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16/01/2012

51 ans après l’assassinat de Patrice Lumumba : 17 janvier 1961 – 17 janvier 2012

voici la dernière lettre de Patrice Lumumba à sa femme Pauline:

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ?

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

A mes enfants que je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau.

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ?

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

A mes enfants que je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau.

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

19/12/2011

CPI: La chambre préliminaire refuse de confirmer les charges contre Callixte Mbarushimana et ordonne sa remise en liberté

Source : cpi

La Chambre préliminaire I refuse de confirmer les charges à l’encontre de Callixte Mbarushimana et ordonne sa remise en liberté

ICC-CPI-20111216-PR757

 Situation : République démocratique du Congo

Affaire : Le Procureur c. Callixte Mbarushimana
Ce 16 décembre 2011, la Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale (CPI) a décidé à la majorité (Mme Sanji M. Monageng, juge présidente, ayant une opinion dissidente) de ne pas confirmer les charges dans l’affaire Le Procureur c. Callixte Mbarushimana et d’ordonner la remise en liberté de l’intéressé, une fois prises les dispositions nécessaires.
La majorité de la Chambre, composée de Mme la juge Sylvia Steiner et de M. le juge Cuno Tarfusser, a conclu qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments de preuve donnant des motifs substantiels de croire que Callixte Mbarushimana pouvait être tenu pénalement responsable, au sens de l’article 25-3-d du Statut de Rome, de huit chefs de crimes de guerre et de cinq chefs de crimes contre l’humanité portés contre lui par le Procureur.
Cette décision n’empêche pas le Procureur de demander ultérieurement la confirmation des charges à l’encontre de Callixte Mbarushimana si cette demande est étayée par des éléments de preuve supplémentaires. L’Accusation, tout comme la Défense, pourrait également interjeter appel de la décision refusant la confirmation des charges et ordonnant la remise en liberté de l’intéressé.
Conclusions factuelles
Ayant examiné les éléments de preuve qui lui ont été présentés, la Chambre a conclu qu’il existait des motifs substantiels de croire qu’entre le 20 janvier 2009, au moins, et le 31 décembre 2009, un conflit armé ne présentant pas un caractère international a eu lieu dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), entre d’une part les forces armées du Gouvernement de la RDC, appuyées à certaines occasions par les forces armées rwandaises (RDF) ou les forces de la Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo, et d’autre part au moins un groupe armé organisé, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda – Forces combattantes Abacunguzi (FDLR).
La Chambre a conclu qu’il existait des motifs substantiels de croire que les troupes des FDLR avaient commis plusieurs crimes de guerre à différents endroits et à différents moments, en particulier à Busurungi et dans les villages voisins en mars 2009 (meurtres) ainsi qu’entre le 9 et le 12 mai 2009 ou vers ces dates (attaques de civils, meurtres, mutilations, viols, traitements cruels, destructions de biens et actes de pillage), à Manje le 20 juillet 2009 ou vers cette date (attaques de civils, meurtres, traitements cruels et destructions de biens), à Malembe du 11 au 16 août 2009 ou vers cette date (attaques de civils et destructions de biens), et à Mianga le 12 avril 2009 ou vers cette date (attaques de civils, meurtres et destructions de biens).
Bien que la Chambre ait conclu qu’il existait des motifs substantiels de croire que des actes constituant des crimes de guerre aient été perpétrés dans cinq des vingt-cinq incidents recensés par le Procureur, la majorité des juges a conclu que les éléments de preuve ne suffisaient pas pour qu’elle soit convaincue de l’existence de motifs substantiels de croire que ces actes s’inscrivaient dans le cadre d’un comportement équivalent à « une attaque dirigée contre la population civile » menée en application ou dans la poursuite de la politique d’une organisation ayant pour but une telle attaque, au sens de l’article 7 du Statut de Rome définissant les crimes contre l’humanité. Par conséquent, la majorité de la Chambre a conclu qu’il n’existait pas de motifs substantiels de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis par les troupes des FDLR.
La majorité de la Chambre (la juge présidente ayant une opinion dissidente) a également conclu que Callixte Mbarushimana n’avait pas contribué à la commission des crimes allégués, et encore moins de façon « significative ».
Contexte
La RDC a ratifié le Statut de Rome, instrument fondateur de la CPI, le 11 avril 2002. Le 3 mars 2004, le Gouvernement de la RDC a déféré à la Cour la situation (c’est-à-dire les événements relevant de la compétence de la Cour) sur son territoire depuis l’entrée en vigueur du Statut de Rome, le 1er juillet 2002. Après un examen préliminaire, le Procureur a ouvert une enquête le 21 juin 2004.
Le 28 septembre 2010, la Chambre préliminaire I a décidé de délivrer sous scellés un mandat d’arrêt à l’encontre de Callixte Mbarushimana. Les scellés ont été levés le 11 octobre 2010. Le 25 janvier 2011, les autorités françaises ont remis l’intéressé à la CPI. Il a alors été transféré au quartier pénitentiaire de la Cour à La Haye. Dans le document de notification des charges, le Procureur a énoncé à l’encontre de Callixte Mbarushimana cinq chefs d’accusation de crimes contre l’humanité (meurtre, actes inhumains, viol, torture et persécution) et huit chefs de crimes de guerre (attaque de civils, meurtre, mutilation, traitement cruel, viol, torture, destruction de biens et pillage). L’audience de confirmation des charges s’est tenue du 16 au 21 septembre 2011.
Outre Callixte Mbarushimana, trois personnes ont été remises à la Cour dans le cadre de la situation en RDC : Thomas Lubanga Dyilo, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo Chui. Un mandat d’arrêt a également été délivré à l’encontre d’une quatrième personne, Bosco Ntaganda, mais n’a toujours pas été exécuté.
Les enquêtes se poursuivent concernant la situation en RDC.
08/12/2011

Il est moins une à Kinshasa

Source: La Libre.be
Une opinion de Arnaud ZAJTMAN, Réalisateur de documentaires sur le Congo et ancien correspondant permanent au Congo pour la BBC et la RTBF (de 2000 à 2010).
Les mots manquent pour qualifier la gravité de la situation qui prévaut actuellement au Congo. La commission électorale congolaise s’apprête à annoncer la victoire du président sortant Joseph Kabila sur la base de résultats frauduleux rejetés par la majorité des Congolais, jetant ainsi les bases du conflit le plus meurtrier qui puisse advenir, celui qui oppose un appareil d’Etat à sa population.L’Occident, qui depuis dix ans dépense plus d’un million de dollars par jour pour la restauration de la paix et de l’Etat de droit au Congo, via la mission de maintien de la paix des Nations unies, s’apprête à valider ces résultats, signant ainsi l’échec de sa propre politique.

