers (noirs) en allant de maison à maison à leur recherche.

Cette opération, officiellement intitulée « white christmas » est parrainnée par la Ligue du Nord (parti d’extreme droite) et doit se conclure… le 25 Décembre. Un conseiller comunal de Coccaglio a déclaré que Noël etait une fête de l’identité chrétienne, et non une célébration de l’hospitalité. L’opération a été saluée et soutenue par l’actuel gouvernement de Silvio Berlusconi.

Etant originaire de l’Europe du Nord, j’ai grandi avec cette fascination pour l’Italie. Ce pays où j’ai toujours trouvé la chaleur plutôt que le froid, la luminosité plutôt que l’obscurité, l’ouverture plutôt que l’introversion, la passion plutôt que la répression.

Mon voyage en Italie, que je faisais presque chaque année, c’était comme entrer dans un monde des sens où

Le sentiment règne sur la raison, la beauté règne sur la laideur, et surtout où la manière de vivre décontractée faisait place à la rigueur de la culture protestante.

Avec l’âge je me suis intéressé de plus en plus aux langues, aux arts, à l’histoire, à l’opéra et aux femmes.

Je me suis aussi intéressé à la politique. La gauche italienne semblait avoir une vision unique et subtile de son pays et du monde, elle offrait une combinaison séduisante de socialisme et de style.

Dans La ville de Bologne, ils semblaient avoir inventé la ville moderne idéale, alliant dynamisme intellectuel, une excellente administration locale et une des meilleures cuisines en Europe. Comme d’autres gens de ma génération, je me demandais pourquoi en Grande-Bretagne on ne pouvait pas être comme Italiens.

Tout ceci c’était il ya longtemps. Maintenant Je vois les choses bien différemment. La chose la plus facile serait de dire que tout ceci c’est à cause de Berlusconi, avec son coté grotesque, cynique et raciste – mais j’ose quand même affirmer que d’un coté oui c’est sa faute.

Tout comme George W. Bush a nuit à la réputation mondiale des Etats-Unis, M. Berlusconi a fait de même pour celle de son pays l’Italie. Mais avec cette grande différence: la montée de Bush a rendu possible, par la volonté de corriger le tir par le peuple américain, la montée de Barack Obama. Mais au contraire de l’Italie, la montée de Berlusconi ne semble jouer qu’en sa propre faveur et propulse l’Italie vers le contrôle des médias par la politique.

J’ai peur que dans le futur la Grande Bretagne risque de subir le même sort si l’on ne fait pas attention.

Ma question aux lecteurs est la suivante : qui serait le Berlusconi de la Grande Bretagne ?

Retour à l’Italie. Les observateurs anglais ont fait une analyse des Etas Unis durant la dernière décennie et se demandaient comment les américains ont pu élire une personne comme Bush : la réponse est que les Américains ont élu Bush deux fois parce que ces mêmes électeurs, particulièrement les électeurs américains blancs de sexe masculin, ont tendance à être culturellement et politiquement plus à droite que les électeurs blancs de sexe masculin dans la plupart de l’Europe.

Nous devons nous poser la même question à propos des Italiens. Comment pourraient-ils élire quelqu’un comme Berlusconi une fois, puis la deuxième fois, et puis encore la troisième fois ?

Ils le font, je le soupçonne, pour les mêmes raisons psychologiques que les Américains ont choisi un homme comme Bush.

Durant les 150 années d’histoire italienne, il y a eu de longues périodes où le pouvoir régnait, chacune interrompue par une courte période de désordre, et après encore une réaffirmation de la droite.

L’Italie n’a jamais été l’Eden libéral comme l’ont souvent imaginé, par illusion, les progressistes européens.

C’est un pays où la majorité de la population est à droite.

Ce pays est bien plus corrompu, raciste, anarchique que ne l’imaginent les touristes de classe moyenne inspirés par les romans fantaisistes de EM Forster et qui ne voient que ce qu’ils veulent voir.

Coccaglio reflète bien ce qu’est l’Italie actuellement.

Oubliez l’Italie de Dante, de Verdi, oubliez l’Italie de vos fantasmes. Bienvenu dans l’Italie qui ose appeler Opération white Christmas un raid contre les immigrés, bienvenu dans l’Italie qui dit que le président américain a un teint bronzé – et bienvenu enfin dans l’Italie qui ricane sur toutes ces histoires.

Traduction : Jacques Habyalimana

Article original