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08/12/2011

Il est moins une à Kinshasa

Source: La Libre.be
Une opinion de Arnaud ZAJTMAN, Réalisateur de documentaires sur le Congo et ancien correspondant permanent au Congo pour la BBC et la RTBF (de 2000 à 2010).
Les mots manquent pour qualifier la gravité de la situation qui prévaut actuellement au Congo. La commission électorale congolaise s’apprête à annoncer la victoire du président sortant Joseph Kabila sur la base de résultats frauduleux rejetés par la majorité des Congolais, jetant ainsi les bases du conflit le plus meurtrier qui puisse advenir, celui qui oppose un appareil d’Etat à sa population.L’Occident, qui depuis dix ans dépense plus d’un million de dollars par jour pour la restauration de la paix et de l’Etat de droit au Congo, via la mission de maintien de la paix des Nations unies, s’apprête à valider ces résultats, signant ainsi l’échec de sa propre politique.

Les tendances déjà publiées par la commission électorale qui donnent la victoire à Kabila ne résistent pas à l’analyse. Par exemple, au Katanga, censé être le fief traditionnel de Kabila, la CENI donne près de 90 % des voix à Kabila alors que le jour du scrutin, les chiffres qui parvenaient des bureaux de vote disséminés dans les grandes villes de cette province donnaient seulement une légère avance de Kabila sur son rival Etienne Tshisekedi. Au Kivu, les chiffres donnent une écrasante majorité à Kabila alors que le jour du scrutin, c’est l’opposant Kamerhe qui y était largement en tête.

Dans les provinces de l’ouest et du centre qui ont voté massivement pour Tshisekedi, les chiffres sont incomplets ou peu crédibles. La fraude est grossière et tous les observateurs de la vie politique congolaise le constatent.

En réalité, les journalistes qui ont travaillé sérieusement sur ces élections et ont fait la tournée des bureaux de vote ont noté des tendances lourdes qui augurent de la victoire de Tshisekedi.

La population congolaise non plus n’est pas dupe. Lors des élections de 2006, la capitale Kinshasa n’avait pas plebiscité Kabila. Cependant les Kinois avaient accepté les résultats, comprenant que Kabila avait remporté la majorité des suffrages ailleurs dans le pays. Ils exprimaient ainsi avec sagesse l’espoir que ces élections marquaient le début d’un développement économique au Congo.

Aujourd’hui, les choses sont totalement différentes. Les électeurs congolais savent que Kabila n’a pas remporté l’élection. De plus, les révolutions arabes et, plus au sud du Sahara, le conflit en Côte-d’Ivoire avec l’invalidation par la communauté internationale des résultats frauduleux prononcés par la Cour suprême ivoirienne ont renforcé la conviction des Congolais dans leur lutte pour un Etat de droit.

Par ailleurs, Kabila, qui avait promis lors de son élection “la fin de la récréation”, a en réalité bradé les ressources minières du Congo, mettant les entreprises d’Etat, notamment la MIBA, qui possède les immenses mines de diamant au Kasai, et la Gécamines, qui possède les gisements du Katanga, à genoux, créant, selon le rapport très précis du député britannique Eric Joyce, chef de la commission parlementaire britannique consacrée à l’Afrique centrale, un trou dans la caisse de plus de cinq milliards de dollars en à peine cinq ans, soit autant que le pillage organisé par Mobutu en 32 ans de règne sans partage !

Enfin, les électeurs congolais voient en Tshisekedi un leader charismatique, dont l’intransigeance certes inquiète parfois hommes politiques et diplomates occidentaux habitués à plus de déférence de la part de leurs interlocuteurs congolais, mais qui porte à son crédit le fait d’avoir mené une longue lutte pacifique et sans compromis pour l’émergence d’un Etat de droit au Congo, ce dont aucun autre homme politique congolais ne peut se prévaloir.

Face à cette situation explosive, la question de la position de l’Occident, et plus particulièrement de la Belgique, se pose avec acuité. Il est essentiel pour nos relations futures avec le Congo que la Belgique, elle aussi, réalise que l’époque a changé, et évite l’écueil dans lequel est tombée la France en Tunisie en ne voyant pas la révolution venir et en faisant perdurer un soutien à un régime autoritaire digne d’un autre âge. Rappelez-vous comment l’ambassade française en Tunisie avait ensuite été critiquée par Paris ! On assiste à une situation semblable au Congo, où les ambassadeurs occidentaux soutiennent Kabila face à un Tshisekedi qu’ils jugent imprévisible. Un jugement qui rappelle celui que l’Occident proférait envers le Premier ministre congolais Patrice Lumumba au moment de l’indépendance du Congo.

C’est pourtant en notre nom que les ambassadeurs agissent. Ce sont nos taxes qui leur permettent de mener sous les tropiques un mode de vie dispendieux. Nous avons droit à des explications sur leurs actions. Pourquoi apportent-ils un soutien tacite, sinon actif, au coup de force que prépare Kabila, comme on l’apprend de différentes sources à Kinshasa ? Au nom de quelles valeurs ? De quels intérêts ? Est-ce de nature à sécuriser les intérêts de la Belgique et la présence des ressortissants belges au Congo ? Je ne le crois pas. Au contraire ! Les temps ont changé et il est essentiel que la Belgique le comprenne sans tarder.

Il faut aussi que la Belgique mobilise ses alliés traditionnels au Conseil de sécurité des Nations unies : la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et imprime une politique commune sur le Congo, comme elle l’a fait avec succès lors du tortueux processus politique qui a mené aux élections de 2006 au Congo. Il faut faire comprendre de toute urgence à Kabila que son coup de force et les massacres qui s’ensuivront immanquablement ne seront pas avalisés et qu’il est de son intérêt de sortir par la grande porte tant qu’il en est encore temps. Il a l’occasion d’entrer dans l’histoire comme le premier Président ayant permis l’alternance politique au Congo. Cela sera à son crédit et lui permettra peut-être de revenir aux affaires ultérieurement par la voie des urnes, comme on l’a déjà vu ailleurs en Afrique.