Les tendances déjà publiées par la commission électorale qui donnent la victoire à Kabila ne résistent pas à l’analyse. Par exemple, au Katanga, censé être le fief traditionnel de Kabila, la CENI donne près de 90 % des voix à Kabila alors que le jour du scrutin, les chiffres qui parvenaient des bureaux de vote disséminés dans les grandes villes de cette province donnaient seulement une légère avance de Kabila sur son rival Etienne Tshisekedi. Au Kivu, les chiffres donnent une écrasante majorité à Kabila alors que le jour du scrutin, c’est l’opposant Kamerhe qui y était largement en tête.

Dans les provinces de l’ouest et du centre qui ont voté massivement pour Tshisekedi, les chiffres sont incomplets ou peu crédibles. La fraude est grossière et tous les observateurs de la vie politique congolaise le constatent.

En réalité, les journalistes qui ont travaillé sérieusement sur ces élections et ont fait la tournée des bureaux de vote ont noté des tendances lourdes qui augurent de la victoire de Tshisekedi.

La population congolaise non plus n’est pas dupe. Lors des élections de 2006, la capitale Kinshasa n’avait pas plebiscité Kabila. Cependant les Kinois avaient accepté les résultats, comprenant que Kabila avait remporté la majorité des suffrages ailleurs dans le pays. Ils exprimaient ainsi avec sagesse l’espoir que ces élections marquaient le début d’un développement économique au Congo.

Aujourd’hui, les choses sont totalement différentes. Les électeurs congolais savent que Kabila n’a pas remporté l’élection. De plus, les révolutions arabes et, plus au sud du Sahara, le conflit en Côte-d’Ivoire avec l’invalidation par la communauté internationale des résultats frauduleux prononcés par la Cour suprême ivoirienne ont renforcé la conviction des Congolais dans leur lutte pour un Etat de droit.

Par ailleurs, Kabila, qui avait promis lors de son élection “la fin de la récréation”, a en réalité bradé les ressources minières du Congo, mettant les entreprises d’Etat, notamment la MIBA, qui possède les immenses mines de diamant au Kasai, et la Gécamines, qui possède les gisements du Katanga, à genoux, créant, selon le rapport très précis du député britannique Eric Joyce, chef de la commission parlementaire britannique consacrée à l’Afrique centrale, un trou dans la caisse de plus de cinq milliards de dollars en à peine cinq ans, soit autant que le pillage organisé par Mobutu en 32 ans de règne sans partage !

Enfin, les électeurs congolais voient en Tshisekedi un leader charismatique, dont l’intransigeance certes inquiète parfois hommes politiques et diplomates occidentaux habitués à plus de déférence de la part de leurs interlocuteurs congolais, mais qui porte à son crédit le fait d’avoir mené une longue lutte pacifique et sans compromis pour l’émergence d’un Etat de droit au Congo, ce dont aucun autre homme politique congolais ne peut se prévaloir.

Face à cette situation explosive, la question de la position de l’Occident, et plus particulièrement de la Belgique, se pose avec acuité. Il est essentiel pour nos relations futures avec le Congo que la Belgique, elle aussi, réalise que l’époque a changé, et évite l’écueil dans lequel est tombée la France en Tunisie en ne voyant pas la révolution venir et en faisant perdurer un soutien à un régime autoritaire digne d’un autre âge. Rappelez-vous comment l’ambassade française en Tunisie avait ensuite été critiquée par Paris ! On assiste à une situation semblable au Congo, où les ambassadeurs occidentaux soutiennent Kabila face à un Tshisekedi qu’ils jugent imprévisible. Un jugement qui rappelle celui que l’Occident proférait envers le Premier ministre congolais Patrice Lumumba au moment de l’indépendance du Congo.

C’est pourtant en notre nom que les ambassadeurs agissent. Ce sont nos taxes qui leur permettent de mener sous les tropiques un mode de vie dispendieux. Nous avons droit à des explications sur leurs actions. Pourquoi apportent-ils un soutien tacite, sinon actif, au coup de force que prépare Kabila, comme on l’apprend de différentes sources à Kinshasa ? Au nom de quelles valeurs ? De quels intérêts ? Est-ce de nature à sécuriser les intérêts de la Belgique et la présence des ressortissants belges au Congo ? Je ne le crois pas. Au contraire ! Les temps ont changé et il est essentiel que la Belgique le comprenne sans tarder.

Il faut aussi que la Belgique mobilise ses alliés traditionnels au Conseil de sécurité des Nations unies : la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et imprime une politique commune sur le Congo, comme elle l’a fait avec succès lors du tortueux processus politique qui a mené aux élections de 2006 au Congo. Il faut faire comprendre de toute urgence à Kabila que son coup de force et les massacres qui s’ensuivront immanquablement ne seront pas avalisés et qu’il est de son intérêt de sortir par la grande porte tant qu’il en est encore temps. Il a l’occasion d’entrer dans l’histoire comme le premier Président ayant permis l’alternance politique au Congo. Cela sera à son crédit et lui permettra peut-être de revenir aux affaires ultérieurement par la voie des urnes, comme on l’a déjà vu ailleurs en Afrique.

Lorsque le Congo a traversé des moments difficiles, la Belgique a souvent été en pointe. Il est important qu’il en soit ainsi en ce moment crucial et que notre ministre des Affaires étrangères agisse.

