Articles tagués ‘génocide’

19/01/2012

Sauvez Léon Mugesera

Le Comité contre la torture du haut Commissariat Des Droits de l’Homme aux Nations Unies demande au gouvernement Canadien de respecter ses engagements internationaux, soit de protéger les Refugiés et surtout de ne pas les déporter vers un pays où ils risquent d’être soumis à la torture. Léon Mugesera et ses avocats luttent actuellement pour cela.

La vraie question dans le dossier de déportation Mugesera est la suivante : Est-il juste pour un pays libre et démocratique de livrer en toute connaissance de cause un refugié politique à un autre pays, spécifiquement lorsqu’ il/elle risque de subir la torture voir même la mort, quand il/elle n’a pas été reconnu coupable d’un crime, en particulier si il/elle ne constitue pas un danger pour la sécurité nationale du Canada?

La vérité est que Léon Mugesera n’a jamais été reconnu coupable d’aucun crime. En fait Mugesera implore le gouvernement Canadien de le poursuivre au Canada en vertu de la loi à compétence universelle, soit une législation dont s’est doté le Canada, qui a la capacité de juger des crimes commis outre-mer. Si vous croyez que le Canada devrait faire prévaloir la justice universelle, une valeur fondamentale qui est chère à tous les Canadiens et autres libres citoyens du monde, joignez-vous à nous et demandez au Canada d’accuser Mugesera afin qu’il soit jugé au Canada comme il le demande depuis maintenant déjà presque deux décennies.

(Contexte politico-historique : le 1er Octobre 1990 le Rwanda a été attaqué par une armée en provenance de l’Ouganda.) Après quatre ans d’une guerre sanglante, l’avion transportant les présidents du Rwanda et du Burundi a été abattu de 6 avril 1994. En 1992, Léon Mugesera prononce un discours (non radiodiffusé ni télédiffusé) où il accuse des politiciens d’être à la fois corrompus et d’œuvrer à l’encontre de l’intérêt du peuple; il accuse également les belligérants d’avoir massacrés des citoyens. Dans ce discours, Léon Mugesera demande également des élections démocratiques afin d’arrêter la guerre en cours et de stabiliser le pays en plein déchirement. La même année, comme beaucoup de ses compatriotes, Léon Mugesera quitte son pays afin de sauver sa vie. Doit-il être blâmé pour ce qui est arrivé au Rwanda en 1994, presque deux ans après son départ? À vous de juger.

L’affaire Mugesera au Canada : il s’agit d’une enquête administrative au sujet de son admissibilité à titre d’immigrant au Canada et non un procès pénal. Dans de telles circonstances, les rumeurs, les ouï-dire et les faits sans fondement obtiennent le caractère sacré de faits prouvés et sont maintenus contre l’immigrant. Ceux-ci répondent à la norme kafkaïen des ”motifs raisonnable de croire” une norme de preuve soumise à des standard s moins rigoureux que ” l’équilibre des probabilités”, et encore moins rigoureuse que le ”hors de tout doute raisonnable”. Lorsqu’un présumé criminel est reconnu coupable d’un crime hors de tout doute raisonnable, il est mis en prison. Mais s’il est raisonnable de croire qu’un immigrant peut avoir dit quelque chose qui aurait pu constituer un crime, l’immigrant se voit refuser son admissibilité au Canada, son statut de refugié est refusé, et il est renvoyé vers le pays qu’il a fui, et son sort est remis entre les mains de ses opposants. Ce qui est le cas dans l’affaire Mugesera contre immigration Canada. Ce dernier doit-il être traité comme un criminel sans avoir bénéficié de son droit à un procès juste et équitable? A vous de juger.