Lorsque le Congo a traversé des moments difficiles, la Belgique a souvent été en pointe. Il est important qu’il en soit ainsi en ce moment crucial et que notre ministre des Affaires étrangères agisse.

Il en va de l’avenir du Congo et de l’avenir de nos relations avec le pays africain le plus peuplé appelé, s’il est bien géré, à devenir un pôle de développement pour l’Afrique et d’expansion économique pour l’Europe.

 
07/11/2011

La RDC, futur grand pays pétrolier ?

lundi 22 mars 2010 Muriel Devey ( Afrique Echos Magazine )

Kinshasa, la capitale congolaise, abrite du 23 au 27 mars le 4ème Congrès Africain du Pétrole et Exposition (CAPE IV), un événement organisé par l’Association des Producteurs de Pétrole Africains (APPA). Qu’en est-il du pétrole en République démocratique du Congo ? Bref tour d’horizon du secteur.

Avec une production de l’ordre de 25’000 barils/jour, la République démocratique du Congo n’est pas un grand pays pétrolier. Loin s’en faut. Pourrait-elle le devenir ? Difficile de répondre aujourd’hui. En tout cas, l’exploration s’active et des indices sérieux ont mis en évidence un potentiel pétrolier certain à l’intérieur du pays. En outre, preuve de l’intérêt que les autorités actuelles portent au secteur, ce qui n’était pas le cas sous Mobutu, qui avait plutôt misé sur les mines, le pays s’est doté d’un Ministère des Hydrocarbures. Créé par Laurent-Désiré Kabila, ce dernier avait été mis entre parenthèse pendant les années de braise, avant d’être remis sur pied en 2006.

Pérenco, le seul producteur

La RDC comprend trois bassins sédimentaires : le bassin côtier, la Cuvette centrale et les grabens Albertine et Tanganyika du Rift Est africain. Seul le bassin côtier produit environ 25’000 barils par jour, dont 15’000 on shore et 10’000 off shore, extraits par le français Pérenco. Sur le terrain, Pérenco opère à travers trois sociétés. Sur les champs maritimes, intervient MIOC (Muanda Intemational Oil Compagny) qui, avec 50 % des parts, travaille en partenariat avec Teikoku, un groupe japonais (32 %) et ODS, filiale de Chevron-TotalPerenco Rep (55 %) et Lirex (45 %), dans lequel la Congolaise des Hydrocarbures (Cohydro) détient 15 % des parts. (18 %). Et, sur les champs terrestres, opèrent Perenco Rep (55 %) et Lirex (45 %), dans lequel la Congolaise des Hydrocarbures (Cohydro) détient 15 % des parts.

Le bassin côtier fait également l’objet d’exploration. À terre, sur les six blocs délimités, trois (Yema, Matamba-Makanzi et Ndunda) ont été attribués à Surestream Oil, un à l’américain EnerGulf (Lotchi) et un au Britannique Soco (Nganzi), qui devrait réaliser un premier forage en juillet 2010, tandis que Congo Bitume s’est vu attribuer le bloc Mavuma, qui contient du bitume.

Récupérer le plateau continental

Pris en sandwich entre les provinces angolaises de Cabinda et de Zaire ( Soyo), l’espace maritime congolais fait l’objet d’âpres négociations entre l’Angola et la RDC, la délimitation des frontières maritimes entre les deux pays ayant été longtemps négligée côté congolais. Aujourd’hui, la RDC compte récupérer son plateau continental, illégalement occupé, selon elle, par son grand voisin pétrolier. La nouvelle délimitation des espaces maritimes congolais, qui tient compte du principe de l’équité et des circonstances spéciales régionales prôné par la convention de Montego Bay, que la RDC a ratifiée en 1989, a fait l’objet d’une loi promulguée le 7 mai 2009 par Joseph Kabila. Soit un espace largement plus étendu que l’actuel offshore congolais, qui se limite à un triangle qui s’avance dans la mer à environ 40 km des côtes congolaises. Tout autour, l’or noir est exploité par des sociétés angolaises, soit une production estimée à 2 millions de barils/jour, dont un quart dans le plateau continental supposé revenir à la RDC. C’est dire l’enjeu. Pour faire pression sur l’Angola, qui ne semble guère pressée de négocier, la RDC a introduit une requête auprès des Nations unies le 12 mai 2009.

En attendant que cette question soit réglée, les deux parties ont identifié une zone d’intérêt commun (ZIC), au terme d’un accord signé le 30 juillet 2007 et ratifié en 2008, dont les prospects devaient être exploités et les revenus partagés à égalité par les sociétés nationales, la Cohydro, côté congolais, et Sonangol, côté angolais, associées à des privés. Longue de 375 km et large de 10 km, cette Zic, située en territoire angolais, compte deux parties. À l’ouest, se trouvent les champs Menongwe, où les forages réalisés n’auraient rien donné, et Ngage, qui fait l’objet d’un contrat de partage de production entre la Sonangol et des compagnies privées. Pour la partie est, non encore exploitée, l’Angola a proposé à la RDC des contrats de services à risques en lieu et place de CPP. Pour l’heure, l’accord n’est pas encore exécuté, la constitution d’une commission technique se faisant attendre et les modalités de partenariat restant à clarifier. Toutefois, pour la RDC, l’enjeu reste la récupération du plateau continental, les réserves des offshores profonds semblant plus rentables aujourd’hui.

Bras de fer avec Tullow Oil

Dans l’est du pays, des indices ont mis en évidence la présence de pétrole, en particulier dans les zones frontalières. D’où un risque de litiges entre voisins que ces proximités peuvent présenter. Avec l’Ouganda, un accord de coopération a été signé en janvier 2008, qui prévoit une exploitation commune dans le lac Albert, à cheval sur les deux pays. En Ituri, dans la province orientale, sur les cinq blocs délimités dans le graben Albertine, le bloc 3, situé près du lac Edouard, a été attribué à l’Anglo-Sud Africain Skoil, dont le CPP est en cours d’approbation, et le n° 5 à Dominion Petroleum, également présent en Ouganda. Le bloc 4 est libre. Quant au bloc 1, octroyé au Sud-Africain Divine exploration, et au bloc 2, tous deux frontaliers avec l’Ouganda, ils font l’objet d’un bras de fer entre le gouvernement congolais et la société Tullow Oil, qui les revendique becs et ongles. Dénonçant l’annulation en 2007 de son CPP, la compagnie britannique, qui exploite trois blocs, en Ouganda, de l’autre côté de la frontière, refuse d’accepter le deal du gouvernement congolais, qui lui propose de conserver le seul bloc 2. Une manière d’éviter que Tullow Oil ne se trouve en situation de monopole sur toute la zone. La situation n’étant toujours pas réglée, aucun CPP n’a, pour le moment, été approuvé.