Il en va de l’avenir du Congo et de l’avenir de nos relations avec le pays africain le plus peuplé appelé, s’il est bien géré, à devenir un pôle de développement pour l’Afrique et d’expansion économique pour l’Europe.

 
07/11/2011

La RDC, futur grand pays pétrolier ?

lundi 22 mars 2010 Muriel Devey ( Afrique Echos Magazine )

Kinshasa, la capitale congolaise, abrite du 23 au 27 mars le 4ème Congrès Africain du Pétrole et Exposition (CAPE IV), un événement organisé par l’Association des Producteurs de Pétrole Africains (APPA). Qu’en est-il du pétrole en République démocratique du Congo ? Bref tour d’horizon du secteur.

Avec une production de l’ordre de 25’000 barils/jour, la République démocratique du Congo n’est pas un grand pays pétrolier. Loin s’en faut. Pourrait-elle le devenir ? Difficile de répondre aujourd’hui. En tout cas, l’exploration s’active et des indices sérieux ont mis en évidence un potentiel pétrolier certain à l’intérieur du pays. En outre, preuve de l’intérêt que les autorités actuelles portent au secteur, ce qui n’était pas le cas sous Mobutu, qui avait plutôt misé sur les mines, le pays s’est doté d’un Ministère des Hydrocarbures. Créé par Laurent-Désiré Kabila, ce dernier avait été mis entre parenthèse pendant les années de braise, avant d’être remis sur pied en 2006.

Pérenco, le seul producteur

La RDC comprend trois bassins sédimentaires : le bassin côtier, la Cuvette centrale et les grabens Albertine et Tanganyika du Rift Est africain. Seul le bassin côtier produit environ 25’000 barils par jour, dont 15’000 on shore et 10’000 off shore, extraits par le français Pérenco. Sur le terrain, Pérenco opère à travers trois sociétés. Sur les champs maritimes, intervient MIOC (Muanda Intemational Oil Compagny) qui, avec 50 % des parts, travaille en partenariat avec Teikoku, un groupe japonais (32 %) et ODS, filiale de Chevron-TotalPerenco Rep (55 %) et Lirex (45 %), dans lequel la Congolaise des Hydrocarbures (Cohydro) détient 15 % des parts. (18 %). Et, sur les champs terrestres, opèrent Perenco Rep (55 %) et Lirex (45 %), dans lequel la Congolaise des Hydrocarbures (Cohydro) détient 15 % des parts.

Le bassin côtier fait également l’objet d’exploration. À terre, sur les six blocs délimités, trois (Yema, Matamba-Makanzi et Ndunda) ont été attribués à Surestream Oil, un à l’américain EnerGulf (Lotchi) et un au Britannique Soco (Nganzi), qui devrait réaliser un premier forage en juillet 2010, tandis que Congo Bitume s’est vu attribuer le bloc Mavuma, qui contient du bitume.

Récupérer le plateau continental

Pris en sandwich entre les provinces angolaises de Cabinda et de Zaire ( Soyo), l’espace maritime congolais fait l’objet d’âpres négociations entre l’Angola et la RDC, la délimitation des frontières maritimes entre les deux pays ayant été longtemps négligée côté congolais. Aujourd’hui, la RDC compte récupérer son plateau continental, illégalement occupé, selon elle, par son grand voisin pétrolier. La nouvelle délimitation des espaces maritimes congolais, qui tient compte du principe de l’équité et des circonstances spéciales régionales prôné par la convention de Montego Bay, que la RDC a ratifiée en 1989, a fait l’objet d’une loi promulguée le 7 mai 2009 par Joseph Kabila. Soit un espace largement plus étendu que l’actuel offshore congolais, qui se limite à un triangle qui s’avance dans la mer à environ 40 km des côtes congolaises. Tout autour, l’or noir est exploité par des sociétés angolaises, soit une production estimée à 2 millions de barils/jour, dont un quart dans le plateau continental supposé revenir à la RDC. C’est dire l’enjeu. Pour faire pression sur l’Angola, qui ne semble guère pressée de négocier, la RDC a introduit une requête auprès des Nations unies le 12 mai 2009.

En attendant que cette question soit réglée, les deux parties ont identifié une zone d’intérêt commun (ZIC), au terme d’un accord signé le 30 juillet 2007 et ratifié en 2008, dont les prospects devaient être exploités et les revenus partagés à égalité par les sociétés nationales, la Cohydro, côté congolais, et Sonangol, côté angolais, associées à des privés. Longue de 375 km et large de 10 km, cette Zic, située en territoire angolais, compte deux parties. À l’ouest, se trouvent les champs Menongwe, où les forages réalisés n’auraient rien donné, et Ngage, qui fait l’objet d’un contrat de partage de production entre la Sonangol et des compagnies privées. Pour la partie est, non encore exploitée, l’Angola a proposé à la RDC des contrats de services à risques en lieu et place de CPP. Pour l’heure, l’accord n’est pas encore exécuté, la constitution d’une commission technique se faisant attendre et les modalités de partenariat restant à clarifier. Toutefois, pour la RDC, l’enjeu reste la récupération du plateau continental, les réserves des offshores profonds semblant plus rentables aujourd’hui.

Bras de fer avec Tullow Oil

Dans l’est du pays, des indices ont mis en évidence la présence de pétrole, en particulier dans les zones frontalières. D’où un risque de litiges entre voisins que ces proximités peuvent présenter. Avec l’Ouganda, un accord de coopération a été signé en janvier 2008, qui prévoit une exploitation commune dans le lac Albert, à cheval sur les deux pays. En Ituri, dans la province orientale, sur les cinq blocs délimités dans le graben Albertine, le bloc 3, situé près du lac Edouard, a été attribué à l’Anglo-Sud Africain Skoil, dont le CPP est en cours d’approbation, et le n° 5 à Dominion Petroleum, également présent en Ouganda. Le bloc 4 est libre. Quant au bloc 1, octroyé au Sud-Africain Divine exploration, et au bloc 2, tous deux frontaliers avec l’Ouganda, ils font l’objet d’un bras de fer entre le gouvernement congolais et la société Tullow Oil, qui les revendique becs et ongles. Dénonçant l’annulation en 2007 de son CPP, la compagnie britannique, qui exploite trois blocs, en Ouganda, de l’autre côté de la frontière, refuse d’accepter le deal du gouvernement congolais, qui lui propose de conserver le seul bloc 2. Une manière d’éviter que Tullow Oil ne se trouve en situation de monopole sur toute la zone. La situation n’étant toujours pas réglée, aucun CPP n’a, pour le moment, été approuvé.