Si vous trouvez intolérable le fait d’ignorer les valeurs fondamentales auxquelles tous les canadiens et autres libres citoyens du monde tiennent s à cœur, joignez-vous à la cause et exigez au Canada de poursuivre Léon Mugesera afin qu’il soit jugé au Canada. Cependant, si vous êtes d’avis contraire et croyez qu’il ne devrait pas être jugé sur le territoire canadien, joignez-vous tout de même à nous pour demander au Canada de respecter ses obligations internationales et lui donner un délai raisonnable afin qu’il puisse trouver un autre pays d’asile où il pourra bénéficier de son droit à un procès juste et équitable. Effectivement, Léon Mugesera ne veut pas échapper à la justice et à la vérité. Il ne demande qu’à être jugé devant un tribunal criminel canadien, et ce depuis près de vingt-ans. Serait-t-il raisonnable de croire que le Canada ne veut pas poursuivre Léon Mugesera devant un tribunal pénal canadien, car il n’a pas recueillit suffisamment de preuves pour le déclarer coupable et le condamner en vertu du droit canadien? Croyez-vous vraiment que le Rwanda est en mesure d’apporter plus de preuves afin d’inculper Léon Mugesera alors que le canada a échoué? A vous de juger.

L’élément le plus important à souligner est le suivant : les demandeurs d’asile ainsi que les refugiés ont des droits qui doivent être protégés et les états ont des devoirs et obligations qui doivent être respectés. La protection des demandeurs d’asile et des refugies est la norme minimale requise de toute dite civilisation. Le Canada ne doit pas sacrifier ses obligations et ses responsabilités par opportunisme, commodité et intérêt. C’est une question de justice, d’équité, de paix et d’humanité que de tenir les refugiés responsables de leurs actions dans les pays où règnent les règles de droit, particulièrement lorsqu’ils demandent à un pays libre et indépendant tel que le Canada, un procès juste et équitable. Léon Mugesera, un refugié qui a fui le Rwanda en 1992 et qui est blâmé pour ce qui s’est passé en 1994 ne demande que cela. A vous de juger.

14/09/2011

DRC: Mapping human rights violations 1993-2003: Final report

Report in English

Rapport en Francais

In the wake of the discovery of three mass graves in the eastern part of the Democratic Republic of the Congo (DRC) in late 2005, the United Nations first announced its intention to send a human rights team to conduct a mapping exercise in DRC in a June 2006 report to the Security Council.


In May 2007, the UN Secretary-General approved the terms of reference of the mapping exercise following a series of consultations among relevant UN agencies and partners and with the Congolese government

The mapping exercise, led by the Office of the UN High Commissioner for Human Rights (OHCHR) had three objectives:

  • Conduct a mapping exercise of the most serious violations of human rights and international humanitarian law committed within the territory of the DRC between March 1993 and June 2003.
  • Assess the existing capacities within the national justice system to deal appropriately with such human rights violations that may be uncovered.
  • Formulate a series of options aimed at assisting the Government of the DRC in identifying appropriate transitional justice mechanisms to deal with the legacy of these violations, in terms of truth, justice, reparation and reform, taking into account ongoing efforts by the DRC authorities, as well as the support of the international community.

The mapping exercise began in July 2008. Between October 2008 and May 2009, a total of 33 staff worked on the project in the DRC (including Congolese and international human rights experts). Of these, some 20 human rights officers were deployed across the country, operating out of five field offices, to gather documents and information from witnesses to meet the three objectives defined in the terms of reference. The report was submitted to the High Commissioner for Human Rights in June 2009 for review, comments and finalisation.

The mapping team’s 550-page report contains descriptions of 617 alleged violent incidents occurring in the DRC between March 1993 and June 2003. Each of these incidents points to the possible commission of gross violations of human rights and/or international humanitarian law. Each of the incidents listed is backed up by at least two independent sources identified in the report. As serious as they may be, uncorroborated incidents claimed by one single source are not included. Over 1,500 documents relating to human rights violations committed during this period were gathered and analysed with a view to establishing an initial chronology by region of the main violent incidents reported. Only incidents meeting a ‘gravity threshold’ set out in the methodology were considered. Field mapping teams met with over 1,280 witnesses to corroborate or invalidate the violations listed in the chronology. Information was also collected on previously undocumented crimes.