En revanche, les discussions entre le Rwanda et la RDC sur l’exploitation commune du gaz méthane du Lac Kivu sont plus détendues depuis la reprise du dialogue entre les deux pays en 2009. Ainsi un protocole d’accord a été signé entre les deux parties et des blocs attribués à chaque pays. Reste que si le Rwanda a déjà commencé l’exploitation du gaz, la RDC, elle, n’a toujours pas démarré. Quant au graben Tanganyika, qui se trouve dans le sud-est de la RDC, il n’a pas encore été subdivisé en blocs. Ce devrait être le cas en 2010, avec la délimitation de dix blocs.

Espoir du côté de la Cuvette centrale

Grand espoir du côté de la Cuvette centrale, un bassin de 800’000 km2, qui s’étale sur le Bandundu, les deux Kasaï, l’Équateur et la Province orientale. Le bassin a été subdivisé en 21 blocs, avec l’appui de la société brésilienne High Resolution Technology (HRT), au terme d’un contrat signé en janvier 2008, qui prévoyait également des études sur le potentiel pétrolier de la zone, la constitution d’une banque de données pétrolières et la création d’un laboratoire d’hydrocarbures. Pour l’heure, bien que peu de blocs aient été attribués, des sociétés ont déjà manifesté leur intérêt pour prospecter dans cette zone. La société Comico a signé un CPP pour l’exploration des blocs 1, 2 et 3, qui devrait être prochainement approuvé. D’autres compagnies ont signé des protocoles d’accord, dont les juniors Soco et Dominion pour les blocs 7 et 8, et l’italien ENI.

Pour clarifier les règles du jeu, la RDC s’est attelée, avec l’appui de Soco, à l’élaboration d’un code des hydrocarbures qui devrait être adopté en 2010. Quelques grands principes ont été retenus dont l’option pour le Contrat de partage de production, qui remplace la concession, le maintien de la compétence de l’État sur les hydrocarbures, et l’obligation faite aux compagnies d’investir dans le social, de réaliser des études d’impact et de protéger l’environnement. Transformée en société commerciale, dans le cadre de la réforme des entreprises publiques, Cohydro pourrait ouvrir son capital à d’autres partenaires. Une réflexion est engagée sur l’opportunité de créer une société nationale qui interviendrait dans l’exploration et l’exploitation.

Si la présence de pétrole se confirme dans les régions prospectées, outre les retombées financières et économiques pour l’État, les provinces et les populations, il est clair que l’exploitation bouleversera la géopolitique interne, les prétendues provinces pauvres d’hier pouvant devenir « riches » dans le futur

23/03/2011

Libya: Farrakhan dit la vérité sur la libye. avertit et conseille Obama

22/03/2011

2001-2011: les promesses tenues et non tenues de Joseph Kabila

4 juillet 2001 – 2011

Le seul journal Congolais à avoir interviewé Joseph Kabila

Les Coulisses analyse cette interview 10 ans après.

Promesse tenues et non tenues

Il y a de cela dix ans depuis que le président de la république, Joseph Kabila accordait une interview, sa première et unique interview à un journal congolais, au journal Les Coulisses.

Il recevait le Directeur – Editeur Nicaise Kibel’Bel Oka en présence de l’ambassadeur Kikaya bin Kanubi. Joseph Kabila avait à peine 6 mois au pouvoir.

Dix ans après, la Rédaction du journal Les Coulisses revisite cette interview à travers une lecture critique pour dégager l’évolution de la pensée et de l’action du jeune président de la république d’alors (de 6 mois) aujourd’hui totalisant dix ans aux commandes de la nation congolaise.

Les circonstances de temps et de lieu sont celles de la guerre et du dépeçage de la RDC mais également de l’appel du pied à l’unité et à l’intégrité du pays.

Nous en dégageons sept thèmes clés que nous passons au peigne fin. Ces sept thèmes sont :

a)      Retrait total des troupes étrangères de la RDCongo

b)      Lutte contre la corruption incarnée par le régime Mobutiste

c)      Les droits de l’homme

d)      Alliance (communion) avec le peuple

e)      Elections à organiser donc la démocratie

f)        Justice et lutte contre l’impunité

g)      Sort des populations de l’Est occupé

 

·        Du retrait des troupes d’agression du territoire  national. Objectif difficilement réalisable que Joseph Kabila a pu atteindre non sans sueur. Le retrait des troupes étrangères notamment de l’armée rwandaise a été un processus dur et rude qui a fait couler du sang des Congolais. Cet objectif a été atteint après des négociations et accords même si la complexité des problèmes des Grands Lacs appelle à la vigilance. Officiellement les troupes de Paul Kagame sont sorties de nos frontières et sont revenues sur la demande du gouvernement pour enfin retourner chez-eux. Le climat de ni paix ni guerre qui a abouti au rétablissement des relations diplomatiques avec nos voisins est un signe de triomphe pour Joseph Kabila.

·        De la lutte contre la corruption incarnée par les Mobutistes. Au nom de la réconciliation nationale, il a été imposé à Joseph Kabila depuis le dialogue inter congolais d’ouvrir son pouvoir à tous les Congolais. Depuis, Joseph Kabila, faisant face à des jongleurs en politique, a raté cet objectif capital. Il n’a pas réussi cet objectif. Wamba dia Wamba s’était confronté au même problème : fallait-il ou non ouvrir le RCD aux Mobutistes alors qu’on luttait contre le système ? Comme on dit, à coucher dans la porcherie, on se salit. Le régime Kabila se trouve noyé, plongé dans le bourbier de la corruption. Un bon chirurgien ne travaille qu’avec son équipe dans des conditions garanties parce qu’il y contrôle soi-même toutes les procédures. Malheureusement, Kabila s’est fait entourer des personnes incarnant un système qui a ruiné le pays.