En revanche, les discussions entre le Rwanda et la RDC sur l’exploitation commune du gaz méthane du Lac Kivu sont plus détendues depuis la reprise du dialogue entre les deux pays en 2009. Ainsi un protocole d’accord a été signé entre les deux parties et des blocs attribués à chaque pays. Reste que si le Rwanda a déjà commencé l’exploitation du gaz, la RDC, elle, n’a toujours pas démarré. Quant au graben Tanganyika, qui se trouve dans le sud-est de la RDC, il n’a pas encore été subdivisé en blocs. Ce devrait être le cas en 2010, avec la délimitation de dix blocs.

Espoir du côté de la Cuvette centrale

Grand espoir du côté de la Cuvette centrale, un bassin de 800’000 km2, qui s’étale sur le Bandundu, les deux Kasaï, l’Équateur et la Province orientale. Le bassin a été subdivisé en 21 blocs, avec l’appui de la société brésilienne High Resolution Technology (HRT), au terme d’un contrat signé en janvier 2008, qui prévoyait également des études sur le potentiel pétrolier de la zone, la constitution d’une banque de données pétrolières et la création d’un laboratoire d’hydrocarbures. Pour l’heure, bien que peu de blocs aient été attribués, des sociétés ont déjà manifesté leur intérêt pour prospecter dans cette zone. La société Comico a signé un CPP pour l’exploration des blocs 1, 2 et 3, qui devrait être prochainement approuvé. D’autres compagnies ont signé des protocoles d’accord, dont les juniors Soco et Dominion pour les blocs 7 et 8, et l’italien ENI.

Pour clarifier les règles du jeu, la RDC s’est attelée, avec l’appui de Soco, à l’élaboration d’un code des hydrocarbures qui devrait être adopté en 2010. Quelques grands principes ont été retenus dont l’option pour le Contrat de partage de production, qui remplace la concession, le maintien de la compétence de l’État sur les hydrocarbures, et l’obligation faite aux compagnies d’investir dans le social, de réaliser des études d’impact et de protéger l’environnement. Transformée en société commerciale, dans le cadre de la réforme des entreprises publiques, Cohydro pourrait ouvrir son capital à d’autres partenaires. Une réflexion est engagée sur l’opportunité de créer une société nationale qui interviendrait dans l’exploration et l’exploitation.

Si la présence de pétrole se confirme dans les régions prospectées, outre les retombées financières et économiques pour l’État, les provinces et les populations, il est clair que l’exploitation bouleversera la géopolitique interne, les prétendues provinces pauvres d’hier pouvant devenir « riches » dans le futur

20/10/2011

Kabila n’a pas été informé du déploiement des marines Américains sur son territoire

Arusha, 19 octobre 2011 (FH) – La République démocratique du Congo (RDC) n’a pas été officiellement informée du déploiement de Marines américains ayant pour mission d’appuyer les opérations de traque du chef rebelle ougandais Joseph Kony, recherché depuis 2005 par la Cour pénale internationale (CPI), a rapporté mercredi Radio Okapi citant le président Joseph Kabila.

«Est-ce qu’on aura des Marines ici chez nous, dans le parc de la Garamba pour traquer Monsieur Kony? Je ne sais pas. Du moins, officiellement, le Congo n’a pas encore été contacté», a déclaré le chef de l’Etat cité par la radio.

Toujours selon cette radio, gérée en partenariat par la Fondation Hirondelle et les Nations Unies, Kabila a affirmé que le chef rebelle ougandais ne se trouvait plus sur le territoire congolais. « C’est depuis dix-huit mois qu’il est parti en République centrafricaine» voisine, a indiqué le président congolais lors d’une conférence de presse mardi à Kinshasa. Il a précisé que des unités avaient été déployées à la frontière des deux pays pour éviter que Kony ne rentre en RDC.

Le président Barack Obama avait annoncé, vendredi dernier, l’envoi en Ouganda d’une centaine d’éléments des forces spéciales, “équipés pour le combat”, chargés d’aider les forces régionales dans les opérations de traque des combattants de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) et de leur chef Joseph Kony. Il précisait dans une lettre aux députés et sénateurs américains qu’une première partie du contingent s’était déployée en Ouganda le 12 octobre, tandis que d’autres soldats, ainsi que la logistique requise, se rendront sur place le mois prochain.

Le département d’Etat a précisé que les militaires américains se déploieraient éventuellement au Sud-Soudan, en RCA et en RDC, “après un accord obtenu auprès de chaque pays concerné”. Les Marines ne combattront pas directement la LRA, sauf en cas de légitime défense, a ajouté le Département d’Etat: “Ils fourniront des renseignements, des conseils et une assistance aux pays partenaires”.

La LRA, milice politico-religieuse, inscrite sur la liste des mouvements terroristes par les Etats-Unis, est accusée d’innombrables exactions sur les civils de quatre pays: Ouganda, Soudan, RDC et Centrafrique.

Lors de cette même conférence de presse, le président Kabila a par ailleurs réitéré le refus de son gouvernement d’exécuter le mandat d’arrêt de la CPI contre l’ex-rebelle Bosco Ntaganda, aujourd’hui général dans l’armée congolaise, selon l’AFP.

Kinshasa affirme que l’arrestation de Ntaganda mettrait à mal le fragile processus de pacification de la volatile province du Nord-Kivu, dont l’accusé est originaire.

Sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI, Bosco Ntaganda, ex-chef d’état-major de la rébellion tutsi-congolaise du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), est accusé de crimes de guerre notamment pour l’enrôlement d’enfants en 2002-2003 en Ituri, quand il faisait partie de la milice de l’Union des patriotes congolais (UPC).

ER/GF

© Agence Hirondelle

15/09/2011

Poème pour la RDC

Je crie, je pleure et je m’en vais dormir !
Je dors pour l’éternité, car je ne meurs pas !
Je dors pour l’éternité, car la RDC m’a sacrifié !
Je dors pour l’éternité, car les miens ne m’ont pas soutenu !
Ne pleurez pas sur moi, pleurez pour vous !

Que penser…? Que dire…? Que faire…? …du peuple RD congolais.
Lui qui écoute, mais n’entend pas … !
Lui qui regarde, mais ne voit pas… !
Lui qui croit, mais n’accepte pas… !

Je vous dis, Ô peuple RD Congolais,

ETRE HOMME ET LIBRE, C’EST ETRE… !
ETRE HOMME ET ESCLAVE, C’EST AVOIR… !

Vous avez été corrompu, oui, vous êtes corrompu.
Matériellement, financièrement, spirituellement,…

ETRE est le passeport pour le futur !
Demain appartient à ceux qui s’y préparent aujourd’hui.

Le dernier appel au patriotisme vous est lancé,
Vous êtes désormais mis en demeure.

Votre seul salut est de vous emparer de l’arme en votre possession ;
Car vous en avez une : RESISTEZ, FORTIFIEZ-VOUS et AGISSEZ !
Agissez dès à présent, demain n’appartient à personne…

Mr. Charles ONANA vient
d’émouvoir la sensibilité des RD Congolais,
d’exciter l’imagination des RD Congolais,
de rencontrer l’intelligence des RD Congolais.

Si vous êtes RD Congolais, AGISSEZ.

Levez-vous et Agissez !
Levez-vous et Agissez !
Levez-vous et Agissez !

C’est la Lumière du soir qui vous annonce la nuit qui arrive au galop .

A bon entendeur, Gare à vous !

Anonyme

31/08/2011

Visite du président P. Kagame en France : la mobilisation bat son plein

Le président Paul Kagame va fouler le sort français le 11 septembre 2011. Ses partisans dans toute l’Europe ont été mobilisés pour l’accueillir. Avec l’aide des ambassades rwandaises dans l’union européenne, des cars ont été loués pour des laudateurs qui iront acclamer en nombre l’homme fort de Kigali.

L’opposition rwandaise à l’étranger (FDU et RNC) et la société civile en exil ne sont pas en reste. Elles attendent Paul Kagame de pied ferme par une méga-manifestation contre sa venue en France. Des pancartes, des banderoles, des calicots ont été déjà apprêtés, une pétition en ligne contre la visite est en ligne ; même les réseaux sociaux (Facebook) s’y sont invités. Tous ces outils véhiculent un seul message : Paul Kagame a du sang sur les mains, le sang de Rwandais, de Français mais également de Congolais ; voire de Burundais. Et de ce fait, il est impensable que la France lui déroule le tapis.

De mémoire de président, on n’a jamais vu une visite qui provoque autant de polémique et de controverse.

En France les militaires de l’ex-Opération Turquoise estiment l’honneur de l’armée française bafouée, par un criminel de surcroît. Alain Juppé, chef de la diplomatie française est dans l’embarras. Il a juré de ne jamais serrer la main à Paul Kagame. Prendra-t-il des vacances forcées pour ne pas rencontrer cet hôte encombrant ? Le juge d’instruction du tribunal aux armées, qui avait convoqué les trois femmes rwandaises qui disent avoir été violées par les militaires français en 1994, a repoussé les audiences pour des raisons de santé. Leur déposition ne se fera qu’après que l’ouragan Kagame ait fini de souffler sur la France.

A Kigali, le président rwandais suit la situation au jour le jour. Il a envoyé, depuis des semaines, des hommes et des femmes de confiance sillonner l’Europe, tâter le pouls des opposants et au besoin, les dissuader de manifester. L’infatigable Aloysie Inyumba a été à Rouen (France). Elle a été accueillie par des manifestants hostiles. L’ambassadeur Jacques Kabale, de Paris, est en contact avec les Intore (milices du pouvoir) éparpillés sur tout le territoire français. Des cars sont déjà en stand by pour les embarquer vers la capitale française pour le 11/09/2011. A Bruxelles, le sénateur Munyabagisha s’active. Il a sillonné la Belgique de Mons à Namur en passant par Charleroi, Gand et Anvers. Il a même été voir le sit-in hebdomadaire devant l’ambassade du Rwanda à Woluwe lequel exige que le pouvoir de Kigali libère de prison les opposants politiques dont Victoire Ingabire. Le champagne n’a pas été en reste. Il a coulé à flots dans une des boutiques rwandaises à Bruxelles. Un autre envoyé de Kigali est Jean Damascène Ntawukuriryayo. Vice-président du Parlement et ex-candidat à la présidence de la République en 2010, cette haute personnalité allie l’utile à l’agréable. Parallèlement à la recherche des candidats pour aller acclamer Paul Kagame à Paris, il fait un tour dans sa famille qui réside en Belgique (comme réfugiés ?) depuis des années.

Comme il se voit donc, les deux camps, les pro et les anti-Kagame, son en train de fourbir leurs armes pour un duel qui se dénouera entre le 11 et le 13 septembre 2011 à Paris.

Jane Mugeni

Source : Echodafrique

24/06/2011

Espérer contre toute espérance: Un hymne à la réconciliation dans la région des Grands Lacs

Compte-rendu: Joseph Sagahutu,  Espérer contre toute espérance, Editions Sources du Nil

Un titre banal pour beaucoup d’entre nous. Un livre inouï  pour quelqu’un qui souffre pour son pays, qui sait le désir de vengeance et le climat d’injustice qui y mine de jour en jour le lien social. Ils sont nombreux, nos soeurs et frères Rwandais qui souffrent pour leur pays. Car, quoiqu’on en dise, le pays des milles collines vit un drame ; le drame d’une opposition dialectique : amis, ennemis, innocents coupables, bons et méchants, vainqueurs et vaincus. Le même drame comme une malédiction a poursuivi le Rwanda à travers le monde, singulièrement en RDCongo, dans le Kivu.