Kagame Criminal Confession, posted with vodpod
13/09/2011

Paul Kagamé : l’ancien guerillero devenu président

Tutsi anglophone, Paul Kagamé détient la présidence du Rwanda depuis 2000 mais, dans les faits, il est l’homme fort du pays depuis la fin du génocide en 1994.Son passé reste assez trouble. Il a notamment été actif dans des mouvements de lutte armée pendant des années.Retour sur son histoire.

A droite, le jeune Paul Kagamé.

L’enfant chassé

Né en octobre 1957 à Kamonyi dans le centre du Rwanda, Paul Kagamé est un Tutsi anglophone issu de la famille royale du pays.En 1961, devant la montée des persécutions contre les Tutsis, il quitte le Rwanda avec sa famille pour l’Ouganda. Il a 4 ans.

L’homme de la reconstruction

L’épouse de Paul Kagamé en visite aux Etats-Unis.
Même s’il semble se contenter du poste de vice-président aux côtés du nouveau président hutu Pasteur Bizimungu, Paul Kagamé est considéré comme l’homme fort du Rwanda. Il a été nommé ministre de la Défense du gouvernement d’union nationale et chef d’état-major.En 2000, il est désigné président par le parlement et est reconduit au pouvoir lors des élections de 2003 avec 95 % des voix. Un résultat contesté par l’opposition. Six mois avant le scrutin, la justice rwandaise avait condamné l’ancien président Pasteur Bizimungu à 15 ans de prison (il sera par la suite gracié), écartant ainsi l’un des principaux opposants. Toutefois, l’élection d’un Tutsi par la majorité hutu est perçue comme un signe de réconciliation par la communauté internationale.De chef de guerre, Paul Kagamé se transforme peu à peu en chef d’État. Il délaisse le treillis militaire pour d’élégants costumes sombres ou des chemises multicolores.  Il se consacre à la pacification de son pays et cherche à remettre l’économie en marche.
09/09/2011