·        Les droits de l’homme.

Dans un pays aussi vaste qu’un continent où des groupes armés et des milices font la loi, parler respect des droits de l’homme paraît utopique. Surtout que la bonne foi du pouvoir Kabila a été mise à rude épreuve avec des assassinats des journalistes et défenseurs des droits de l’homme. Bien plus, l’Est du pays est surnommé, à tort ou à raison, la capitale de violence sexuelle le ventre mou de la région des Grands Lacs.

Bref, comme pour la lutte contre la corruption, il y a échec dans ce domaine.

·        Alliance/Communion avec le peuple.

Au regard des élections de 2006, Joseph Kabila était adulé par le peuple congolais surtout dans l’Est du pays. Sa nature et son aura y ont beaucoup contribué. Ce pari, il l’avait réussi même si actuellement sa côté de popularité s’étiole plus à cause de son entourage que de lui-même. A ce jour, Joseph Kabila est accusé de ne pas être dur et exigeant envers son entourage et les membres de son gouvernement. Il risque de payer cher cet attentisme qui l’éloigne davantage du peuple. Toutefois, cette alliance avec le peuple garde encore ses atouts pour perdurer : ces alliances qui se créent en excluant le peuple continuent cette habitude de privilégier les intérêts égoïstes. La vraie alliance, c’est avec le peuple, nous déclarait-il. Le peuple saura-t-il faire la différence entre Joseph Kabila et le système ?

·        Les élections

Voilà le pari que Joseph Kabila a tenu et a réussi : les élections, j’y crois beaucoup et fermement. Car il faut donner cette chance au peuple. Pour une fois depuis 1960, les élections libres ont été organisées en RDCongo et les institutions démocratiques installées.

·        Justice et lutte contre l’impunité.

Ce volet n’a pas produit des résultats escomptés malgré quelques timides tendances telles « kuluna en cravate, Tolérance zéro ». L’impunité héritée du régime Mobutu a été aggravée et consacrée. Ici, le vice répond au vice.

Notre justice est inadaptée aux réalités de la vie moderne et, partant moins compétitive, lourde à se réveiller.

Là, il faut beaucoup d’efforts, de détermination et un état d’esprit d’un combattant pour vaincre cette gangrène qu’est le couple corruption – impunité. Elle a commencé par le sommet et a atteint la base. Les régies financières, les services de l’Etat et l’appareil judiciaire sont gravement atteints. Elle a engendré le pillage et le détournement de soldes sans état d’âme. Un échec patent.

·        Sort des populations de l’Est du Congo.

Le bonheur réside dans la sécurité, dit-on. Joseph Kabila animé de bonne foi pour aider les populations de l’Est à retrouver le sourire, doit faire face à la sécurité du citoyen et en même temps à celle de l’Etat contre les voisins remuants. La complexité des problèmes de l’Est complique tous ses rêves. Comment procéder quand on est à la tête d’un gouvernement noyauté politiquement et militairement et inféodé ?

Le charme avec le peuple n’étant pas rompu, Joseph Kabila peut profiter de ses défaites en retournant la situation à son profit. Néanmoins il peut se targuer d’avoir réussi la réunification du pays.

·        Bonus : l’armée. Aucun Etat ne peut se passer de l’armée et des services de renseignements. Joseph Kabila avait été piégé par les Occidentaux et l’Afrique du Sud depuis les accords de Lusaka et le dialogue inter congolais dans la formation de l’armée nationale. Aux Fac, on lui a enjoint des hommes en armes de tous les horizons souvent n’ayant pour seul atout que savoir tiré une balle. Ce qui fait que l’on avance en reculant. Tous les chefs rebelles congolais sont responsables de cet échec. Au RCD/Goma, la majorité des effectifs était rwandophone. Elle est toujours au Kivu. Dans le territoire géré par le RCD/K-ML, outre les militaires de l’APC, on comptait une dizaine de milices Maï Maï. En Ituri, les milices armées s’affrontaient dans une guerre identitaire. Le MLC avait des ex-Faz fatigués. Toutes ces « armées » ont été données en cadeau à Joseph Kabila pour que la RDC ne se remette pas débout. L’échec de Kabila est l’échec de tous les Congolais.

Si Joseph Kabila était seul, politiquement vierge au moment de l’interview de 50 minutes avec Nicaise Kibel’Bel Oka, dix ans après, ce n’est peut-être pas les mêmes fréquentations. D’où la question : qui ont été les chevilles ouvrières de tout ce système Kabila ? Le système Kabila existe-il ou c’est le prolongement du système Mobutu ?

Joseph Kabila a toujours rêvé d’être un grand stabilisateur et grand restaurateur, celui qui ramènerait l’unité d’un pays déchiré par des guerres et qui le reconstruirait. Mais, il faut commencer par le commencement : le changement. Par changement, il faut procéder au changement radical de la mentalité qui octroie une grande place au raccourcie, tout avoir sans le moindre effort. Ce changement concerne aussi bien la classe politique que la population dans la remise en cause de notre nature même de Congolais.

Ne faites plus de promesse que vous ne pourriez tenir, tenez toujours celles que vous avez faites. Rien n’est encore perdu.