 Lui, Joseph Sagahutu, prêtre catholique rwandais, le seul rescapé  de onze (11) martyrs de Kalima, prêtres et religieuses rwandais, a tenu   témoigner.

La dure réalité  et la brutalité  des faits vécus et relatés contrastent avec les mots. C’est avec un coeur de baptisé  où  l’amour prime sur la haine qu’il parle.

Exercice difficile parce qu’il vous plonge dans le tréfonds de soi, dans l’animalité  de l’homme (homini lupus) mais heureux dès lors qu’il confond les bourreaux et leurs chiens de garde avec des mots dénués de haine et de vengeance :   “dimanche 2 mars 1997, vers 5 heures, les religieux furent entassés dans une voiture Land Rover et conduits sur le lieu du supplice sur la route vers Kindu. Là, ils furent dépouillés de leurs habits et de tous leurs effets. Les bourreaux leur crevèrent les yeux  à l’arme blanche. Ils leur trouèrent les oreilles l’une après l’autre avec des couteaux. La soeur Marie  Francine Nyirarunkundo avait  été  épargnée sous prétexte qu’elle  était Tutsi comme les bourreaux. Celle-ci rétorqua que les religieuses assassinées  étaient devenues en quelque sorte des membres de sa famille biologique. Elle fut  galement soumise au supplice de la mort”. pp.106-07. Unique rescapé  du massacre  de Kalima (RDCongo), le prêtre Joseph Sagahutu a hérité  de Mgr Christophe Munzihirwa, l’archevêque de Bukavu avant d’être assassiné, le message aussi fort et réconfortant d’ Espérer contre toute espérance et garder courage comme le peuple et les prophètes d’Israël en exil. Il ne pouvait s’en douter que ce message prophétique lui  était comme du sel dans le long calvaire et le long combat  à mener. Ce message  était une nouvelle naissance, un nouveau baptême que Joseph Sagahutu a expérimenté  et continue d’expérimenter depuis le début du génocide rwandais jusqu’à  cet instant.

C’est au Zaïre (RDCongo) dans l’ancien Kivu que le prêtre a vécu la vraie expérience de la foi à travers de pauvres gens qui n’avaient que de la joie (hospitalité) à lui offrir en prenant sa croix :  ” le commandant Caeser Kayizari donna l’ordre de me capturer vivant dans le but de me torturer lui-même. ( ) Ce mardi-là, je me glissai alors par la fenêtre discrètement et parvins à  fuir dans la brousse. Il faisait très froid et il pleuvait abondamment. ( ) je me suis égaré dans la forêt. Le vendredi, je me suis encore perdu dans ce labyrinthe de forêt dense, sans boussole, sans point de repère, sans route. Fatigué  par une marche infructueuse sans issue, j’ai glissé  à  cause de l’obscurité  dans un  étang naturel très large. J’y suis resté  plusieurs heures avant de pouvoir m’en sortir au petit matin ( ) tout mouillé  et couvert de boue”   pp.122-23.

L’abbé  Joseph Sagahutu se révèle dans ce récit un bon géographe de la région Est de la RDCongo qui a bénéficié  de beaucoup de solidarité, d’une chaîne de solidarité  de la part des populations congolaises et du clergé  catholique. Car, ainsi devait s’accomplir la parole prophétique de Mgr Munzihirwa fondée sur l’amour du prochain, notre semblable.

La fin de la lecture soulève deux interrogations. Par rapport à  l’auteur. Après tant d’épreuves où  lui  était chassé comme du gibier, comment vit-il tous ses souvenirs ? Comment regarde-t-il l’homme et que prêche-t-il  à ses paroissiens ? Naturellement d’espérer contre toute espérance.

Par rapport  à notre vie. Gaspard Musabyimana, me demandait en mars 2004 : “vous  êtes d’accord avec moi qu’il ne peut y avoir une réconciliation véritable au Rwanda tant qu il n’ y a pas de justice pour toutes les victimes. Tant qu’on continuera  à considérer tout Hutu comme une cible légitime”.

Vous avez dit  cible? Avec raison. Car, dans cette guerre-là, la principale cible de ces persécutions est l’Eglise catholique. Et comme le témoignait Mgr Kataliko : plusieurs prêtres, religieux et religieuses ont  été froidement assassinés. Nous avons le sentiment que par-delà  les faits isolés reprochés à  l’un ou l’autre, à  raison ou à  tort, il y a une stratégie qui vise à  détruire tout ce qui est considéré  par le peuple comme sacré. Une fois détruit le noyau autour duquel se construisent la cohésion et l’identité  communautaire des peuples, il serait plus facile de soumettre des populations désormais sans défense et sans repères à  l’arbitraire d’une idéologie et d’un système totalitaire qui veulent s’imposer  à tout prix   (Cibles, 235 prêtres africains tués, p.124)

Le livre de l’abbé  Joseph Sagahutu est un hymne  à l’humilité,   la réconciliation dans la vérité et la justice à  travers une cohabitation pacifique et, au delà  du Rwanda, que les peuples de la sous région cessent de considérer le Rwandais comme un envahisseur méprisant les autres peuples.

Il faut le lire car il est écrit avec le coeur. Aux Editions Sources du Nil, 10 Euros, Lille, France, 200 pages.

Nicaise Kibel Bel Oka

Les Coulisses

08/06/2011

L’histoire de Sylvain : au Rwanda, un ex-enfant soldat sur la voie d’une vie nouvelle

Par Katrin Piazza

KIGALI, Rwanda, 27 mai 2011 – Au Centre du lac Muhazi, à une heure de voiture de la capitale rwandaise, 30 adolescents se sont réunis pour un programme d’instruction d’une durée de six mois qui offre orientation, éducation, activités de loisirs et formation professionnelle. Ceux-ci ne sont pas des enfants typiques : ils étaient enfants soldats en République démocratique du Congo, le pays voisin.