Le vrai visage de Paul Kagamé

Article de Bernard Lugan publié dans Valeur actuelles du 08/09/2011.
Ce lundi 12 septembre, Paul Kagamé, président de la République du Rwanda, devait effectuer une visite officielle en France (lire aussi le Décryptage de Frédéric Pons). Plusieurs fois re­poussé, ce voyage destiné à apurer le contentieux entre Paris et Kigali s’inscrit dans une curieuse atmosphère.
Larvée depuis la prise du pouvoir par Paul Kagamé en 1994, la crise franco-rwandaise a connu une brutale accélération à la fin de l’année 2006 quand le juge Bruguière lança des mandats d’arrêt internationaux contre plusieurs de ses proches, soupçonnés d’avoir, le 6 avril 1994, abattu ou fait abattre l’avion du président Habyari­mana, attentat qui fut l’élément déclencheur du génocide.
Or, la thèse officielle du régime rwandais est que ce furent des Hutus qui assassinèrent leur propre président afin de pouvoir déclencher contre les Tutsis un génocide programmé. La “légitimité” de son régime reposant sur ce mythe, Paul Kagamé répliqua en rompant les relations diplomatiques avec Paris le 25 novembre 2006. Puis il accusa la France de complicité dans le génocide et menaça de lancer à son tour des mandats d’arrêt contre plusieurs dirigeants français dont MM. Balladur, Védrine, Villepin, Léotard, Juppé, ainsi que contre plusieurs hauts gradés de l’armée française.
La nomination de Bernard Kouchner, ami du président rwandais, à la tête du ministère français des Affaires étrangères ouvrit ensuite une période de dégel marquée, en novembre 2009, par le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, puis par le voyage du président Sarkozy au Rwanda en février suivant.
Au moment où la France s’est engagée dans une croisade démocratique tous azimuts, la visite de Paul Kagamé paraît insolite.  En effet :
1. Quarante-neuf mandats d’arrêts internationaux ont été émis contre ses plus directs collaborateurs. Quarante par la justice espagnole pour “crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide”, et neuf par les magistrats français enquêtant sur les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994 qui détruisit en vol l’avion du président Habya­rimana.
2. En mars 2008, Mme Carla del Ponte, ancien procureur du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), révéla que le TPIR détenait des preuves permettant d’inculper Paul Kagamé pour “crimes de guerre et génocide” mais que, si aucune procédure n’avait été ouverte contre lui, c’était en raison des fortes pressions exercées par les États-Unis et la Grande-Bretagne.
3. Grâce notamment aux travaux du TPIR, nous savons aujourd’hui qu’entre 1990 et 1994, Paul Kagamé déstabilisa le pouvoir en place à Kigali au moyen d’attentats sanglants et d’exécutions ciblées de hauts responsables politiques hutus. Furent ainsi exacerbées des tensions ethniques qui explosèrent immédiatement après l’assassinat du président hutu Habyarimana.
4. Le 1er octobre 2010, la publication du rapport Map­ping rédigé à l’attention du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’Onu mit en évidence l’ampleur des crimes commis en République démocratique du Congo contre les réfugiés hutus et les populations locales par l’armée de Paul Kagamé. Estimant le nombre des victimes à plusieurs centaines de milliers, les auteurs du document parlent de « génocide ».
Au moment où le président Sarkozy s’incline devant les cercueils des militaires français tombés en Afghanistan, il importe de rappeler que le 8 avril 1994, des soldats de Kagamé ont froidement assassiné à leur domicile deux sous-officiers français de la gendarmerie et une civile, à savoir les adjudants-chefs René Maïer et Alain Didot, et l’épouse de celui-ci. Quant à l’équipage de l’avion abattu le 6 avril 1994, il était composé de trois coopérants civils français.
Le futur hôte de la France a également ordonné la fabrication du rapport Mucyo mettant en cause des dizaines d’hommes politiques et d’officiers français artificiellement accusés de complicité dans le génocide de 1994. Il a, depuis, été amplement démontré qu’il s’agissait d’un montage grossier reposant sur une accumulation de faux témoignages et de faux en écriture. Lui-même mis en cause, M. Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, a, le 4 mai 2010, devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, parlé à ce sujet d’un « tissu de mensonges et d’inventions destiné à créer un contre-feu à l’instruction judiciaire menée en France ».

Ces accusations mensongères n’ont pas été retirées par le président Kagamé avant son voyage en France.
Apparemment moins sensibles aux exigences de la realpolitik que les dirigeants français, les chefs de gouvernement espagnol et belge José Luis Zapatero et Yves Leterme ont, le premier en juillet 2010, le second en décembre, refusé de rencontrer un président rwandais soupçonné par deux justices européennes indépendantes d’avoir, le 6 avril 1994, fait abattre en vol l’avion transportant deux chefs d’État en exercice, celui du Rwanda et celui du Burundi, et donc d’être, si ces accusations étaient vérifiées, celui qui aurait allumé la mèche génocidaire.  
Bernard Lugan, expert devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) et directeur de la revue mensuelle par Internet Afrique réelle.
06/09/2011

Lettre ouverte de 200 intellectuels africains contre l’Otan

Un groupe de « Concerned Africans » (« Africains concernés ») a écrit une lettre ouverte critiquant les attaques militaires de l’OTAN contre la Libye, disant que l’Afrique court le risque d’être re-colonisé.

« L’OTAN a violé le droit international … ils avaient un changement de régime à l’ordre du jour », a déclaré l’un des signataires, Chris Landsberg, chef du département de science politique de l’université de Johannesburg.

« La recolonisation de l’Afrique est devenu une menace réelle », a-t-il déclaré à Johannesburg.