La Rédaction

Source: Les Coulisses n°225-226

28/02/2011

Plus de 30 personnes arrêtées après la tentative de coup d’Etat en RDC

Plus de 30 personnes ont été arrêtées en République démocratique du Congo après l’attaque de la résidence du président Joseph Kabila par un groupe d’hommes armés, ont annoncé lundi les autorités. Le ministre de l’Information, Lambert Mende, a déclaré que les affrontements qui ont suivi l’attaque, dimanche, de la résidence de Kabila à Kinshasa, avaient fait sept morts. Un précédent bilan de ce que les autorités considèrent comme une tentative de putsch faisait état de six morts.
Mende a précisé qu’une soixantaine d’hommes munis d’armes légères, de grenades RPG et de machettes avaient tenté de pénétrer dans la maison de Kabila mais avaient été repoussés par la Garde républicaine, dont un membre a été grièvement blessé.
Les affrontements ont ensuite gagné une base militaire proche avant que le calme soit rétabli.
Mende a indiqué dans une interview que certains attaquants paraissaient avoir un entraînement militaire, mais il a rejeté l’hypothèse selon laquelle l’attaque aurait été menée par des membres de la Garde républicaine mécontents de leurs conditions de vie.
Une source proche de la présidence a déclaré dimanche que Kabila ne se trouvait pas à sa résidence au moment de l’attaque et qu’il était sain et sauf. Le président Kabila est arrivé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré.
Des élections présidentielle et législatives sont prévues en novembre de cette année, les deuxièmes depuis la fin officielle de la guerre civile (1998-2003).
Le Parlement a soutenu le 15 janvier une proposition de Kabila de réduire l’élection présidentielle à un seul tour, ce qui supprime la possibilité d’organiser un second tour entre les deux candidats venus en tête au premier tour si aucun des deux n’a recueilli la majorité absolue.
Le vainqueur pourra dès lors être élu avec moins de 50% des suffrages, ce qui devrait renforcer les chances de Kabila face à une opposition divisée.
Reuters

22/10/2010

Vital Kamerhe : Ma candidature n’est pas exclue

jeuneafrique.comAprès une longue cure de silence médiatique, l’ancien compagnon de route du président Joseph Kabila, revient en force sur le devant de la scène politique congolaise. Fidèle allié du chef de l’État lors du scrutin présidentiel de 2006, puis président de l’Assemblée nationale jusqu’à sa tonitruante démission en mars 2009, Vital Kamerhe est entré en dissidence. En ligne de mire : la présidentielle prévue en novembre 2011. S’il se refuse à confirmer ses récentes rencontres avec les leaders de l’opposition, Jean-Pierre Bemba et Etienne Tshisekedi, le patron du nouveau parti de l’Union pour la nation congolaise (UNC) lève le voile sur ses intentions. Pas de doute, il faudra compter sur Kamerhe en 2011. En attendant, il est sans concession avec le pouvoir.

REGARDEZ L’INTERVIEW ICI

 

04/07/2010

Qui dirige la RD Congo ? Kabila ou Kagame ?

Mardi 29 juin, les Congolais avaient appris avec stupeur la venue à Kinshasa des présidents ougandais et rwandais pour assister à la parade militaire organisée le mercredi 30 juin dans le cadre de la commémoration des festivités du cinquantième anniversaire. Les mêmes Congolais ont été scandalisés d’apprendre que Joseph Kabila a fait retarder de deux heures le démarrage du défilé jusqu’à l’arrivée de Paul Kagame dont l’avion accusait un retard de deux heures. Des personnalités congolaises contactées par la rédaction de Congoindependant n’ont pas trouvé des mots assez durs pour pourfendre cet «aveu de subordination» de Joseph Kabila à l’égard de son homologue rwandais.

Il y a des signes qui ne trompent pas ! Dans son ouvrage «Epistémologie structuraliste et comparée, le professeur Kapumba Akenda écrivait notamment : «Les symboles n’ont aucune identité autonome. Ils ne s’approprient leur identité que dans leur référence à un autre élément qu’ils représentent…Dans l’usage quotidien des mots ou des signes, ce n’est pas la forme phonétique ou graphique qui nous intéresse, mais ce à quoi ils se rapportent, c’est-à-dire leur signification…»

Prévues à 9heures, mercredi 30 juin, la parade militaire organisée dans le cadre des festivités commémoratives du cinquantenaire de l’indépendance du Congo a accusé deux heures de retard chrono. Alors que la radio télévision publique belge francophone (RTBF) stigmatisait «l’arrivée en retard de certains chefs d’Etat» sans d’autres précisions, la télévision commerciale RTL TVI, elle, n’a pas usé de la langue de bois en désignant le «coupable». A savoir que «les festivités» ont été retardées «parce qu’on attendait l’arrivée de Paul Kagame». Ce dernier a snobé les autres chefs d’Etat présents dont le Roi Albert II en arrivant avec un retard de deux heures. C’est seulement après que le défilé a pu commencer. Un comble.

Message subliminal

Ce fait peut paraître banal pour les esprits non habitués à interpréter les signes et gestes des hommes. En matière protocolaire, toute personne invitée à une cérémonie doit s’imposer un devoir de ponctualité pour être à l’heure au rendez-vous. C’est un signe de courtoisie autant qu’une marque de respect envers ses hôtes et surtout envers les autres invités. Alors que tous les autres convives étaient arrivés à l’heure pour rejoindre les gradins érigés sur le boulevard Triomphal, l’homme fort de Kigali, lui, prenait son temps. Pour des raisons qui ne sont connues que de lui seul, il s’est arrangé pour arriver en retard. Pire, pendant l’allocution prononcée par Kabila, le satrape rwandais feuilletait distraitement un magazine. Comment interpréter ce geste ? Du mépris ? Une chose paraît sûre : ce geste n’est ni innocent, ni anodin. Le retard de Kagame constitue un message. L’indifférence affichée par le maître de Kigali pendant que son homologue congolais lisait son speech suggère que sa présence n’avait de sens que pour montrer qu’il est au-dessus de «Joseph» et il est capable de le faire marcher même pendant les moments importants et symboliques qui caractérisent et déterminent la vie de son pays. Faire attendre le début des événements, c’est une façon de faire rapporter l’attention sur sa personne.