Aujourd’hui, avec l’aide de la Commission de démobilisation et de réintégration, appuyée par l’UNICEF, ils sont en passe de vivre une vie normale avec leurs familles, perdues de vue depuis longtemps.

Vie parmi les soldats

Pendant de nombreuses années, Sylvain, l’un des jeunes du centre, n’a pas profité du confort d’un environnement familial sûr et affectueux. Dans la tourmente du génocide rwandais de 1994, quand il était bébé, ses parents se sont enfuis avec lui et son frère aîné en franchissant la frontière de la RD du Congo.

Une fois que la situation s’est calmée, ses parents sont retournés avec son frère aîné pour voir si tout allait bien. Sylvain avait été laissé à la garde d’une de leurs connaissances. Ni ses parents ni son frère ne sont jamais revenus et Sylvain ne sait toujours pas où ils sont.

Lorsqu’il était au Congo, il vivait chez une mère adoptive et allait à l’école. Un jour, alors qu’il avait 14 ans, des hommes sont arrivés à l’école et lui ont dit, aini qu’à un ami qui lui aussi avait été séparé de sa famille, qu’ils savaient où se trouvaient leurs parents. « Venez avec nous et nous vous montrerons où ils sont » leur ont dit ces hommes.

L’instant d’après, les deux garçons faisaient partie d’un groupe armé. « Ma vie parmi les soldats était très dure », raconte Sylvain. En tant que membre de l’escorte du commandant de la troupe, il avait la responsabilité de s’assurer que l’épouse du chef ait assez à manger.

« Oui, je devais utiliser mon arme pour tuer des gens, spécialement quand les habitants des villages refusaient de céder leur nourriture », dit-il. « Je ne pouvais pas supporter la situation ».

Une chance d’évasion

Un jour, il y a environ trois mois, sa troupe s’est trouvée par hasard en train de circuler dans un secteur proche de la frontière rwandaise. Sylvain a tout de suite compris qu’il avait une chance de s’échapper.

« Je me suis souvenu être passé dans le secteur et entendu à la radio que l’ONU aiderait les enfants soldats qui voulaient rentrer chez eux. Alors, j’ai décidé de provoquer le destin, j’ai réuni trois de mes camarades et je me suis enfui », dit-il.

De l’autre côté de la frontière, Sylvain et ses camarades ont reçu de l’aide et ont été emmenés dans ce centre. À présent, 10 garçons sont occupés à se préparer à partir. C’est la « journée d’insertion », quand les parents et les proches arrivent pour récupérer leurs garçons et les emmener chez eux. Chacun des garçons a emballé ses effets personnels dont un « kit de réunification » contenant une couverture en laine, une moustiquaire contre le paludisme, de la vaisselle, des ustensiles de cuisine, un bidon pour transporter de l’eau et un sac de semences.

« Nous ne voulons pas que les familles aient l’impression que les garçons sont une charge, » explique Eric Muhaza, de la Commission de la démobilisation. « Nous voulons qu’elles sachent que nous les aidons à accomplir leur réinsertion ».

Un nouveau départ

Sylvain aurait dû préparer ses affaires et partir mais, pour l’instant, il devra rester jusqu’à ce qu’on retrouve sa famille.

« C’est formidable ici. Je peux aller à l’école, être en sécurité et étudier le droit », dit-il. « J’adorerais devenir avocat ».

Dans le cadre de son programme de protection de l’enfance, l’UNICEF épaule les efforts de la Commission de démobilisation et réintégration rwandaise pour aider des garçons comme Sylvain. Depuis son ouverture, en 2006, le Centre du lac Muhazi a permis à près de 800 enfants de retrouver leurs familles et de se préparer à entamer une nouvelle vie.

Unicef

22/03/2011

2001-2011: les promesses tenues et non tenues de Joseph Kabila

4 juillet 2001 – 2011

Le seul journal Congolais à avoir interviewé Joseph Kabila

Les Coulisses analyse cette interview 10 ans après.

Promesse tenues et non tenues

Il y a de cela dix ans depuis que le président de la république, Joseph Kabila accordait une interview, sa première et unique interview à un journal congolais, au journal Les Coulisses.

Il recevait le Directeur – Editeur Nicaise Kibel’Bel Oka en présence de l’ambassadeur Kikaya bin Kanubi. Joseph Kabila avait à peine 6 mois au pouvoir.

Dix ans après, la Rédaction du journal Les Coulisses revisite cette interview à travers une lecture critique pour dégager l’évolution de la pensée et de l’action du jeune président de la république d’alors (de 6 mois) aujourd’hui totalisant dix ans aux commandes de la nation congolaise.

Les circonstances de temps et de lieu sont celles de la guerre et du dépeçage de la RDC mais également de l’appel du pied à l’unité et à l’intégrité du pays.

Nous en dégageons sept thèmes clés que nous passons au peigne fin. Ces sept thèmes sont :

a)      Retrait total des troupes étrangères de la RDCongo

b)      Lutte contre la corruption incarnée par le régime Mobutiste

c)      Les droits de l’homme

d)      Alliance (communion) avec le peuple

e)      Elections à organiser donc la démocratie

f)        Justice et lutte contre l’impunité

g)      Sort des populations de l’Est occupé

 

·        Du retrait des troupes d’agression du territoire  national. Objectif difficilement réalisable que Joseph Kabila a pu atteindre non sans sueur. Le retrait des troupes étrangères notamment de l’armée rwandaise a été un processus dur et rude qui a fait couler du sang des Congolais. Cet objectif a été atteint après des négociations et accords même si la complexité des problèmes des Grands Lacs appelle à la vigilance. Officiellement les troupes de Paul Kagame sont sorties de nos frontières et sont revenues sur la demande du gouvernement pour enfin retourner chez-eux. Le climat de ni paix ni guerre qui a abouti au rétablissement des relations diplomatiques avec nos voisins est un signe de triomphe pour Joseph Kabila.