La lettre est signée par plus de 200 importantes personnalités africaines, dont Jesse Duarte membre exécutif de l’ANC, Willie Esterhuyse analyste politique de l’Université de Stellenbosch, l’ancien ministre du Renseignement Ronnie Kasrils, l’avocat Christine Qunta, l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères Aziz Pahad, l’ancien ministre la présidence Essop Pahad, Sam Moyo de l’Institut africain d’études agraires, Mukoni Ratshitanga, l’ancien porte-parole du président Thabo Mbeki, le poète Wally Serote.

« Il est très difficile pour nous de voir une quelconque paix en Libye », a déclaré Serote, qui s’est également adressé aux médias.

« Le problème a maintenant été exacerbée … à la fin l’Union africaine aura encore à entrer en jeu ».

Selon lui, même si la critique que l’UA était une organisation faible était exacte, alors les Africains devaient trouver un moyen de soutenir l’organisation.

[...] La lettre dit : « Contrairement aux dispositions de la Charte des Nations unies, le Conseil de Sécurité a autorisé et a permis la destruction et l’anarchie qui s’est abattue sur le peuple libyen. A la fin de tout cela, de nombreux Libyens auront été tués et de nombreux Libyens auront été mutilés (et) beaucoup d’infrastructures auront été détruites. »

Le Conseil de sécurité n’avait pas produit de preuve démontrant que son autorisation de l’usage de la force était une réponse appropriée à la situation en Libye.

« Ainsi, ils (le Conseil de sécurité) se sont ouvertement donné pleins pouvoirs pour poursuivre l’objectif de “changement de régime”, et donc pour l’utilisation de la force et de tous les autres moyens pour renverser le gouvernement de Libye, lesquels objectifs sont complètement en contradiction avec les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU », dit cette lettre qui a également été soutenue par le Congrès des syndicats sud-africains, la Parti communiste d’Afrique du Sud, et le Réseau d’examen des médias (? “Media Review Network”).

Le Conseil de sécurité a également « répudié la règle du droit international » en ignorant le rôle des institutions régionales légitimes dans la résolution du conflit.

Landsberg déclare que la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis « continuent à agir comme des Etats voyous ».

« Un voyou est un Etat dévoyé qui ne respecte pas les lois … la tragédie, c’est qu’ils ne sont pas susceptibles d’être accusés devant la Cour Pénale Internationale. »

Le président Jacob Zuma a déclaré au début de cette semaine que les nations puissantes avait abusé de la résolution de l’ONU « pour des intérêts autres que protéger les civils et d’aider le peuple libyen ».

Source: Michelcollon.info

30/08/2011

Intervention d’Edouard Karemera du 25/08/2011 à la clôture de son procès devant le TPIR

Monsieur le Président,
Honorables Juges,

Je vous remercie de m’accorder la parole pour vous dire mon sentiment au terme de ces procédures qui durent depuis 13 ans, sept mois et 18 jours. Je suis fatigué mais serein et confiant.

En traversant la frontière rwando-zaïroise, le 16 juillet 1994, j’approchais alors mes 43 ans, j’ai compris que ma vie, la vie de ma famille et celle de mon peuple venaient de basculer. J’ai tout de suite réalisé que mon trajectoire jusque là ascendante amorçait une descente vertigineuse, dans l’inconnu. Dans les premiers mois et les années qui ont suivi notre départ en exil, j’ai vécu un traumatisme aigu, comme mon épouse vous l’a expliqué quand elle a comparu devant vous,  le 06 avril 2009, comme témoin de la défense. Effectivement, j’ai mis du temps à comprendre ce qui nous arrivait, regarder la nouvelle  et triste réalité en face, l’intérioriser et, enfin, reprendre le combat pour ma survie et celle de ma petite famille. Ce combat, le 05 juin 1998, le Procureur l’a brutalement arrêté sans  motif valable.

