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Monsieur le Secrétaire général,

Le 25 janvier 2011, monsieur André Mba Obame, candidat à l’élection présidentielle anticipée du 30 août 2009, s’est autoproclamé Président de la République et a constitué un gouvernement parallèle. Depuis cette date, monsieur André Mba Obame, les membres de son gouvernement ainsi que des responsables du parti Union Nationale sont réfugiés dans les locaux du PNUD à Libreville. Depuis cette date, une crise politique a vu le jour. Des soldats se sont déployés en grand nombre dans le pays. Des citoyens ont été brutalisés, interpellés et détenus de manière illégale dans des casernes militaires. Depuis cette date, les Gabonais attendent une réaction de l’Organisation des Nations Unies.

Monsieur le Secrétaire général, si votre silence est inexplicable, je refuse toutefois de croire que l’organisation que vous dirigez ne s’intéresse aux crises qu’à l’aune du nombre de morts.

Je refuse aussi de croire que votre comportement est influencé par le soutien qu’Omar Bongo Ondimba, le défunt président gabonais vous avait apporté pour votre élection au Secrétariat général de l’ONU.

Pour autant, Monsieur le Secrétaire général, je suis persuadé que candidat à votre propre succession, vous allez avoir besoin de monsieur Ali Bongo Ondimba qui, à cette occasion, offrirait le siège du Gabon au Conseil de sécurité en échange du soutien à son pouvoir fortement contesté.

Pour nombre de Gabonais et d’Africains, c’est l’explication la plus plausible de l’attitude désinvolte et partisane que vous affichez face au problème qui vous a été posé, à votre demande, dès juillet 2010, par l’opposition gabonaise, et plus récemment encore à la faveur de la dégradation du climat politique.

Monsieur le Secrétaire général, certes, le Gabon n’est pas la Côte d’Ivoire. Certes, comparaison n’est pas raison. Toutefois, comment pouvez-vous expliquer que, saisi par écrit de questions politiques gabonaises, vous ayez délivré un quasi satisfécit à monsieur Ali Bongo au dernier sommet de l’Union Africaine, sans daigner, ne fut-ce qu’adresser un accusé de réception à des personnalités qui, faut-il le rappeler, exerçaient encore, il n’y a pas si longtemps, de hautes fonctions gouvernementales ? Des personnalités qui, pour certaines d’entre elles, ont recueilli sur leur nom, un nombre plus que significatif, de suffrages des Gabonais ? Le monde, qui observe votre implication dans la crise ivoirienne ne peut rester indifférent à un tel décalage dans l’appréciation des problèmes politiques dans le monde. Surtout, si l’on s’en tient à votre déclaration, le 2 février 2011 à l’Université d’Oxford : « l’attention renouvelée des Nations Unies concernant la prévention est une manière de reconnaitre que tous les conflits sont au final politiques. »

Le Secrétaire général de l’ONU peut-il ignorer la démarche de prévention, veut-il dire demain qu’il « n’avait pas mesuré le degré de désespérance du peuple gabonais ? »

Les acteurs non étatiques, la société civile, les leaders d’opinion sont des interlocuteurs valables que vous ne pouvez ignorer ou mépriser sans commettre une faute.

Monsieur Le Secrétaire général, je me permets, pour terminer, de vous rappeler que c’est le Gabon qui siège au Conseil de sécurité, c’est le Gabon qui hier vous a accordé sa confiance, et non un individu ou un clan. Et c’est le Gabon, Monsieur le Secrétaire général, qui attend un geste fort de votre part.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire général, l’expression de ma parfaite considération.

Dr Alphonse Louma Eyougha,

Président de l’ONG « Agir pour le Gabon ».

E-mail : loumaeyougha@yahoo.fr

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