·        De la lutte contre la corruption incarnée par les Mobutistes. Au nom de la réconciliation nationale, il a été imposé à Joseph Kabila depuis le dialogue inter congolais d’ouvrir son pouvoir à tous les Congolais. Depuis, Joseph Kabila, faisant face à des jongleurs en politique, a raté cet objectif capital. Il n’a pas réussi cet objectif. Wamba dia Wamba s’était confronté au même problème : fallait-il ou non ouvrir le RCD aux Mobutistes alors qu’on luttait contre le système ? Comme on dit, à coucher dans la porcherie, on se salit. Le régime Kabila se trouve noyé, plongé dans le bourbier de la corruption. Un bon chirurgien ne travaille qu’avec son équipe dans des conditions garanties parce qu’il y contrôle soi-même toutes les procédures. Malheureusement, Kabila s’est fait entourer des personnes incarnant un système qui a ruiné le pays.

·        Les droits de l’homme.

Dans un pays aussi vaste qu’un continent où des groupes armés et des milices font la loi, parler respect des droits de l’homme paraît utopique. Surtout que la bonne foi du pouvoir Kabila a été mise à rude épreuve avec des assassinats des journalistes et défenseurs des droits de l’homme. Bien plus, l’Est du pays est surnommé, à tort ou à raison, la capitale de violence sexuelle le ventre mou de la région des Grands Lacs.

Bref, comme pour la lutte contre la corruption, il y a échec dans ce domaine.

·        Alliance/Communion avec le peuple.

Au regard des élections de 2006, Joseph Kabila était adulé par le peuple congolais surtout dans l’Est du pays. Sa nature et son aura y ont beaucoup contribué. Ce pari, il l’avait réussi même si actuellement sa côté de popularité s’étiole plus à cause de son entourage que de lui-même. A ce jour, Joseph Kabila est accusé de ne pas être dur et exigeant envers son entourage et les membres de son gouvernement. Il risque de payer cher cet attentisme qui l’éloigne davantage du peuple. Toutefois, cette alliance avec le peuple garde encore ses atouts pour perdurer : ces alliances qui se créent en excluant le peuple continuent cette habitude de privilégier les intérêts égoïstes. La vraie alliance, c’est avec le peuple, nous déclarait-il. Le peuple saura-t-il faire la différence entre Joseph Kabila et le système ?

·        Les élections

Voilà le pari que Joseph Kabila a tenu et a réussi : les élections, j’y crois beaucoup et fermement. Car il faut donner cette chance au peuple. Pour une fois depuis 1960, les élections libres ont été organisées en RDCongo et les institutions démocratiques installées.

·        Justice et lutte contre l’impunité.

Ce volet n’a pas produit des résultats escomptés malgré quelques timides tendances telles « kuluna en cravate, Tolérance zéro ». L’impunité héritée du régime Mobutu a été aggravée et consacrée. Ici, le vice répond au vice.

Notre justice est inadaptée aux réalités de la vie moderne et, partant moins compétitive, lourde à se réveiller.

Là, il faut beaucoup d’efforts, de détermination et un état d’esprit d’un combattant pour vaincre cette gangrène qu’est le couple corruption – impunité. Elle a commencé par le sommet et a atteint la base. Les régies financières, les services de l’Etat et l’appareil judiciaire sont gravement atteints. Elle a engendré le pillage et le détournement de soldes sans état d’âme. Un échec patent.

·        Sort des populations de l’Est du Congo.

Le bonheur réside dans la sécurité, dit-on. Joseph Kabila animé de bonne foi pour aider les populations de l’Est à retrouver le sourire, doit faire face à la sécurité du citoyen et en même temps à celle de l’Etat contre les voisins remuants. La complexité des problèmes de l’Est complique tous ses rêves. Comment procéder quand on est à la tête d’un gouvernement noyauté politiquement et militairement et inféodé ?

Le charme avec le peuple n’étant pas rompu, Joseph Kabila peut profiter de ses défaites en retournant la situation à son profit. Néanmoins il peut se targuer d’avoir réussi la réunification du pays.

·        Bonus : l’armée. Aucun Etat ne peut se passer de l’armée et des services de renseignements. Joseph Kabila avait été piégé par les Occidentaux et l’Afrique du Sud depuis les accords de Lusaka et le dialogue inter congolais dans la formation de l’armée nationale. Aux Fac, on lui a enjoint des hommes en armes de tous les horizons souvent n’ayant pour seul atout que savoir tiré une balle. Ce qui fait que l’on avance en reculant. Tous les chefs rebelles congolais sont responsables de cet échec. Au RCD/Goma, la majorité des effectifs était rwandophone. Elle est toujours au Kivu. Dans le territoire géré par le RCD/K-ML, outre les militaires de l’APC, on comptait une dizaine de milices Maï Maï. En Ituri, les milices armées s’affrontaient dans une guerre identitaire. Le MLC avait des ex-Faz fatigués. Toutes ces « armées » ont été données en cadeau à Joseph Kabila pour que la RDC ne se remette pas débout. L’échec de Kabila est l’échec de tous les Congolais.

Si Joseph Kabila était seul, politiquement vierge au moment de l’interview de 50 minutes avec Nicaise Kibel’Bel Oka, dix ans après, ce n’est peut-être pas les mêmes fréquentations. D’où la question : qui ont été les chevilles ouvrières de tout ce système Kabila ? Le système Kabila existe-il ou c’est le prolongement du système Mobutu ?

Joseph Kabila a toujours rêvé d’être un grand stabilisateur et grand restaurateur, celui qui ramènerait l’unité d’un pays déchiré par des guerres et qui le reconstruirait. Mais, il faut commencer par le commencement : le changement. Par changement, il faut procéder au changement radical de la mentalité qui octroie une grande place au raccourcie, tout avoir sans le moindre effort. Ce changement concerne aussi bien la classe politique que la population dans la remise en cause de notre nature même de Congolais.

Ne faites plus de promesse que vous ne pourriez tenir, tenez toujours celles que vous avez faites. Rien n’est encore perdu.

La Rédaction

Source: Les Coulisses n°225-226

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