Réactions

Les réactions n’ont pas tardé mercredi soir. «C’est un défi que Joseph Kabila a lancé à la population congolaise en invitant Paul Kagame et Yoweri Museveni à Kinshasa, commente un universitaire congolais. La RD Congo a été occupée par les armées de l’Ouganda et du Rwanda. Il est clair que Kabila a passé par pertes et profits tous les crimes commis par les soldats ougandais et rwandais.» Un des organisateurs de la manifestation de Bruxelles ne va pas par quatre chemins : «Je suis écoeuré. Kabila vient de démontrer qu’il n’est qu’une marionnette et que le véritable chef de l’Etat congolais est Paul Kagame.» Un étudiant congolais d’enchaîner : «L’assassin revient toujours sur le lieu du crime. La présence de Kagame à Kinshasa est une insulte à la mémoire des victimes des crimes commis par des troupes rwandaises au Congo.» Dernier ambassadeur du Zaïre à Bruxelles, Jean-Pierre Kimbulu Moyanso wa Lokwa qualifie la présence du leader rwandais à Kinshasa d’«inopportune». Au motif que la population congolaise n’a pas encore pansé ses plaies psychologiques suite aux événements décrits précédemment. «En retardant le démarrage du défilé, souligne l’ancien diplomate, Kabila vient de donner la preuve qu’il n’a jamais été qu’une marionnette au service de Kagame.» Joint au téléphone, mercredi soir à Kinshasa, l’UDPS Valentin Mubake Numbi donne sa lecture : «C’est depuis un an que Kigali et Kinshasa affichent au grand jour les relations entretenues en coulisses au plan économique, politique et militaire. Ce n’est pas étonnant de voir Kagame à Kinshasa. Vous le savez comme quoi que le pouvoir rwandais fait face à des difficultés internes. Le général rwandais Kayumba Nyamwasa a été victime d’un attentat en Afrique du Sud. Selon son épouse, le commando a été recruté par les dirigeants rwandais. Kigali a intérêt à se montrer conciliant avec ses voisins»

Selon des sources à Kinshasa, Kabila “a franchi le rubicon” après avoir “testé à maintes reprises la capacité d’indignation des Congolais”. A en croire une source bien informée, le Rwanda de Paul Kagame est devenu le “protecteur” du chef de l’Etat congolais. D’où les voyages incessants du général James Kabarebe en RD Congo. Il semble que deux mille soldats de l’armée rwandaise sont basés dans la province du Bas-Congo. A Mbandaka, c’est un général rwandais, Janvier Mayanga, qui dirige la région militaire. Selon des témoins, des militaires rwandais ont été déployés à Kinshasa en prévision du défilé du 30 juin.

En arrivant mercredi en retard à la cérémonie prévue sur le boulevard Triomphal, Kagame a voulu envoyer un message «subliminal» aux Congolais en général et aux Kinois en particulier. Ce message se décline comme suit : “Me voici. Je suis là dans votre capitale. Moi qui vous ai envahi, fais tuer vos frères et sœurs, piller vos richesses. Je suis là et je continue à vous diriger par personne interposée à qui je donne des ordres.”

Faustin Kwakwa/Issa Djema/B.A.W
© Congoindépendant 2003-2010

23/03/2010

La RDC, futur grand pays pétrolier ?

lundi 22 mars 2010 Muriel Devey ( Afrique Echos Magazine )

Kinshasa, la capitale congolaise, abrite du 23 au 27 mars le 4ème Congrès Africain du Pétrole et Exposition (CAPE IV), un événement organisé par l’Association des Producteurs de Pétrole Africains (APPA). Qu’en est-il du pétrole en République démocratique du Congo ? Bref tour d’horizon du secteur.

Avec une production de l’ordre de 25’000 barils/jour, la République démocratique du Congo n’est pas un grand pays pétrolier. Loin s’en faut. Pourrait-elle le devenir ? Difficile de répondre aujourd’hui. En tout cas, l’exploration s’active et des indices sérieux ont mis en évidence un potentiel pétrolier certain à l’intérieur du pays. En outre, preuve de l’intérêt que les autorités actuelles portent au secteur, ce qui n’était pas le cas sous Mobutu, qui avait plutôt misé sur les mines, le pays s’est doté d’un Ministère des Hydrocarbures. Créé par Laurent-Désiré Kabila, ce dernier avait été mis entre parenthèse pendant les années de braise, avant d’être remis sur pied en 2006.

Pérenco, le seul producteur

La RDC comprend trois bassins sédimentaires : le bassin côtier, la Cuvette centrale et les grabens Albertine et Tanganyika du Rift Est africain. Seul le bassin côtier produit environ 25’000 barils par jour, dont 15’000 on shore et 10’000 off shore, extraits par le français Pérenco. Sur le terrain, Pérenco opère à travers trois sociétés. Sur les champs maritimes, intervient MIOC (Muanda Intemational Oil Compagny) qui, avec 50 % des parts, travaille en partenariat avec Teikoku, un groupe japonais (32 %) et ODS, filiale de Chevron-TotalPerenco Rep (55 %) et Lirex (45 %), dans lequel la Congolaise des Hydrocarbures (Cohydro) détient 15 % des parts. (18 %). Et, sur les champs terrestres, opèrent Perenco Rep (55 %) et Lirex (45 %), dans lequel la Congolaise des Hydrocarbures (Cohydro) détient 15 % des parts.

Le bassin côtier fait également l’objet d’exploration. À terre, sur les six blocs délimités, trois (Yema, Matamba-Makanzi et Ndunda) ont été attribués à Surestream Oil, un à l’américain EnerGulf (Lotchi) et un au Britannique Soco (Nganzi), qui devrait réaliser un premier forage en juillet 2010, tandis que Congo Bitume s’est vu attribuer le bloc Mavuma, qui contient du bitume.

Récupérer le plateau continental

Pris en sandwich entre les provinces angolaises de Cabinda et de Zaire ( Soyo), l’espace maritime congolais fait l’objet d’âpres négociations entre l’Angola et la RDC, la délimitation des frontières maritimes entre les deux pays ayant été longtemps négligée côté congolais. Aujourd’hui, la RDC compte récupérer son plateau continental, illégalement occupé, selon elle, par son grand voisin pétrolier. La nouvelle délimitation des espaces maritimes congolais, qui tient compte du principe de l’équité et des circonstances spéciales régionales prôné par la convention de Montego Bay, que la RDC a ratifiée en 1989, a fait l’objet d’une loi promulguée le 7 mai 2009 par Joseph Kabila. Soit un espace largement plus étendu que l’actuel offshore congolais, qui se limite à un triangle qui s’avance dans la mer à environ 40 km des côtes congolaises. Tout autour, l’or noir est exploité par des sociétés angolaises, soit une production estimée à 2 millions de barils/jour, dont un quart dans le plateau continental supposé revenir à la RDC. C’est dire l’enjeu. Pour faire pression sur l’Angola, qui ne semble guère pressée de négocier, la RDC a introduit une requête auprès des Nations unies le 12 mai 2009.