Vous m’avez bien compris, monsieur le Procureur. Vous m’avez arrêté sans mandat, sans acte d’accusation, voire même sans un quelconque dossier à charge. Vos services ignoraient alors jusqu’aux activités que j’exerçais en avril 1994 et ne connaissaient pas ma commune d’origine.  Mais, probablement que je me trompe, puisque vous avez soutenu jusque dans votre Mémoire final qu’Edouard Karemera a fait partie du gouvernement intérimaire entrée en fonction, le 09 avril 1994.

24/06/2011

Espérer contre toute espérance: Un hymne à la réconciliation dans la région des Grands Lacs

Compte-rendu: Joseph Sagahutu,  Espérer contre toute espérance, Editions Sources du Nil

Un titre banal pour beaucoup d’entre nous. Un livre inouï  pour quelqu’un qui souffre pour son pays, qui sait le désir de vengeance et le climat d’injustice qui y mine de jour en jour le lien social. Ils sont nombreux, nos soeurs et frères Rwandais qui souffrent pour leur pays. Car, quoiqu’on en dise, le pays des milles collines vit un drame ; le drame d’une opposition dialectique : amis, ennemis, innocents coupables, bons et méchants, vainqueurs et vaincus. Le même drame comme une malédiction a poursuivi le Rwanda à travers le monde, singulièrement en RDCongo, dans le Kivu.

 Lui, Joseph Sagahutu, prêtre catholique rwandais, le seul rescapé  de onze (11) martyrs de Kalima, prêtres et religieuses rwandais, a tenu   témoigner.

La dure réalité  et la brutalité  des faits vécus et relatés contrastent avec les mots. C’est avec un coeur de baptisé  où  l’amour prime sur la haine qu’il parle.

Exercice difficile parce qu’il vous plonge dans le tréfonds de soi, dans l’animalité  de l’homme (homini lupus) mais heureux dès lors qu’il confond les bourreaux et leurs chiens de garde avec des mots dénués de haine et de vengeance :   “dimanche 2 mars 1997, vers 5 heures, les religieux furent entassés dans une voiture Land Rover et conduits sur le lieu du supplice sur la route vers Kindu. Là, ils furent dépouillés de leurs habits et de tous leurs effets. Les bourreaux leur crevèrent les yeux  à l’arme blanche. Ils leur trouèrent les oreilles l’une après l’autre avec des couteaux. La soeur Marie  Francine Nyirarunkundo avait  été  épargnée sous prétexte qu’elle  était Tutsi comme les bourreaux. Celle-ci rétorqua que les religieuses assassinées  étaient devenues en quelque sorte des membres de sa famille biologique. Elle fut  galement soumise au supplice de la mort”. pp.106-07. Unique rescapé  du massacre  de Kalima (RDCongo), le prêtre Joseph Sagahutu a hérité  de Mgr Christophe Munzihirwa, l’archevêque de Bukavu avant d’être assassiné, le message aussi fort et réconfortant d’ Espérer contre toute espérance et garder courage comme le peuple et les prophètes d’Israël en exil. Il ne pouvait s’en douter que ce message prophétique lui  était comme du sel dans le long calvaire et le long combat  à mener. Ce message  était une nouvelle naissance, un nouveau baptême que Joseph Sagahutu a expérimenté  et continue d’expérimenter depuis le début du génocide rwandais jusqu’à  cet instant.

C’est au Zaïre (RDCongo) dans l’ancien Kivu que le prêtre a vécu la vraie expérience de la foi à travers de pauvres gens qui n’avaient que de la joie (hospitalité) à lui offrir en prenant sa croix :  ” le commandant Caeser Kayizari donna l’ordre de me capturer vivant dans le but de me torturer lui-même. ( ) Ce mardi-là, je me glissai alors par la fenêtre discrètement et parvins à  fuir dans la brousse. Il faisait très froid et il pleuvait abondamment. ( ) je me suis égaré dans la forêt. Le vendredi, je me suis encore perdu dans ce labyrinthe de forêt dense, sans boussole, sans point de repère, sans route. Fatigué  par une marche infructueuse sans issue, j’ai glissé  à  cause de l’obscurité  dans un  étang naturel très large. J’y suis resté  plusieurs heures avant de pouvoir m’en sortir au petit matin ( ) tout mouillé  et couvert de boue”   pp.122-23.