En attendant que cette question soit réglée, les deux parties ont identifié une zone d’intérêt commun (ZIC), au terme d’un accord signé le 30 juillet 2007 et ratifié en 2008, dont les prospects devaient être exploités et les revenus partagés à égalité par les sociétés nationales, la Cohydro, côté congolais, et Sonangol, côté angolais, associées à des privés. Longue de 375 km et large de 10 km, cette Zic, située en territoire angolais, compte deux parties. À l’ouest, se trouvent les champs Menongwe, où les forages réalisés n’auraient rien donné, et Ngage, qui fait l’objet d’un contrat de partage de production entre la Sonangol et des compagnies privées. Pour la partie est, non encore exploitée, l’Angola a proposé à la RDC des contrats de services à risques en lieu et place de CPP. Pour l’heure, l’accord n’est pas encore exécuté, la constitution d’une commission technique se faisant attendre et les modalités de partenariat restant à clarifier. Toutefois, pour la RDC, l’enjeu reste la récupération du plateau continental, les réserves des offshores profonds semblant plus rentables aujourd’hui.

Bras de fer avec Tullow Oil

Dans l’est du pays, des indices ont mis en évidence la présence de pétrole, en particulier dans les zones frontalières. D’où un risque de litiges entre voisins que ces proximités peuvent présenter. Avec l’Ouganda, un accord de coopération a été signé en janvier 2008, qui prévoit une exploitation commune dans le lac Albert, à cheval sur les deux pays. En Ituri, dans la province orientale, sur les cinq blocs délimités dans le graben Albertine, le bloc 3, situé près du lac Edouard, a été attribué à l’Anglo-Sud Africain Skoil, dont le CPP est en cours d’approbation, et le n° 5 à Dominion Petroleum, également présent en Ouganda. Le bloc 4 est libre. Quant au bloc 1, octroyé au Sud-Africain Divine exploration, et au bloc 2, tous deux frontaliers avec l’Ouganda, ils font l’objet d’un bras de fer entre le gouvernement congolais et la société Tullow Oil, qui les revendique becs et ongles. Dénonçant l’annulation en 2007 de son CPP, la compagnie britannique, qui exploite trois blocs, en Ouganda, de l’autre côté de la frontière, refuse d’accepter le deal du gouvernement congolais, qui lui propose de conserver le seul bloc 2. Une manière d’éviter que Tullow Oil ne se trouve en situation de monopole sur toute la zone. La situation n’étant toujours pas réglée, aucun CPP n’a, pour le moment, été approuvé.

En revanche, les discussions entre le Rwanda et la RDC sur l’exploitation commune du gaz méthane du Lac Kivu sont plus détendues depuis la reprise du dialogue entre les deux pays en 2009. Ainsi un protocole d’accord a été signé entre les deux parties et des blocs attribués à chaque pays. Reste que si le Rwanda a déjà commencé l’exploitation du gaz, la RDC, elle, n’a toujours pas démarré. Quant au graben Tanganyika, qui se trouve dans le sud-est de la RDC, il n’a pas encore été subdivisé en blocs. Ce devrait être le cas en 2010, avec la délimitation de dix blocs.

Espoir du côté de la Cuvette centrale

Grand espoir du côté de la Cuvette centrale, un bassin de 800’000 km2, qui s’étale sur le Bandundu, les deux Kasaï, l’Équateur et la Province orientale. Le bassin a été subdivisé en 21 blocs, avec l’appui de la société brésilienne High Resolution Technology (HRT), au terme d’un contrat signé en janvier 2008, qui prévoyait également des études sur le potentiel pétrolier de la zone, la constitution d’une banque de données pétrolières et la création d’un laboratoire d’hydrocarbures. Pour l’heure, bien que peu de blocs aient été attribués, des sociétés ont déjà manifesté leur intérêt pour prospecter dans cette zone. La société Comico a signé un CPP pour l’exploration des blocs 1, 2 et 3, qui devrait être prochainement approuvé. D’autres compagnies ont signé des protocoles d’accord, dont les juniors Soco et Dominion pour les blocs 7 et 8, et l’italien ENI.

Pour clarifier les règles du jeu, la RDC s’est attelée, avec l’appui de Soco, à l’élaboration d’un code des hydrocarbures qui devrait être adopté en 2010. Quelques grands principes ont été retenus dont l’option pour le Contrat de partage de production, qui remplace la concession, le maintien de la compétence de l’État sur les hydrocarbures, et l’obligation faite aux compagnies d’investir dans le social, de réaliser des études d’impact et de protéger l’environnement. Transformée en société commerciale, dans le cadre de la réforme des entreprises publiques, Cohydro pourrait ouvrir son capital à d’autres partenaires. Une réflexion est engagée sur l’opportunité de créer une société nationale qui interviendrait dans l’exploration et l’exploitation.

Si la présence de pétrole se confirme dans les régions prospectées, outre les retombées financières et économiques pour l’État, les provinces et les populations, il est clair que l’exploitation bouleversera la géopolitique interne, les prétendues provinces pauvres d’hier pouvant devenir « riches » dans le futur

31/01/2010

La RDC dans l’étau du FMI

par Renaud Vivien

Le FMI et la Banque mondiale ont finalement consentis un accord financier avec la République démocratique du Congo. Toutefois, celui-ci est assortis de conditions qui ne maqueront pas de s’avérer plus néfastes que le mal actuel : Kinshasa est tenu de poursuivre la privatisation de ses services publics, ce qui rendra la RDC plus vulnérable encore au pillage des transnationales.