L’abbé  Joseph Sagahutu se révèle dans ce récit un bon géographe de la région Est de la RDCongo qui a bénéficié  de beaucoup de solidarité, d’une chaîne de solidarité  de la part des populations congolaises et du clergé  catholique. Car, ainsi devait s’accomplir la parole prophétique de Mgr Munzihirwa fondée sur l’amour du prochain, notre semblable.

La fin de la lecture soulève deux interrogations. Par rapport à  l’auteur. Après tant d’épreuves où  lui  était chassé comme du gibier, comment vit-il tous ses souvenirs ? Comment regarde-t-il l’homme et que prêche-t-il  à ses paroissiens ? Naturellement d’espérer contre toute espérance.

Par rapport  à notre vie. Gaspard Musabyimana, me demandait en mars 2004 : “vous  êtes d’accord avec moi qu’il ne peut y avoir une réconciliation véritable au Rwanda tant qu il n’ y a pas de justice pour toutes les victimes. Tant qu’on continuera  à considérer tout Hutu comme une cible légitime”.

Vous avez dit  cible? Avec raison. Car, dans cette guerre-là, la principale cible de ces persécutions est l’Eglise catholique. Et comme le témoignait Mgr Kataliko : plusieurs prêtres, religieux et religieuses ont  été froidement assassinés. Nous avons le sentiment que par-delà  les faits isolés reprochés à  l’un ou l’autre, à  raison ou à  tort, il y a une stratégie qui vise à  détruire tout ce qui est considéré  par le peuple comme sacré. Une fois détruit le noyau autour duquel se construisent la cohésion et l’identité  communautaire des peuples, il serait plus facile de soumettre des populations désormais sans défense et sans repères à  l’arbitraire d’une idéologie et d’un système totalitaire qui veulent s’imposer  à tout prix   (Cibles, 235 prêtres africains tués, p.124)

Le livre de l’abbé  Joseph Sagahutu est un hymne  à l’humilité,   la réconciliation dans la vérité et la justice à  travers une cohabitation pacifique et, au delà  du Rwanda, que les peuples de la sous région cessent de considérer le Rwandais comme un envahisseur méprisant les autres peuples.

Il faut le lire car il est écrit avec le coeur. Aux Editions Sources du Nil, 10 Euros, Lille, France, 200 pages.

Nicaise Kibel Bel Oka

Les Coulisses

16/06/2011

Congo Genocide: Obama Knows Real Story

The official October 1st release of the United Nations Report on Human Rights Abuses in the Democratic Republic of Congo, 1993-2003, documenting the Rwandan and Ugandan armies’ massacres of Rwandan Hutu refugees and Congolese Hutus in the Democratic Republic of Congo, should be a defining moment for President Barack Obama.

How will the U.S.’s first African American president respond to the detailed and widely publicized UN documentation of genocide in the heart of Africa, committed by the U.S. longstanding military proxies, the armies of Rwandan President Paul Kagame and Yoweri Museveni?

Few Americans realize that the Rwandan and Ugandan armies are armed and trained by the U.S., or that the U.S. military uses both countries as staging grounds, but they may now. Few realize, either, that the sole piece of legislation that President Obama shepherded into law on his own, as a Senator, was S.B. 2125, the Obama Democratic Republic of the Congo Relief, Security, and Democracy Promotion Act of 2006, in which, in Section 101(3), he quoted USAID:

Given its size, population, and resources, the Congo is an important player in Africa and of long-term interest to the United States.

Indeed. In 1982, the Congressional Budget Office’s “Cobalt; Policy Options for a Strategic Mineral” noted that: cobalt alloys are critical to the aerospace and weapons industries; that the U.S. has no cobalt worth mining; that 64 percent of the world’s cobalt reserves are in the Katanga Copper Belt running from southeastern Congo into northern Zambia; and, that control of the region is therefore critical to the U.S.’s ability to manufacture for war.

14/06/2011

Communiqué de presse :La conférence internationale du 21/05/2011 à Bruxelles constitue une histoire importante entre le rapprochement des victimes Rwandaises, Burundaises et Congolaises du génocide.

Nous portons à la connaissance du public que la conférence internationale du 21 mai 2011 à l’Hotel Manhattan de Bruxelles a eu lieu et a connu un succès  international inattendu  basé sur la représentativité des conférenciers et de la richesse des sujets traités.

Cette conférence a réuni les victimes Burundaises, Congolaises  et  Rwandaises du   génocide.

Du coté du Burundi, les victimes Burundaises ont été représentées par le conférencier Monsieur  Joseph Ntamahungiro.  Les victimes Congolaises ont été représentées par  Monsieur Wilkens E. Alhongo, Président du mouvement indépendant pour la reconnaissance du génocide congolais (MIRGEC).  Les victimes Rwandaises  ont été représentées par Rutayisire Boniface, Président du Comité International pour les Victimes de la Haine Ethnique Massacres et Génocide et Président de  Tubeho Twese ASBL.

22/04/2011

Devoir de mémoire : Les massacres de Kibeho, 22.04.1995

Crimes du FPR : témoignage de Claudine Vidal sur les massacres de Kibeho

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Les humanitaires, témoins pour l’histoire

L’objectif des organisations humanitaires de secouristes n’est évidemment pas de produire des sources pour l’histoire des historiens professionnels. Et quand des acteurs humanitaires, malgré la pression de l’urgence, prennent le temps et la peine d’écrire ce qu’ils ont vu, c’est le plus souvent par volonté de témoigner : devant des instances internationales, devant des médias, devant des commissions d’enquête, devant l’opinion publique. Leur but est d’attester la vérité, de combattre l’incertitude, de désigner les auteurs des violences. Ce faisant, ils ne se considèrent pas dans l’immédiat comme des ” sources ” que consulteront les futurs historiens. J’imagine même que ce qu’a d’existentiel leur investissement dans les moments de crises et de violences extrêmes leur rendrait choquante l’idée qu’ils ” travaillent ” pour l’histoire académique. Et pourtant, des années plus tard, lorsque de tels événements s’obstinent à être ” une histoire qui ne passe pas “, lorsqu’ils suscitent révisions, négations, recherche de vérité, prises de paroles passionnées, ces acteurs humanitaires deviennent, en tant que témoins oculaires, se réclamant indépendants des belligérants, les informateurs des historiens professionnels (1). Je voudrais montrer, sur un cas précis, comment des ” humanitaires “, ne pouvant s’opposer à un massacre prévisible mais décidant de rester sur place pour si possible apporter des secours et au moins témoigner de ce qui s’est passé, deviennent des sources capitales pour les historiens : sans leur témoignage ce massacre ne serait plus que l’objet de propagandes mystifiantes, il ne serait qu’un épisode opaque sur lequel on ne peut rien dire de certain.

Au Rwanda, dans le camp de Kibeho, le 22 avril 1995, des soldats de l’Armée patriotique rwandaise (Apr) encerclent quelques 100 000 personnes, regroupées dans un espace restreint. Utilisant armes automatiques, lance-roquettes et grenades, les militaires tirent longuement à plusieurs reprises sur la foule.

Ce massacre, qui fit sans doute autant de morts que les attentats d’Al-Qaida du 11 septembre 2001, eut sur le coup un grand retentissement dans la presse internationale. Cependant, perpétré moins d’une année après le génocide des Rwandais tutsis abandonnés à leur sort par le Conseil de Sécurité de l’Onu, il ne suscita pas de réaction significative de la communauté internationale. Massacre parmi d’autres, dans cette région qui connut et allait encore connaître de nombreux bains de sang, il s’oublia.

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