Le 11 décembre, la RDC a conclu un accord de financement de trois ans avec le FMI, après avoir cédé à toutes les exigences de ses bailleurs de fonds  [1]. D’abord, en révisant sous la pression du FMI un contrat conclu avec la Chine que les puissance occidentales voyaient d’un mauvais œil, puis en s’engageant à encore améliorer le « climat des affaires » sur injonction du Club de Paris, un groupe informel réunissant 19 riches pays créanciers, dont les intérêts économiques en RDC sont considérables. Les garanties données par le Club de Paris étaient un préalable obligatoire à la conclusion de ce programme avec le FMI ainsi qu’à un allègement de sa dette externe, dont le paiement annuel absorbe un quart des dépenses publiques !

Mais la route est encore longue et parsemée de conditions avant d’atteindre le fameux « point d’achèvement », qui donne droit à cet allègement de dette et qui constitue l’ultime étape de la stratégie PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) promue par le FMI et la Banque mondiale pour soi-disant régler le problème de la dette. La RDC attend cet allègement depuis 2003 et pourrait bien l’attendre encore longtemps… En effet, pour le « mériter », le gouvernement congolais devra s’attacher entre autres au « développement du secteur privé, notamment par la réforme des entreprises publiques (…) la protection de l’investissement étranger et l’amélioration de la transparence dans la gestion des ressources naturelles », indique le communiqué de presse du FMI [2].

Autrement dit, la RDC doit achever la privatisation de ses secteurs stratégiques (mines, énergie, industrie, transport ) déjà très largement contrôlés par les transnationales, impliquant le licenciement massif des travailleurs, comme ce fut le cas en 2003 avec l’opération mal nommée « Départs volontaires ». Ce plan de licenciement financé intégralement par la Banque mondiale a violé les droits de 10 655 agents de la Gécamines, l’entreprise publique minière située au Katanga, qui attendent toujours le paiement de leurs arriérés de salaires et les indemnités prévues par le droit congolais.

« La protection de l’investissement étranger » signifie, quant à elle, une interdiction pour les autorités de revoir les contrats miniers conclus illégalement avec les transnationales (sauf si elles sont chinoises !). Rappelons en effet, que le Canada s’était opposé à la conclusion d’un accord avec le FMI lors de la réunion du Club de Paris du 18 novembre où aucun officiel congolais n’était invité. Le but était alors de faire pression sur le gouvernement, qui avait annoncé quelques jours plus tôt la résiliation d’un contrat frauduleux signé avec l’entreprise canadienne First Quantum. L’affaire a finalement été réglée suite à l’engagement du gouvernement d’améliorer « le climat des affaires »…

Concernant « la gestion des ressources naturelles », le FMI fait comme à son habitude reposer la seule responsabilité sur la RDC en omettant le rôle néfaste de sa partenaire, la Banque mondiale, incapable de changer de politique. Selon les ONG Greenpeace, Global Witness et Rainforest [3] : « En tant que bailleur principal de la réforme forestière congolaise, la Banque mondiale porte une responsabilité particulière pour les résultats médiocres observés à ce jour (…) Les conclusions du rapport d’enquête de 2007 réalisé par le Panel d’Inspection [4], révélant le parti pris de la Banque mondiale en faveur de l’exploitation industrielle, au détriment des communautés locales, semblent avoir été largement ignorées ». Malgré les enjeux liés à la déforestation et au changement climatique, le FMI s’inscrit toujours à l’instar de la Banque mondiale dans cette logique de l’exploitation industrielle du bois en transformant un peu plus la RDC en véritable paradis pour les transnationales, comme si les bénéfices réalisés par ces dernières allaient en bout de course profiter au peuple congolais. Pourtant, c’est l’inverse qui se produit dans l’ensemble des pays en développement : les populations s’enfoncent dans la pauvreté tandis que les rapatriements des bénéfices réalisés par les transnationales augmentent, culminant en 2008 à 298 milliards de dollars !

Que va gagner la RDC en appliquant toutes ces conditions ? Pas grand chose : environ 560 millions de dollars étalés sur trois années à condition que le FMI juge satisfaisante l’application de ses politiques. En effet, la RDC est sous haute surveillance puisque le programme triennal est évalué au fur et à mesure de sa mise en œuvre. Au total, six missions d’évaluation du FMI sont prévues, conditionnant le décaissement des différentes tranches financières. L’allègement de la dette dépendra des résultats de la première évaluation prévue en mars 2010. Rien n’est donc acquis, sachant que le précédent accord avait été suspendu par le FMI en 2006 et que l’Ukraine s’est vu refuser en octobre dernier la dernière tranche d’une aide FMI, après avoir adopté une loi augmentant le salaire minimum. Dans l’hypothèse où le gouvernement congolais fait un sans-faute, il continuera à supporter une dette de 4 milliards de dollars, après l’allègement espéré. La difficulté restera de trouver les ressources financières pour la rembourser, vu que les privatisations imposées par les bailleurs de fonds entraîneront moins de recettes budgétaires. Le gouvernement devra alors se réendetter à moins qu’il ne fasse un autre choix.

Cet autre choix pourrait être de refuser de payer la dette afin d’assurer en priorité les besoins humains fondamentaux de sa population et se débarrasser de la tutelle néo-coloniale des créanciers. Un tel acte unilatéral est fondé en droit international, d’autant que la dette congolaise est une dette odieuse, constituée principalement d’arriérés impayés par l’ex-dictateur Mobutu. Elle n’a donc aucune valeur juridique car les créanciers connaissaient la nature dictatoriale du régime mobutiste. Le Forum sur la corruption, qui s’est ouvert en RDC le 16 décembre, pourrait être une occasion pour les mouvement sociaux congolais d’exiger la mise en place d’un audit de cette dette pour en révéler le caractère illicite et identifier les détournements afin de légitimer la répudiation de la dette et exiger la restitution des biens mal acquis. Seulement 3 % des avoirs détournés au niveau mondial ont été restitués à ce jour, malgré la ratification de la Convention de l’ONU contre la corruption par la majorité des pays du Nord, qui consacre la restitution des avoirs détournés comme un principe fondamental du droit international.

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